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MARGUERITE DE SAINT-AUBIN ou la voix du souterrain (Légende) C'était un bien beau château, une puissante forteresse que le manoir de Montvoie que possédait noble et féal chevalier Reschars de Vendlincourt, en 1284. Ce sei- gneur avait fait hommage de ce fief de Montvoie au puissant comte de Neuchâtel en Bourgogne, Thiébaud VI. Une noble fille descendante de ce seigneur, Marguerite de Vendlincourt, avait épousé Simon sire de St-Aubin. Le prince de Neuchâtel inféoda de nouveau la forteresse à ce Simon de St-Aubin en 1378, après que la branche de Vendlincourt-Montvoie se fut éteinte dans la descen- dance mâle du père de Marguerite. On dit que ce Simon de St-Aubin descendait du noble Eberhart de Fenis Neufchâteau et qu'un de ses ancêtres, à la voix de St-Ber- nard avait pris la Croix, qu'à la suite des principaux croisés, il disputa à Mahomet le tombeau du Christ. Il ne revint pas, mais un de ses fils continua la noble lignée de ces preux chevaliers. Simon de St-Aubin était loin de ressembler à ses ancêtres. Seigneur sans entrailles, sans honte et contrairement aux usages de la chevalerie, il attaquait les voyageurs, détroussait le pauvre monde et pous- sait ses courses jusqu'à Lucelle. Détestant les moines, il rançonnait leurs vas- seaux jusqu'aux portes de l'abbaye, se moquant des excommunications de l'Eglise. La ville de St-Ursanne, avec ses tours et ses murailles, n'était pas à l'abri des brigandages du chevalier félon.Comme le chemin rapide, qui conduisait au manoir, était difficile, les lieux envi- ronnants si couverts de forêts et de rochers, le château tellement en dehors des routes fréquentées, le sire de St-Aubin se croyait en sûreté contre toute attaque. Aussi menait-il vie joyeuse, avait vin et ribaudes à foison, disent les chroniques du temps. Exécré et odieux à tout le pays, par ses cruautés, ses exactions et ses briganda- ges, il osa enfin inquiéter les bourgeois de St-Ursanne et de Porrentruy. C'en é- tait trop. Les bourgeois des deux villes voulurent en finir avec lui. Ils convin- rent de profiter de l'absence du brigand pour suprendre son château et le détrui- re. C'était en automne 1378, Marguerite de St-Aubin, tristement accoudée à une fenêtre ouverte, se livrait à de douloureuses méditations. Son seigneur et maître venait de quitter le château, suivi de ses hommes d'armes pour une excursion en Comté, ne laissant à Montvoie que sa femme Marguerite, sa mère et quelques archers et serviteurs sous la garde de Jehan, de Montenol, qui faisait le guet sur la tour crénelée du donjon. Bientôt ce dernier poussa le cri d'alarme. Il venait de recon- naître les étendards des bourgeois de St-Ursanne et de Porrentruy qui faisaient flotter leurs bannières en poussant des cris de guerre. Il descendit à la hâte, rassembla les archers et les serviteurs dans la cour de la première enceinte et attendit les soldats citadins. Bientôt les béliers eurent enfoncé la porte princi- pale et les soldats des villes en vinrent aux mains avec les défenseurs du château. Jamais plus sanglante équipée. Jamais la mort ne fit si vite tant de victimes.Enfin la valeur dut fléchir sous le nombre. Il ne resta bientôt plus que le noble Jehan de Montenol. Percé de coups, il s'élance dans le château, monte à la cham- bre de la belle Marguerite, la conjure de le suivre dans les souterrains afin que par des chemins détournés, ils puissent fuir au loin. Mais avant que les deux malheureux eussent le temps de mettre leur projet à exécution, le château était envahi. Le fidèle serviteur n'eut que le temps de conduire la Dâme du château dans les couloirs secrets. Marguerite, affolée par la peur, s'enfonça dans les nombreux passages du donjon, tandis que le noble Jehan se tenait à l'entrée du couloir, pour la défendre courageusement. Il tomba ensuite percé d'une flèche qui lui traversa le coeur.Les asssaillants, ne rencontrant plus de résistance, firent irruption dans tout le castel, qu'ils fouillèrent de fond en comble. Ils le dévalisèrent entièrement, ne laissant que les murs, puis retournèrent chez eux chargés de butin. La pauvre Marguerite de St-Aubin ne sut pas trouver l'issue des souterrains et dut y trouver une mort affreuse, car on n'entendit plus jamais parler d'elle. Aujourd'hui on peut voir encore, sur un rocher sans verdure, des pans de murs, une tour encore entière, des fortifications à demi renversées. Ce sont les ruines de Montvoie. Les vieilles gens du petit village de ce nom racontent qu'à certaines heures de la nuit, quand la chouette jette dans le silence de ce lieu sauvage son cri lugubre, une voix humaine, douce comme les accords d'une lyre, s'élève du fond de la citer- ne, chantant une complainte et c'est la voix de Marguerite de St-Aubin, qui, per- due dans les souterrains du vieux castel, attend son fidèle Jehan de Montenol pour la délivrer. A.D. Daucourt, Arthur (signé A.D.) article paru dans le Pays du dimanche, N° 74 (1907)
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