INTRODUCTION
M. X. Kohler, si avantageusement connu par ses études historiques, a publié dans
le Jura, en 1886, une conférence d'un haut intérêt sur l'Instruction publique à
Porrentruy du XVIe au XIXe siècle.
Le savant auteur de ce travail se plaît à signaler, en 1583, la présence d'un
maître d'école à St-Ursanne. Entendrait-il par là que l'école n'a vu le jour sur
les bords du Doubs qu'au XVIe siècle ? Evidemment non. M. Kohler est historien
autant que littérateur. Il n'a pu oublier qu'en 1388 St-Ursanne avait pour rec-
teur de ses écoles (rector scholorum), le notaire Nicolas Huninger, dont la fa-
mille, comme le nom l'indique, était originaire de Huningue, près du Rhin.
(V. Trouillat, Monuments de l'Evêché de Bâle, tom. IV, p. 801 et 931).
Remarquons en passant cette expression, recteur des écoles. Il y avait donc à
St-Ursanne, sous les auspices du Chapître et à l'ombre de sa Collégiale, en
1388, non seulement une école, mais au moins deux écoles. Nous pensons toutefois
que, par cette expression, l'on peut entendre ce qu'on appellerait de nos jours
des sections graduées ou des degrés d'enseignement dans une seule et même école.
La preuve en est que deux siècles plus tard, nous ne trouvons à St-Ursanne qu'
une école avec un maître et non plus "des écoles".
Le recteur d'école Huninger était en même temps notaire. Il était donc clerc,
puisqu'au XVIe siècle on ne connaissait pas d'autres notaires que des ecclé-
siastiques. En outre, il était chapelain de la Collégiale et directeur du chant.
Maître-chantre, chapelain, notaire, trois fonctions que nous voyons cumuler en-
core au XVIe et au XVIIe siècle par le recteur de l'école ou des écoles de la
ville et du Chapître.
Ce cumul habituel de fonctions nous aide à retrouver, bien avant Huninger, un
maître d'école dans la personne du chapelain Jehan, qui est désigné sous le nom
de cantor Sancti Ursanni, ou directeur du choeur de St-Ursanne, dans un acte du
16 novembre 1260. (Trouillat, Monuments, II, 97).
D'où nous pouvons conjecturer que l'école, création des chanoines dès l'organi-
sation du Chapître en 1120, n'était guère, dans le principe, qu'une maîtrise
destinée à former des chantres pour le choeur. Mais pour chanter au choeur, ce
n'était pas assez de savoir épeler des signes ou des notes, il fallait encore
savoir lire. La lecture était donc, après l'enseignement religieux, et parallè-
lement au chant, le principal objet de l'étude dans les écoles primitives du
Chapître.
D'ailleurs, le Chapître avait un autre intérêt à favoriser l'étude. Se recruter
était pour lui une question de vie ou de mort. Il fallait des chanoines, il fal-
lait des chapelains. Et les chapelains et chanoines, ne pouvaient être admis au
choeur, moins encore aux ordres sacrés, sans savoir lire couramment l'office
qu'ils avaient à chanter.
Nous dirons plus. Il fallait savoir écrire. Car en 1375, les statuts du Chapître
portent expressément que tout officier du Chapître, même laïque, devait rendre
compte par écrit de ses recettes et de ses dépenses chaque année à l'assemblée
capitulaire de Saint-Michel. Nous en concluons que le cercle des études embras-
sait, dans ces limites restreintes, les quatre branches suivantes:
La religion;
La lecture;
L'écriture (avec les éléments du calcul) et
Le chant.
Ce programme, comme on le voit, n'était pas trop chargé. Ce qui avait bien aussi
son mérite. Ajoutons que la fréquentation de l'école du XIIe au XVIIe siècle, é-
tait plus ou moins facultative.
A Moutier, Jean de Rädersdorf était écolâtre, scholasticus, du Chapître en 1352,
et le chapelain, Nicolas de Courrendlin, était en 1306 rector scholarus. (Trouil-
lat, Monuments, IV, 657 et III, 98).
Moutier avait ses traditions, St-Ursanne avait aussi les siennes. Lorsqu'au IXe
siècle, le célèbre Ison, la gloire de St-Gall, fut prêté par ce monastère à l'ab-
baye de Grandval pour y enseigner, cette abbaye avait déjà son école ou même ses
écoles. Il en était de même dans l'abbaye du Doubs, soeur de celle de Moutier.
L'une et l'autre, à cet égard, ne faisaient que suivre l'illustre exemple qui
leur était donné par leur maison-mère. On sait que, dès le VIIe siècle, Luxeuil
avait sa grande école, foyer de lumières illustre entre toutes les écoles des
Gaules. St-Gall, qui avait pour digne rivale Reichenau, n'était du VIIe au XIIIe
siècle qu'une admirable copie de Luxeuil.
Après ces données générales, essayons de retracer plus en détail et dans l'ordre
des temps, l'esquisse historique de ce puissant moyen de civilisation qui se
nomme l'école.
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