VI.
La Révolution
VI.
Le château pendant la révolution.
Jusqu'à la Révolution, le château ne fut plus occupé que par une garde bien inof-
fensive. Elle n'était autre que le forestier du Prince et sa modeste famille.
Un jour cependant, c'était le 17 février 1791, dans une séance de relevée, il fut
sérieusement question, au sein du magistrat, de remettre en état les pièces du
château et le château lui-même. On pria le Prince de Roggenbach de contribuer à
l'approvisionnement du château, en vivres, en poudre et en munitions. Que s'é-
tait-il passé ? Une troupe de révolutionnaires Français, s'était décidée à partir
d'Indevillers pour envahir et ravager les Etats de l'Evêché de Bâle. A la solli-
citation de Rengguer, ces troupes de paysans exaltés songeaient à nous apporter
par le fer et le feu le double bienfait de la guillotine et de la liberté phry-
gienne. St-Ursanne était particulièrement désigné aux corps-francs du Doubs,
comme point d'attaque et comme lieu de bonne prise. Le magistrat de la ville,
informé de ce qui se tramait, se hâte de prendre des mesures sévères pour la fer-
meture des portes de la ville. Il y met des gardes nuit et jour. Elles sont dou-
blées. On tire de l'arsenal et de la mairie, les fusils à demi rouillés, pour en
armer tous les bourgeois. Et l'arme au bras, on attendit. L'ennemi n'osa point
paraître. Il ne pouvait être brave qu'en face d'une population désarmée. Il por-
ta ses fureurs à Saignelégier sur les pas de l'invulnérable Gruel.
Toutefois le jour vint, où il fallut que St-Ursanne ouvrît ses portes aux fou-
gueux libérateurs. Un bataillon de volontaires de la Corrèze, appartenant à
l'armée de Custine, fit son entrée à St-Ursanne dès les premiers jours d'avril
1792. La ville en fut pour loger, par la persuation de la force, cette troupe
indisciplinée, partie au château, partie dans les maisons bourgeoises. Après
les volontaires de la Corrèze vinrent ceux du Haut-Rhin, commandés par l'offi-
cier strasbourgeois Rosswag, qui déploya sa valeur à Grandgour en tuant d'un
coup de fusil le prêtre Pêcheur, curé de Florimont. St-Ursanne, ville et châ-
teau, ne fut débarrassé des troupes Françaises qu'en 1797. Cinq années d'occu-
pation ! Cinq années de ruines. Ces ruines, au départ des Français, n'empê-
chaient pas de voir encore les deux casemates taillées dans le roc et servant
alors de prisons. Une femme y avait trouvé la mort pendant la Terreur (mai
1794).
Quel était le crime de Marie-Thérèse Macabrey ? Avait-elle eu le malheur de crier:
Vive le Roi ! ou vive la Reine ! Un jeune homme de Courtételle venait d'être guil-
lotiné à Delémont pour ce crime. Avait-elle refusé de porter la cocarde jacobine ?
Son acte de décès, inscrit à l'état civil, n'en souffle mot. Il constate seulement
"que cette malheureuse fut trouvée morte dans sa prison et qu'elle fut inhumée au
cimetière de Lorette".
En remontant plus haut dans nos annales, nous n'avons trouvé, sous nos Princes-
évêques, aucun fait aussi tragique ni aussi cruel.
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