SAINT-URSANNE ET SES RUES
CHEMIN DU CHATEAU
Imaginez-vous ce que serait Saint-Ursanne si son château subsistait encore.
Wurstisen le dépeint d'une manière parfaite dans ses "Chroniques bâloises" du XVIe siècle. Le
chemin du Château d'aujourd'hui prend naissance entre le bâtiment dit "du Congélateur"
actuellement la boutique
"AU QUARTIER LATIN"
et la "maison des oeuvres". Anciennement, il partait de la seigneurie située dans l'actuelle cour du
Foyer pour personnes âgées et passait sous un portique derrière l'église paroissiale.
La première mention de notre château est faite le 18 janvier 1333. L'Evêque de Bâle, Jean de
Châlon, signe à cette date, un acte "en son chattel de Sainct-Ursanne". Propriété des Princes-
Evêques de Bâle, il fut vendu comme bien national le 1er fructidore de l'An IV, soit le 18 août
1796, pour le prix de Fr. 488.--. L'acheteur, le forestier Frossard de Montvoie, le céda à un
Français, Huvelin de Bavilliers, près Belfort. Celui-ci venait d'acquérir les forges de Belle-
fontaine, également vendues comme propriété nationale. Ce nouveau possesseur fit démolir quel-
ques parties du château pour en transporter les matériaux à Bellefontaine. Passant en diverses
mains, ses dernières belles pierres servirent en 1827 à la construction d'une filature à Saint-
Ursanne, laquelle fut incendiée en 1852. Sic transit gloria mundi !
Il y a trois ans, nous avons eu la joie de retrouver, au Musée des Invalides à Paris, trois
bouches à feu provenant du château de Saint-Ursanne. Prises par les gens d'armes de notre
cité à Charles le Téméraire, à la bataille de Morat en 1476, elles étaient conservées en
notre château. Le 11 mars 1637, en pleine guerre de Trente ans, le comte Grancey, qui devint
maréchal de France s'empare de notre citadelle, la démantèle et emmène les bouches à feu en
France.
Trois autres de ces pierriers nous sont également connus par l'historien Auguste Quiquerez. Le
18 décembre 1852, il écrivait ceci: "La semaine derière, en furetant et à l'église et à l'hôtel
de ville de Saint-Ursanne, mon pied heurta contre des masses de fer, qu'en regardant de plus
près, je reconnus avec ébahissement des pierriers de la fin du XIVe siècle ou commencement du
XVe siècle. Ils sont trop lourds pour les passer d'une main à l'autre. L'histoire les fait
descendre du château de Saint-Ursanne. Les trois pierriers servaient à la défense du châtelain
que l'Evêque de Bâle logeait dans ce manoir. Ils étaient ajustés sur de gros bois, nonobstant
leur nom de couleuvrines à main. Pour me procurer ces trois pierriers de fer, j'ai donné trois
mortiers de fonte fabriqués exprès. Ils sont introduits dans mon petit musée jurassique où ils
reposent en sûreté".
Ces trois bouches à feu originales ont disparu, mais les trois mortiers en fonte de 1852
ornent encore aujourd'hui une salle de notre hôtel de ville.
Réunie en Assemblée extraordinaire "le 13 septembre 1793 à six heures et demie du soir,
la Municipalité assemblée en l'hôtel de ville écoute le citoyen Nicolas Piquerez.
(Celui-ci avait été surnommé le Nicolas des cloches, en patois, le "Colas des çieutches",
pour son zèle à enlever les cloches des églises à la Révolution). Piquerez communique un
extrait des registres du Département du Mont-Terrible où il lui est ordonné "de se rendre
à Saint-Ursanne pour faire dépendre les cloches dudit lieu, à l'exception d'une seule".
Le château était encore entier, voire habité. Là-haut, une cloche servait à donner l'alar-
me en cas d'incendie. Piquerez fait descendre cette cloche, malgré les supplications des
habitants. Lorsqu'elle fut sous ses yeux "devant la maison de commune", Piquerez se ravise
et s'exclame: "Si j'avais su qu'elle avait si peu de valeur, je l'aurais laissée !" Les
habitants la récupérèrent en effet.
Chemin du Château, quel beau nom poétique pour une voie d'accès !
Il commence ici
en
route vers le château