LA TRANSJURANE
FAIVRE, Marcel

La Transjurane.
Propositions: Développement. Protection de l'environnement.


Porrentruy, Editions du Faubourg, 1984, 163 p., ill.
p. 121-128

Désenclavement de Saint-Ursanne et du Clos-du-Doubs

Par l'étude de son plan d'aménagement dès 1964, la commune de Saint-Ursanne s'est préoccupée de son état d'isolement. En dehors de sa liaison le long du Doubs avec la petite ville de Saint-Hippolyte, en aval du Doubs, toute correspondance routière passe par des cols situés entre 700 et 900 mètres, en partant de 440 mètres.
L'hiver, la situation est parfois difficile; l'enneigement est un obstacle dissuasif.Deux problèmes importants se posaient à la commune de Saint-Ursanne en rapport avec le réseau routier. Le premier était de créer une rocade à la vieille ville moyenâgeuse, qui n'avait pas été construite pour le trafic d'aujourd'hui. Fort heureusement pour l'intégrité de son patrimoine, la vieille ville a conservé ses trois portes est, sud et ouest à largeurs et hauteurs limitées, seuls et uniques accès. C'est aussi un passage obligé pour le Clos-du-Doubs. Les usines Thécla, situées sur la rive gauche, ne peuvent pas être ravitaillées directement lorsque les transports dépassent une hauteur de 3 m 20. L'étroitesse du pont sur le Doubs datant du XVIIIe siècle ne facilite pas les choses. Les passages des longs bois sont dangereux. De tels convois causent des dégâts très regrettables aux portes en forme de voûte que l'on ébranle et détériore régulièrement.Le deuxième objet était de relier Saint-Ursanne à la Transjurane. Dans les projets initiaux, il n'en était pas question. Mais au fur et à mesure des consultations faites dans les communes d'Ajoie, la nécessité d'une variante passant à l'ouest de Porrentruy et les difficultés d'un tunnel de faîte sous les Rangiers ont étayé le tracé permettant le désenclavement du Clos-du-Doubs.

Dès lors, Saint-Ursanne, avec l'appui des communes du Clos-du-Doubs, a revendiqué son raccordement en mettant en évidence la perte grave de population dans la dernière décennie, conséquence de la crise horlogère, de la situation périphérique et des difficultés d'accès. Saint-Ursanne s'est vivement défendu politiquement. Au siècle passé, elle avait déjà sacrifié une bonne partie de sa fortune forestière pour obtenir la liaison ferroviaire.La requête admise, on a trouvé de sérieux avantages au nouveau tracé. La rocade de désenclavement du site moyenâgeux sur la rive gauche du Doubs est à l'étude et sera réalisée prochainement en tant qu'accès à la Transjurane. Le projet général d'exécution est publié. La commune, consultée, a apporté des suggestions très bien reçues par les instances cantonales. Les avantages sont importants pour cette ville considérée comme un joyau historique incomparable du Jura.

La mise en valeur du patrimoine naturel, la protection de la région du Doubs ont été mieux assumées dès l'entrée en souveraineté du canton du Jura. Ces faits impliquent une responsabilité à la fois d'accueil et de contrôle des populations régionales. De très nombreux touristes, avides de promenades dans les zones naturelles, créent parfois de sérieux conflits (piétinement, parcage).Depuis au moins deux générations, Saint-Ursanne a décidé de protéger son patrimoine historique. En 1942 déjà, elle avait édicté un règlement de protection de la vieille ville. Bien que refusé à la sanction par les autorités cantonales, elle l'a appliqué illégalement de manière efficace jusqu'à l'approbation de son plan
d'aménagement. Le résultat est une ville aujourd'hui considérée, largement admirée. Des travaux très importants ont été réalisés par l'assainissement, la rénovation de monuments et de bâtiments publics. Ainsi la restauration importante et complète de la collégiale est en voie d'achèvement, réalisée avec l'aide financière et technique de la Confédération, des cantons de Berne, puis du Jura, des souscripteurs et d'institutions diverses. On a ouvert en 1983 le Musée lapidaire aménagé dans les ruines d'anciennes églises, superposées, du Moyen Age. On y découvre des sarcophages mérovingiens à leur emplacement original et de nombreux objets archéologiques. Les orgues du 18e siècle sont restaurées et l'ouverture complète au public est prévue pour 1984.Le cloître gothique accueille des expositions artistiques. Une commission culturelle locale prépare une animation importante pour les années prochaines.

La richesse des archives, des collections de chasubles, d'instruments liturgiques, de statues, etc. mérite d'être mise en valeur.

Il est donc naturel d'encourager une forme de tourisme culturel dans la vocation de Saint-Ursanne. Il s'accentuera avec des moyens routiers meilleurs.
Le fait de rendre la ville indépendante du trafic de transit est très important, car il permettra d'envisager des manifestations originales dans la transquillité de la vieille ville et de ses monuments.

Divers projets tels que l'équipement son et lumière sont discutés. Ces perspectives devront s'assortir de mesures d'accueil touristique. A ce sujet, il faut bien reconnaître que les structures et surtout la gestion hôtelière sont loin du convenable. C'est un phénomène marqué d'une lente désagrégation depuis la fin de la dernière guerre.L'analyse de ce processus permet quelques explications. Pendant la guerre, les établissements publics ont connu une forte clientèle militaire obligée, mais aussi une clientèle locale et régionale voyageant par trains et coupée des possibilités d'aller outre frontière. Ainsi, les samedis et dimanches, on venait en grande foule à Saint-Ursanne. La réputation touristique et gastronomique résultait d'une longue tradition. Les promenades à pied le long du Doubs ou dans les coteaux étaient très appréciées.

Les établissements étaient tenus par des familles perpétuant une longue pratique d'hôtellerie rurale. Le personnel était recruté sur place ou dans les hameaux voisins, soit à titre permanent, soit pour les pointes (beau temps, fins de semaine, manifestations, fêtes, etc).La fin de la guerre a modifié assez fondamentalement les choses. L'automobile a changé les lieux et les modes de détente; les déplacements sont plus longs. L'industrie se développe et la main-d'oeuvre fait défaut. On gagne davantage à l'usine que dans les établissements hôteliers. De plus, les samedis et dimanches sont libres. Les enfants des familles hôtelières quittent le métier. On remplace des autochtones par une main-d'oeuvre étrangère. Les anciennes générations passent la main. La nouvelle génération se présente sans formation, sans expérience. De plus, l'hiver n'est pas rentable. Seuls les jours de beau temps le sont. Les établissements sont vendus bien trop cher, sur leur ancienne renommée, à des gens qui ne mesurent ni la difficulté ni le rendement.

Actuellement, c'est la crise, la réputation d'accueil et de gastronomie s'est dégradée. De plus, on manque de chambres et de locaux. Le chômage des dernières années a rendu le problème du personnel moins grave. Il n'en reste pas moins que l'inexpérience et les lacunes de la formation professionnelle se font durement sentir.Il faut revoir fondamentalement le problème et concevoir une hôtellerie plus compétitive et des infrastructures plus attractives. La saison morte d'hiver est à compenser par une animation attirant la clientèle. La Transjurane, à ce point de vue, est un facteur positif, car les tunnels permettront d'atteindre Saint-Ursanne de partout dans des conditions de route confortables et sans plus avoir peur d'être bloqué par la neige dans le Clos-du-Doubs.

Mais si une certaine régulation est possible il n'en reste pas moins que la charge touristique d'été et des fins de semaines sera certainement accentuée de manière intense. Si l'on considère la situation actuelle, la saturation est complète les dimanches de beau temps sur les rives du Doubs protégées, sur les sites bâtis de Saint-Ursanne et Soubey (village à passage obligé à 15 km en amont de Saint-Ursanne).Les équipements de camping sont bien insuffisants et la pression touristique engendrée par le Doubs compromet la protection du paysage naturel. Les pêcheurs atteignent un nombre maximum, ce qui oblige l'administration de la pêche à forcer l'élevage et l'alevinage de truitelles pour conserver l'intérêt de la vente de permis de pêche.

Le libre accès des embarcations sans moteur, canots, kayaks, etc., en période d'étiage crée des tensions entre pêcheurs, baigneurs et pratiquants des sports nautiques.

Le Doubs, rivière saine et apparemment sauvage, est devenu un lieu de rencontre urbain, encombré, à pointes insupportables. Si la construction de résidences secondaires a été jugulée par les législations sur l'aménagement du territoire et les arrêtés de protection de la nature, la pression des foules n'est pas maîtrisée. La Transjurane peut encore amplifier la charge. Il reste donc quelques années pour mettre au point une conception touristique limitée pour le Clos-du-Doubs et prendre les mesures de régulation utiles.Dans l'immédiat, la probabilité de rétablir les emplois industriels perdus est faible en raison de la conjoncture générale défavorable. L'achèvement du canton du Jura a bien créé des emplois du tertiaire par la décentralisation administrative, mais les fonctionnaires ne viennent pas volontiers habiter le Clos-du-Doubs, étant installés depuis longtemps ailleurs. La perspective d'implanter d'autres emplois est faible, en dehors de postes peu qualifiés dans l'industrie et l'hôtellerie, généralement occupés par des étrangers et des frontaliers.

Il existe toujours une certaine pression sur l'habitat de résidence secondaire.
On est a 60 km de Bâle et les Bâlois sont des habitués du Jura et du Doubs. En fait, ils s'installent partout où la faible densité d'habitants leur laisse envisager un certain isolement. Pourtant, la prise de domicile est rare; par conséquent, la contribution aux impôts cantonaux et communaux est très faible. Les citoyens du Clos-du-Doubs estiment que les activités du secondaire doivent être soutenues plus que le tourisme. Ils ont lutté dur pour libérer les bords du Doubs de la prolifération de maisons de week-end, folie urbaine des années d'après-guerre. L'expérience a démontré que ce type de développement est négatif, économiquement et sociologiquement. La commune d'Ocourt a combattu l'idée d'un village de résidences secondaires proposé il y a quelques années sur son territoire. Ce projet n'était que spéculation sans vergogne. On a renvoyé les spéculateurs, malgré des propositions de millions tombés du ciel.

Alors que faire ?
Nous pensons que, dans cette situation, la solution n'est ni simple, ni unique. La région est petite, ses moyens sont faibles. Essayons d'examiner quelques possibilités offertes à moyen terme par la Transjurane.

Le secteur primaire, en l'occurence l'agriculture, peut être avantagé par les facilités de transport et des échanges. L'accès aux centres collecteurs agricoles de Delémont et Alle pour l'agriculture, l'échange de machines d'exploitation, l'accès aux foires régionales sera amélioré. D'une manière générale, les contacts seront plus faciles. Ainsi, la vente des produits de la ferme, fréquente ailleurs, est une spécialité que les paysans du Clos-du-Doubs ne savent pas exploiter systématiquement, malgré la grande vogue touristique de l'été. Il s'agira de l'instituer.
Une fromagerie modèle est à l'étude.

Nous l'avons dit, la pêche est une activité très prisée dans le Doubs, rivière dont la qualité des eaux s'est sensiblement améliorée ces dernières années grâce aux efforts de dépollution et à l'adéquation morphologique du lit et des rives.
Or, si l'on considère l'exploitation de l'eau, ressource rare pour une telle qualité, on s'aperçoit d'une étrange anomalie. Les institutions de la pêche, sous contrôle cantonal, et les sociétés de pêche "fabriquent" des alevins en quantité qu'ils revendent à d'autres régions pour aleviner des cours d'eau déficitaires.
Même si ce travail est rentable et contribue à limiter les charges de l'Etat, il n'en reste pas moins que les restaurants servent des truites d'élevage importées d'Ajoie ou d'ailleurs et conditionnées dans une eau déplorable si l'on considère la carte de la qualité des cours d'eau mise au point par le professeur Bouvier.
Il y a ici quelque chose à corriger. Les anciens hôteliers de Saint-Ursanne ne vendaient que de la truite du Doubs d'une qualité irréprochable détectée et appréciée des connaisseurs. Il en était de même d'autres produits locaux, ce qui était très goûté d'une clientèle très régulière dans la période d'entre-deux-guerres.Gageons que l'élevage complet de la truite dans l'eau du Doubs et des ruisseaux
adjacents, dans une perspective de qualité, même en bassins artificiels, pour-
rait être profitable, quitte à diminuer le nombre des permis de pêche qui con-
tribuent au piétinement des rives, à une certaine détériotation de la nature et
à la bousculade touristique. On peut recréer une clientèle plus régulière, sé-
lective. Cette conception devrait être suivie également dans la gestion hôte-
lière.

On peut aussi, dans une certaine perspective de connaissance de la nature, repren-
dre le projet de centre d'études écologiques dans une région dont le modèle natu-
rel bien équilibré est de plus en plus rare dans les sites industrialisés et urba-
nisés.Ceci peut conduire à un tourisme complémentaire particulier. Des structures d'ac-
cueil simples sont à envisager pour satisfaire la clientèle estudiantine et sco-
laire. Elles manquent actuellement. Cette activité peut se faire hors saison d'é-
té avec profit.

Dans une autre perspective d'utilisation des ressources naturelles, la pierre cal-
caire exploitée par les fours à chaux est d'une assez maigre rentabilité pour la
commune de Saint-Ursanne, en dehors d'emplois en majorité peu qualifiés.

Un traitement secondaire de la chaux n'est-il pas envisageable dans le domaine de
la chimie ou des engrais ? Notre expérience à la ferme pilote de Réclère a démon-
tré paradoxalement qu'une grande partie des terrains karstiques manquent de chaux
en raison du constant lessivage de l'eau de pluie. De plus, le traitement des
boues d'épuration permet d'entrevoir des solutions plus pratiques et utiles grâce
à l'adjonction de chaux vive.Notre rôle n'est pas ici de préconiser des solutions toutes faites, mais bien de
formuler des hypothèses de recherches appliquées. Nous verrons plus loin quels
organismes il est souhaitable de mettre sur pied dans le cadre du canton et de
la région pour tirer le meilleur profit des ressources disponibles.

A propos des fours à chaux, il est une utilisation plus directe à envisager avec
les travaux de la Transjurane. Les cavernes actuelles non utilisées sont volumi-
neuses. Ce sont des abris vides, par ailleurs très peu visités. Ces cavernes
pourraient être en soi un objet de curiosité touristique en toutes saisons, même
en hiver.

La proximité de la Transjurane, à peu près à la même altitude, laisse supposer
qu'un percement en direction est permettrait de joindre le tracé routier Trans-
jurane, à travers une roche apparemment de même type.

Pourquoi ne pas envisager cette exploitation dès maintenant et préparer un raccor-
dement direct ? A ce point de vue, une enquête sommaire sur les utilisations pos-
sibles a mis en évidence les intérêts suivants, à l'exclusion des besoins purement
militaires:- Stockage de matières. Les entrepôts de Bâle ou du centre de la Suisse en général
coûtent cher et les surfaces sont limitées.

- Stockage d'hydrocarbures. La région ne possède pas de tels stocks. Le marché est
donc très influencé par les perturbations saisonnières ou de caractère spéculatif.
Un stockage pour le Jura est souhaité. D'autant plus que les projets étudiés dans
les régions de plaine hydrologiquement fragiles ont été combattus avec succès par
les écologistes et les milieux d'agriculteurs qui se voient dépossédés des bonnes
terres agricoles de plaine pour des usages non agricoles. Les cavernes de Saint-
Ursanne sont d'importants volumes vides, partiquement étanches. Mais l'accès ac-
tuel ne se prête pas à leur utilisation. Une liaison avec la Transjurane peut y
pallier. Elle peut se combiner avec le raccordement au chemin de fer en gare de
Saint-Ursanne.

- Le riche patrimoine historique du Jura est aussi à la recherche de lieux de dé-
pôts protégés.

- La commune de Saint-Ursanne ne dispose pas d'abris collectifs suffisants en cas
de catastrophe, mais la plupart des autres communes sont dans la même situation.

- Le canton du Jura n'est pas équipé non plus. Outre la décentralisation de l'ad-
ministration en cas de catastrophe, des stockages de matériel et d'archives sont
à envisager. De quoi certainement remplir une parties des volumes disponibles.De semblables initiatives peuvent être prises dans le périmètre des entrées de tun-
nels, voire plus loin, en fonction des réalités géologiques. Ainsi, Porrentruy
dispose de quatre portails, Courgenay un, Boécourt un, Courrendlin un, Choindez
un. L'analyse des besoins peut donc se faire à partir du centre géographique et
dans une certaine périphérie. Pour chaque cas, ce sont des travaux à réaliser et
des emplois à créer, ceci engendrant des retombées secondaires. Ici, une réflexion
fondamentale s'impose.Le développement des travaux de la Transjurane à Saint-Ursanne à partir de deux
portails de tunnels, d'un pont important et des raccordements donnera, à n'en
pas douter, une impulsion considérable à l'artisanat local. Or, Saint-Ursanne a
eu beaucoup de peine à retenir la succursale d'une entreprise de maçonnerie.
Elle dispose à peine d'une entreprise de menuiserie. Pas plus qu'elle ne dispo-
se de charpentier, de couvreur, de tôlier, d'installateur sanitaire, etc. Pen-
dant la haute conjoncture, les entreprises industrielles ont absorbé la main-
d'oeuvre artisanale, et les entrepreneurs ont abandonné. Ce choix d'artisans est
à reconstituer, ce qui est souhaité par le Conseil communal qui se trouve sou-
vent démuni devant les problèmes de construction.Pour éviter que les grands travaux d'art ne soient complètement exécutés par des
entreprises extérieures, il faut préparer une équipe locale notamment pour le
travail du bois, dont la région est bien pourvue.

Nous n'aborderons pas plus le domaine du développement industriel dont les paramè-
tres sont moins cernables dans une époque de crise économique généralisée. Remar-
quons toutefois que pour Saint-Ursanne de meilleures voies routières peuvent enga-
ger des investissements complémentaires. Nous pensons particulièrement aux usines
Thécla qui, pendant la haute conjoncture, eurent des difficultés considérables à
recruter leur main-d'oeuvre. C'est une industrie solide dans la métallurgie par
son expérience technique. Toutefois elle est limitée à une seule technologie. Une
meilleure technologie doublée d'une ouverture réaliste pourrait être bénéfique se-
lon certains connaisseurs du problème. Mais cette remarque est valable pour toute
l'industrie régionale, dont le dynamisme a été gravement étouffé par la grande fa-
cilité des années de haute conjoncture de 1945 à 1974.L'hôtellerie est à restructurer et à repenser. La Transjurane, indubitablement, va
rendre l'accès moins dépendant des saisons. Il faut alors préparer une nouvelle
génération à une gestion touristique appropriée.

Les campings - il y en a trois principaux - sont des installations de type improvi-
sé. La concentration y est étonnamment dense et ne respecte aucune des normes re-
commandées. Le phénomène de la concentration urbaine y est reproduit au profit de
la rentabilité. Les installations sont primaires et insuffisantes. Toutefois, on ne
peut pas incriminer les seuls propriétaires ou exploitants. L'absence d'une politi-
que convenable, les impératifs de protection qui ne sont pas en accord avec une
certaine forme de tourisme dans une zone protégée après la fondation du camping,
font que tout investissement se heurte à l'insécurité quant à l'avenir.

La para-hôtellerie, phénomène de notre temps, doit être intégrée dans les varia-
bles d'utilisation du sol. Mais elle ne saurait bénéficier sans contribuer. A ce
point de vue, l'animation culturelle et de détente dans le Clos-du-Doubs, parti-
culièrement à Saint-Ursanne, doit être liée au phénomène touristique dans une pers-
pective plus qualitative que quantitative. Sans vouloir privilégier un développe-
ment élitiste, il est certain que la vulgarité de masse ne s'associe pas aux va-
leurs naturelles et culturelles que l'on protège dans le Clos-du-Doubs.La collégiale, son cloître, son musée lapidaire se prêtent à des manifestations
publiques de nature culturelle d'intérêt plus que régional. La commission dési-
gnée par l'autorité communale est consciente du problème. Elle entend promouvoir
un développement digne du cadre dont elle a la responsabilité. C'est l'ensemble
des variables liées au territoire et à sa gestion qu'il faut harmoniser. Cette
tâche dépasse le cadre communal quand elle met en cause la capacité de gestion
des communautés et des acteurs dans le primaire, le secondaire et le tertiaire.Ainsi, la formation professionnelle en matière hôtelière est insuffisante dans le
Jura. Les quelques cas qui dépassent la moyenne sont souvent des gens formés ail-
leurs. Des efforts sont faits en ce qui concerne la cuisine et la formation des
cafetiers. La gestion générale et particulière est en cause. Les instances de dé-
veloppement touristique se sont efforcées de promouvoir une publicité en Suisse
et à l'étranger. On amène le touriste, et il est mal servi. Certaines initiatives
sont créatives et fructueuses, certes, mais elles ne comblent pas l'insuffisance
gestionnelle générale. On peut supposer que le Jura, trop longtemps dominé par
l'ancien canton de Berne, a perdu une certaine capacité dans la gestion de son
territoire. S'il s'est défendu de l'emprise urbaine en protégeant ses sites et
paysages, le moment est venu de les mettre en valeur. A ce point de vue, il n'y a
aucune école se donnant une mission d'intérêt général, c'est une grave lacune. Et
pourtant les écoles ne manquent pas: professionnelles, commerciales, lycée, agri-
cole, etc. Elles sont spécialisées plutôt selon les schémas de villes et prépa-
rent les élèves à une conception trop urbaine de l'organisation du travail et de
l'exploitation des ressources. N'est-ce pas un artisanat spécifique, une indus-
trie modeste dans ses dimensions, une hôtellerie semi-rurale, le tout organisé en
communautés compétitives, qu'il faut viser dans une région à concentration humai-
ne limitée, c'est-à-dire à densité encore supportable ? Il faut espérer que le
Gouvernement jurassien, jeune et ouvert à des conceptions nouvelles, puisse être
assez disponible et efficace, dans les années nous séparant de la réalisation de
l'instrument routier nouveau, pour prendre les mesures d'entraînement souhaita-
bles. Nous croyons que les forces jeunes de ce pays pourront assurer la suite
dynamique qui convient, sans pour autant conduire à la concentration inhumaine
et à la spoliation territoriale.Le cas de Saint-Ursanne et du Clos-du-Doubs, au centre de l'axe routier le plus
important du canton du Jura, nous a permis de développer une certaine conception
du développement. En fait, même s'il s'agit d'un cas particulier, les principes
peuvent s'appliquer à toutes les autres parties du canton, mais l'analyse globa-
le de tout le canton nous conduirait plus loin que les limites fixées à cette
étude. Nous resterons donc plus sommaires dans l'analyse des autres raccorde-
ments du tracé.
LA TRANSJURANE