SAINT-URSANNE ET SES RUES



CHEMIN DES VIGNES

Plusieurs établissements religieux possèdent encore aujourd'hui leurs parcelles de vignes.

En l'an 635, saint Wandrille fonda le monastère de Saint-Ursanne. Ce monastère est encore appelé "abbatia (abbaye) extra urbem sancti Ursissini" en 1095, dans une bulle confirmative des droits spirituels sur notre abbaye, adressée à l'archevêque de Besançon par le pape Urbain II.

Notre abbaye bénédictine avait le privilège, déjà en ces temps si lointains, d'avoir ses propres vignobles en Alsace. Ceci étant nécessaire à assurer, entre autres, sa subsistance.
Au début du XIIe siècle, le monastère s'étant sécularisé, le pape Innocent II confirme, le 14 avril 1139, les possessions du chapitre de Saint-Ursanne.

Extrayons de ce document, les rubriques qui nous intéressent: "...Or parmi ces propriétés, nous trouvons bon de mentionner les suivantes... la courtine et les vignes de Sigolsheim... la courtine et les vignes de Habsheim, etc."

Sigolsheim est situé en cette admirable région d'Alsace, entre Colmar et Riquewihr, à proximité
de Kaysersberg, patrie du docteur A. Schweitzer. En 1184, le chapitre se dessaisit déjà de ses vignobles de Sigolsheim en les vendant au monastère d'Aspach. L'acte de vente fut passé au cloître de Saint-Ursanne. Nous avons relevé une trentaine de vignobles alsaciens, possession du chapitre jusqu'à la Révolution.

Un des plus importants était celui de Habsheim, entre Mulhouse et Rhin, où chaque année, les chanoines allaient y vendanger et quérir leur vin.

En 1772, la récolte valut au chapitre, trente chariots de vin, dont vingt-cinq de blanc et cinq de rouge, le tout "d'excellente qualité". En 1781, septante-cinq chars. On surveillait très attentivement et les récoltes et le traitement du vin. Le 3 mars 1777, on trouve le chanoine de Grandvillers à Habsheim "pour la transvasion des vins".

Le receveur du chapitre, Ursanne Theubet, nous retrace dans ses comptes et d'une manière
précise, la vendange à Habsheim en l'an 1703. Quelques faits sont assez piquants et parfois pleins d'humour.

Fouleurs, dîmeurs, charretiers, chanoines et vendangeurs partirent de Saint-Ursanne à Habsheim pour une quinzaine de jours. Et on emporta de quoi se nourrir, entre autres: "...un boeuf gras, 40 livres de beurre, têtes de moines de Bellelay, épices, chandelles pour s'éclairer et voire du tabac". Chaque serviteur reçut un demi-écu de Strasbourg, y compris la cuisinière Barbelée Pavignot, qui tomba malade et dut être ramenée à Saint-Ursanne en voiture privée, ceci pour 15 sols".

Les frais de vendanges s'élevèrent en 1703 à 283 livres bâloises. Le vin se vendait alors 6 sols le pot, 3 sols le litre (1 pinte de Saint-Ursanne équivalait à 98 centilitres).

Le 29 novembre 1701, un char versa au Crât des Fourches et ce furent 450 litres de vin de perdu. Le 28 avril 1703, des voleurs "avaient osté un fer de la fenêtre de la cave" du receveur (ancien bâtiment Coop), et pris dans un tonneau 8 tines de vin de l'an 1701 !

Que devenait le vin ? Par un très ancien privilège, la récolte était vendue par le chapitre et par les chanoines eux-mêmes, ensuite seulement, les aubergistes pouvaient rouvrir leurs caves et servir leur clients. Les pauvres de notre ville touchaient leur part appelée "la part de Dieu". En étaient également les bénéficiaires, le curé et son vicaire qui en touchaient 10 tines; 15 tines allaient pour le directeur du chant et l'organiste, etc.

Mais on avait surtout la sagesse d'en mettre 12 tines de réserve pour le travail aux vendanges de l'année suivante.

Le 4 juin 1754, un long procès se termine, qui avait pour antagonistes, le magistrat et la commune bourgeoise d'une part et le vénérable chapitre d'autre part. Le bon vin était la cause de ce litige ! Lors de la vente des vins, le receveur du chapitre se permettait de "donner à manger chaud" (dîners et soupers) aux acheteurs et crieurs. Or messires les cabaretiers qui payaient l'angal à la ville (impôt sur les vins) protestent énergiquement. Tout rentra dans l'ordre la même année.
Il est certain que des essais de plantation de vignes eurent lieu à notre "côte des vignes". Bien exposée au soleil du midi, entre la route de Saint-Hippolyte et la route de la Croix, elle emprunte son nom à la culture de la vigne, autrefois pratiquée d'après les plus anciennes traditions. Pourquoi a-t-on abandonné ? Il se peut que la Révolution y ait mis fin.
Quoi qu'il en soit, on accorde en 1779, à plusieurs particuliers, l'autorisation de défricher en ce lieu.

Sylvaner, bouqueté et joyeux. Riesling, royal, ferme comme la race de ce pays d'Alsace. Traminer, moelleux aux finesses de fleurs. Gewurtztraminer, si parfumé, mûri sur les coteaux privilégiés. Muscat, imprégné de toutes les saveurs du terroir. Tokay, à saluer comme un vin de pur humanisme, sec, mais souple de saveur délicate et somptueuse.

Nectars que nos ancêtres ont bu à plein hanaps. Amis du vin, dégustateurs, disciples de Bacchus de Saint-Ursanne, haut les verrres, nous avons notre chemin des Vignes !



L'HISTOIRE