SAINT-URSANNE ET SON HISTOIRE


LES TROUBLES DE 1728 A 1740
Le prince-évêque de Bâle, Jean Conrad de Reinach voulant centraliser les affaires des
Etats de l'Evêché, empiéta singulièrement sur les droits séculaires du Chapitre de
St-Ursanne. De là, des protestations du Chapitre et des recours au Saint-Siège en
1729. Le nonce du pape, à Lucerne, chercha à pacifier ces querelles. Le prince n'en
tint aucun compte, bien plus, il confisca au Chapitre le droit de chasse. Nouvelle
protestation du Chapitre que le nonce appuya. Le prince passa outre et conserva pour
lui les droits séculaires appartenant au Chapitre. Celui-ci dû recourir une seconde
fois au St-Siège. Pour réduire le Chapitre et le forcer à se soumettre, le prince
avait proposé à l'assemblée des Etats réunis le 10 mars 1730, à Porrentruy, de voter
l'argent nécessaire pour faire venir des troupes helvétiques, afin de réduire le
Chapitre à l'obéissance, ainsi que les Francs-Montagnards qui refusaient de payer
l'accise, dont ils étaient affranchis par la lettre de franchise de l'évêque Imier
de Ramstein.
Les Etats de l'Evêché ne voulant pas sanctionner ce despotisme du prince, refusèrent
de voter l'argent pour payer les milices suisses qui devaient agir à St-Ursanne et à la
Montagne. Le prince dû revenir aux accomodements. Le Saint Siège ordonna au prince
de respecter les droits et les privilèges du Chapitre jusqu'après jugement du conflit.
Le prince Conrad de Reinach ne voulut pas se soumettre et en appela à l'empereur.
Pendant que les deux adversaires plaidaient, devant le tribunal impérial, toutes les
communes de la Prévôté se mirent sous la protection du Chapitre pour la conservation
de leurs droits menacés par le prince. Aucun accommodement ne put avoir lieu. Le Cha-
pitre porta ses plaintes au tribunal de l'empire à Wetzlar. Le 13 juillet 1733, le
prévôt Beurret fit présenter ses doléances aux Etats de l'Evêché réunis à Delémont.
Le conflit entre le Chapitre et le prince ne prit pas encore fin. Le prévôt Beurret
mourut sur ces entrefaites le 13 août 1733, à l'âge de 78 ans, et fut enterré dans
la collégiale.


38. François Joseph Bassant
1733 à 1741. Le 5 octobre 1733, le Chapitre se réunit pour le choix d'un prévôt. Avant
l'élection, les chanoines décidèrent que le prévôt nommé souscrivait aux trois conditions:
1. On renouvelle les conditions établies pour les précédents prévôts; 2. Il devra revendi-
quer en faveur du Chapitre, le droit d'admettre ou de rejeter, pour les courtines de
Seleute et d'Ocourt, les maires nommés par le prince; 3. Le prévôt continuera le procès
pendant à Wetzlar, entre le Chapitre et M. de Rosé, concernant le fief de Montbion.
Tous les chanoines prêtèrent le serment prescrit et élurent à l'unanimité le custode
Bassand, comme prévôt et archidiacre. Conduit processionnellement à la Collégiale, il fut
installé après avoir prêté le serment d'usage. Ce nouveau prévôt fut le défenseur intré-
pide des droits du Chapitre contre les empiètements du prince. Il lui en coûta sa desti-
tution. Le prince eut beaucoup de peine à confirmer l'élection, tant il craignait ce
caractère si droit.
Le conflit qui s'était élevé entre le Chapitre et le prince avait été porté à Rome. Le
Saint Siège confirma les droits du Chapitre et le défendit contre les empiètements conti-
nuels du prince évêque de Bâle, Jean Conrad de Reinach et de son successeur Sigismond
de Reinach, qui ne tinrent aucun compte de la sentence de Rome.
L'Ajoie, la Vallée, le Laufonnais, les Chapitres de Moutier, de St-Ursanne, l'abbaye de
Bellelay, les Franches-Montagnes, étaient en révolte contre leur souverain. La lutte dura
dix ans et ne fut apaisée que par les soldats de Louis XV, que le prince appela à son
secours.
La lutte entre le prince et ses sujets se continuait âpre et terrible. En vain, le prince
avait demandé du secours aux cantons catholiques, ses alliés. Ceux-ci lui répondirent
qu'il devait s'entendre avec ses sujets et chercher des voies d'accommodement. Les
députés de Berne, de Soleure et de Bâle avaient essayé de rétablir la paix sans y
parvenir. Berne même avait offert des troupes au prince pour pacifier ses Etats.
L'offre fut refusée et le prince s'adressa à la France. Il fit un traité avec Louis XV.
Six cents grenadiers et dragons, sous le commandement du maréchal de Broglie, occu-
pèrent le pays. Le 2 mai 1740, les commis du peuple, Péquignat, Varé et Riat étaient
arrêtés au Fuet et conduits au château de Porrentruy, le 30 novembre 1740. Tout le
pays se soumit avec empressement. Le désarmement fut ordonné et il se fit sans peine
à St-Ursanne comme dans toute la Prévôté.
Les armes de la ville furent remisées à l'hôtel de ville, sous la garde du Magistrat.

Après le jugement des magistrats et des commis du peuple, arriva celui des membres du
clergé. Le Chapitre de St-Ursanne, pour avoir soutenu ses droits contre les empiète-
ments du prince-évêque, vit cinq de ses prêtres condamnés à différentes peines. Le
prévôt Bassand fut cassé de sa place et réduit au simple rang de chanoine, avec perte
de sont droit de suffrage au Chapitre, et une amende de 1036 livres. Le chanoine Hennet,
curé de la ville, encourut une amende de 692 livres et les arrêts pendant trois ans
dans sa propre maison, sans en sortir que pour les fonctions de son ministère.
C'est sous ce prévôt que furent fondues les quatre grandes cloches de la Collégiale, le
16 août 1737.

Le prévôt Bassand mourut le 17 mars 1742, âgé de 58 ans. Il fut inhumé devant la table
de la communion dans la collégiale. Ses armes étaient d'azur à une fleur de lys d'or
sur trois montagnes de même.


39. François Antoine de Klötzlin d'Altenach
de 1741 à 1762. Le prévôt Bassand ayant été révoqué par ordre du prince, le Chapitre
le remplaça par François Antoine de Klötzlin parent du prince Sigismond de Reinach qui
confirma l'élection. Deux ans après, le prince mourait, et fut remplacé par J. Guil-
laume de Rinck, de Baldenstein. Ce prince confirma les privilèges du Chapitre, de la
ville et de la Prévôté. Le Chapitre vendit la vieille maison prévôtale et acheta la
demeure de la famille de Grandvillers qui avait passé aux Bassand, pour en faire la
maison du prévôt.
Les habitants du hameau d'Outremont étaient fiéteurs du Chapitre. La ville, de son côté,
voulait leur faire payer la contribution dite des petits mois. Le Chapitre s'opposa à
ces prétentions. Pour éviter un nouveau conflit, il fut convenu entre la ville et le
Chapitre, que les gens d'Outremont seraient reçus bourgeois, et comme tels, tenus de
payer la contribution demandée.

Un incendie avait consumé un grand nombre de maisons à Corgémont. Malgré la différen-
ce de religion, le Chapitre s'empressa d'accorder aux sinistrés "un grand nombre de
pièces de bois dans sa forêt du Pichoux, pour qu'ils puissent rebâtir".

Le prévôt Klötzlin mourut le 23 novembre 1763.


40. Jean Germain Beuret
de 1763 à 1779. Né à Porrentruy, le 14 avril 1706, fut chanoine de St-Ursanne en 1728,
puis custode, enfin prévôt en 1763.

Il fit confectionner le riche et immense baldaquin qui ombrage encore l'autel du choeur.
C'est une oeuvre de prix, que les connaisseurs modernes estiment aujourd'hui 80,000
francs. Il fit également fabriquer une belle table de communion en fer forgé qui existe
encore. Une réforme fut faite à cette époque concernant les insignes des chanoines. Il
fut décidé que les aumusses seraient raccourcies, comme l'ont fait les chanoines de
Moutier. Celle du prévôt fut doublée de soie violette et celles des chanoines de soie
verte, avec les cordons de la même couleur. Il acheta en 1777, pour le Chapitre, la
maison de la famille de Bilieux pour 5000 livres, à l'usage des chanoine. Il mourut
le 17 janvier 1779, et fut enterré dans la crypte de la collégiale.


41. Melchior Joseph Tardy
de 1779 à 1787. Elu le 8 février 1779, son élection fut confirmée par le prince le 12 juil-
let suivant. Son administration fut déplorable. Il ne résida pas à St-Ursanne. Il se conten-
ta de porter son titre de prévôt et d'en retirer le plus d'avantages possibles.

Une particularité est à noter, c'est qu'en 1780, on lisait à St-Ursanne une gazette, c'est
celle des Deux Ponts en France. Elle coûtait, rendue franche de port, 19 livres.
Une décision du Magistrat à ce sujet est à remarquer: "Le voëble de la ville est chargé 
de porter les gazettes à tous les membres du Magistrat; il les ira prendre chez M. le
lieutenant, les vendredis à sept heures du matin, pour les porter chez M. le mayre, à
dix heures, il les prendra pour les reporter chez le maistre bourgeois, et ainsi de
suite de trois heures en trois heures jusqu'au dernier du gouvernement. Et, lorsque
celui-ci les aura eues trois heures, le voëble les reprendra pour les mettre à un fil
sur l'hôtel-de-ville". (voir histoire de St-Ursanne, par Mgr Chèvre, p. 617).

Le service postal se faisait une fois par semaine de St-Ursanne à Porrentruy, et
c'était une femme qui était chargée de porter les lettres. On l'appelait la messagère.
Elle avait pour traitement, six livres de Bâle en argent et un pénal de froment.