V. Les Suédois
V.

Le château occupé par les Suédois
(1634-1637)
En 1634, le château de St-Ursanne se vit occupé d'abord par les Impériaux de Collo-
rédo. Mais bientôt ils durent faire place aux Suédois de Weimar et à leurs fidèles
alliés les Français de La Force et de La Valette. Le capitaine écossais Forbes, qui
avait pour lieutenant l'officier Braun, fut désigné pour s'installer au château
avec sa compagnie et y tenir garnison. Ces hôtes féroces, à demi sauvages, traitè-
rent avec tant de cruauté les habitants de cette ville et de toute la contrée, que
ceux-ci après de longues et inutiles réclamations, poussés à bout, ne prirent plus
conseil que de leur désespoir. Une belle nuit, ils montent en silence au château.
Ils sont armés jusqu'aux dents. La sentinelle dort du sommeil de l'ivresse, comme
la plupart des bandits Ecossais. Les assaillants tuent la sentinelle, pénètrent
dans le château et égorgent sans pitié toute la soldatesque brutale qu'ils y ren-
contrent. Quelques fuyards seuls trouvent un asile dans la maison de l'évêque suf-
fragant, qui les soustrait non sans peine, à une trop juste vengeance.

Les vainqueurs s'installent, avec une poignée d'Impériaux qu'ils rappellent, dans
les murs du vieux castrum, où ils attendent et bravent Suédois et Français. Bien-
tôt ces derniers se ravisent. Le comte de Grandsey vient faire le siège du châ-
teau. Il menace de le bombarder, et malgré la bravade de Louis Boichat, qui la
paye de sa vie en passant la porte St-Jean, le comte obtient la réduction de la
place et accorde la vie sauve à la petite troupe qui la défendait.

Une garnison franco-suédoise fut établie au château. Elle ne l'évacua qu'après
les traités de Münster et de Westphalie en 1648.

Le château revint alors en la possession du prince-évêque de Bâle. Mais hélas !
dans quel état ! Il fallut plusieurs années pour réparer peu à peu, avec les pro-
duits de l'angal, les dégâts qui avaient endommagé et le château et les remparts.
En 1674, lorsque le canon français gronda de nouveau en Alsace, on replaça au
château les quatre anciennes pièces d'artillerie, aves les pierriers et les ar-
quebuses qui les défendaient, après avoir fait retenir le tout avec soin et à
grands frais. Heureusement, on n'eut pas à s'en servir. Français et Bourguignons
s'éloignèrent de l'Ajoie. Les bords du Doubs les virent à peine. On en fut quit-
te cette fois pour les coups de main de quelques maraudeurs.
(1) Ils s'adressèrent à diverses reprises par lettres et envoyés au marquis de Bourbonne, gouverneur
de Montbéliard, à l'évêque Jean Henri d'Ostein à Delémont, au général Collorédo dans la Vallée. Voir
aux archives de St-Ursanne les comptes de la ville à cette époque. Voir aussi plus bas la note III.