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Le buste de saint Ursanne Lorsqu'on entre dans la superbe église collégiale de St-Ursanne, le jour de la fête du glorieux patron de cette ville, on se sent tout pénétré d'un saint re- cueillement. Le choeur de ce beau monument offre le coup d'oeil le plus ravis- sant, le plus gracieux, tant à cause du clair obscur que fournissent des fenê- tres romanes étroites et fort élevées, que par la majesté de son architecture et surtout de son riche et curieux baldaquin à triple couronne. La magnificen- ce des stalles des chanoines et la beauté des cérémonies saintes qui s'y ac- complissent comme nulle part ailleurs dans notre beau Jura, rendent ce sanctu- aire plus cher encore par les douces impressions qu'on en éprouve, maintenant que l'édifice tout entier a été restauré aux frais de la paroisse, du canton et de la Confédération.Mais ce qui attire le jour de la fête patronale, tous les regards, c'est le petit autel dressé au milieu du choeur et qu'entourent de nombreuses lumières. Là est exposé un superbe buste en argent, représentant St-Ursanne et qui renferme des ossements de ce grand thaumaturge. D'où provient ce rare spécimen de l'art et de l'orfèvferie de la fin du XIVe siècle ? Voici ce qu'une tradition plus que trois fois séculaire nous apprend et que Mgr Chèvre relate dans sa belle histoire de St-Ursanne.Le prévôt de la collégiale Rodolphe de Hallwyl, élu en 1500, avait obtenu du prince-évêque, Christophe d'Uttenheim, l'autorisation d'ouvrir le tombeau de St-Ursanne, où dormait depuis neuf siècles, sous le maître-autel, le corps de St-Ursanne. Un bruit s'était répandu que les précieux ossements du saint avaient disparu sous les coups du temps, ou par la malide des hommes. Pour mettre fin à ces in- quiétudes de la piété, le Chapitre de St-Ursanne ne vit rien de mieux que d'ou- vrir le saint tombeau et de constater, autorisé par le prince, par un acte écla- tant, solennel et juridique, la présence certaine du corps saint qu'il renfermait. Un autre motif qui déterminait le Chapitre à procéder à l'ouverture du tombeau et à la reconnaissance officielle, par devant témoins, des reliques de saint Ursanne, c'était un reliquaire magnifique, en argent massif, sous forme de buste, admira- blement ouvragé, qui allait être remis aux mains du prévôt Rodolphe de Hallwyl, dans des circonstances merveilleuses.Une tradition trois fois séculaire, conservée encore chez les vieillards de la paroisse, apprend qu'un négociant israélite revenait de la foire de Porrentruy, à St-Ursanne, chevauchant sur la route de la Croix. C'était Sédécias Yousouph, riche marchand, faisant parade de sa suffisance et de son pharisaïsme. Il s'a- vançait à petits pas monté sur une superbe coursier. Il rencontra à la descente de la Croix des pèlerins qui rentraient dans la belle Ajoie. Arrivé vers ces derniers, Sédécias se courba par moquerie et, d'une voix qui exprimait une âpre raillerie, il vomit d'abominables blasphèmes contre saint Ursanne que les pèle- rins venaient d'honorer. Puis d'un mouvement nerveux et brusque, il fit trotter son coursier. La silhouette du juif disparut bientôt derrière les rochers qui surplombent la petite ville et son ermitage. Tandis qu'il continuait à psalmo- dier une étrange et monotone mélopée, la petite chapelle de l'ermitage apparut à ses yeux. Sa haine augmenta et il proféra de nouveaux blasphèmes que l'écho répétait tristement de rochers en rochers. Enfin, dans sa rage impie, il osa s'écrier: "Si tu peux quelque chose, ô Ursanne, montre-le en rendant aveugle le cheval qui me porte." Aussitôt dit, aussitôt fait. Le cheval s'arrête, se cabre et refuse d'avancer. Sédécias, épouvanté, n'ose en croire ses yeux, tou- tefois il descend de sa monture, et constate avec terreur que son cheval ne voit plus. Ce n'est pas tout, au moment où il veut conduire son cheval par la bride, il perd la vue à son tour. Deux aveugles au lieu d'un. Cette fois le blasphémateur a compris qu'on n'outrage pas impunément les saints de Dieu. S'il a perdu les yeux du corps, ceux de l'âme s'ouvrent à la lumière. Il se jeta à genoux, demanda pardon à Dieu et se tournant vers la grotte, il s'écrie: "Bienheureux Ursanne je vous promets que si vous me rendez la vue, un buste d'argent massif sera fait à mes frais en votre honneur."Le saint exauça le juif converti, la vue lui fut rendue ainsi qu'à son cheval qui descendit aussitôt la côte d'un pas calme et assuré. Sédécias était riche, soit crainte, soit fidélité, il tint parole. Et c'est à lui que l'église collégiale de St. Ursanne, devrait, d'après la légende, le magnifique buste reliquaire en argent massif qui a échappé comme par miracle, aux mains rapaces et sacrilèges de la Ré- volution française. Sauvé à cette triste époque, par des mains pieuses, ce buste en argent a été rendu à l'église de St-Ursanne, en 1802 et est encore aujourd'hui l'un des plus précieux objets d'art religieux de cette insigne collégiale. Il renferme le chef du saint du Doubs. Abbé Daucourt, archiviste. Daucourt, Arthur Trois objets d'art religieux du Jura ... Le buste de saint-Ursanne, p. 37-39, 1 phot. Almanach catholique du Jura, 1920, (p. 33-39, 4 av. 3 phot.) Amweg 89 Note: Encore une autre publication: Daucourt, A(rthur) Le buste de St-Ursanne. Jura du dimanche. 11 avril 1897. Référence : Amweg 6600 (ce texte a été remanié et publié à nouveau en 1920) page précédente |