CHANTS, PRIERES, POEMES
JE TE SALUE, MON PAYS ...
Je te salue ô mon Pays
Parcelle de paradis jetée par le
Tout-Puissant entre l'Ajoie et le Clos-du-Doubs
Pays aux bleus coteaux aux
Maisons d'un autre âge
Façades fleuries que le soleil surprend
Endormies encore
Pays qui m'a vu naître et
Doucement m'endormira
Pays d'eau, de bois et de pierre
Doubs, ruban d'opale, saphir et
Turquoise au fond de la vallée
Dispensateur de richesses d'âpres beautés
Comme un amant de la fière cité
Tu chantes et rechantes à ses pieds
Brise du soir berçant tes saules
Tes peupliers, seule la lune en est
Jalouse et joue sur tes roseaux
En tes eaux vives, limpides et claires
Se reflète ma jeunesse.
Mon âme chante en tes bois
Bois de pins, bouleaux, feuillus
Hautes futaies enflées par le vent
De vos entrailles monte un chant
Comme une chanson du bon vieux temps
Ru de Rière-le-Château couronné de
Mille perce-neige au printemps
Source de saint Ursanne où
L'Irlandais à genoux but son
Breuvage à pleines mains
Eau du Malrang ruisseau des
Combes Chavats dont seule la
Hache du bûcheron trouble le murmure.
Collégiale, pierres burinées par le vent
Concrétisant l'inébranlable foi de nos aïeux
Les moines d'Occident à genoux vous ont taillées
Pluie et soleil sont vos compagnons
Odeur de myrrhe, senteur d'encens
Jamais ne périra ton royaume
Népomucène, au regard protecteur
Bénissant le passant, au
Manteau de pierre aux doux entrelacs,
Souris et veilles à tout jamais sur
Mon pays d'or gonflé de souvenirs
Château princier, citadelle de notre terre
Tes ruines saluent les nuages d'argent
Courant vers la doulce France
Elles murmurent leur peine, elles
Crient leur détresse au monde cruel.
Je te salue ô mon pays
Sur toi descend la robe de la nuit
Je te vois et te revois au travers de mes rêves
Tu es immortel mon cher pays ...
Léon Migy-Studer, in Saint-Ursanne et ses rues. Porrentruy, La Bonne Presse, 1977.
Paru aussi dans: AU CLOS DU DOUBS 10-94-05, p. 24, 1 dessin de Guy Sichler