EVENEMENTS
HISTORIQUES
Episodes de la persécution religieuse
à St-Ursanne (Kulturkampf 1873-1875)
Mgr Eugène Lachat, nommé évêque de Bâle le 26 février 1863, fut destitué par la Conférence diocésaine
du 29 janvier 1873. On en vint à la rupture ouverte lorsque la majorité des gouvernements cantonaux
approuvèrent sa destitution et firent exécuter leur décision en recourant à la force.
Les autorités du Jura bernois essayèrent en vain d'installer un clergé loyal envers l'Etat. En consé-
quence, des affrontements entre catholiques conservateurs et libéraux eurent lieu.
A St-Ursanne, F. Chèvre, curé-doyen et Th. Sautebin, vicaire figuraient parmi les 97 protestataires
contre la décision de Berne du 1er février 1873 qui ordonnait aux prêtres du Jura de rompre toute
relation avec Mgr Lachat.
Ces prêtres exprimaient leur fidélité à l'Eglise et l'horreur que leur inspirait le schisme auquel on
voulait les contraindre, car interdiction leur était faite d'exercer leur ministère.
Décret d'exil et prêtres exilés
Le clergé en masse était proscrit et jeté sur la terre d'exil.
Un arrêt du Commissaire du gouvernement daté de Delémont 2 février 1874 frappait à la fois 84 prêtres,
condamnés à prendre le chemin de l'exil.
Voici leurs noms et leurs portraits, pour le doyenné de St-Ursanne, avec le lieu où ils ont trouvé refuge.
Chèvre Fidèle
curé-doyen de St-Ursanne, à Bremoncourt, missionnaire apostolique
Sautebin Théodore
vicaire de St-Ursanne, d'abord à Bremoncourt, puis à Menthon-Saint-Bernard (Savoie), dans la famille
Crochet.
Badet Joseph
curé de La Motte, d'abord à Bremoncourt, puis curé à Janval, près Dieppe.
Challet François
curé d'Epauvillers, à Bremoncourt (Doubs).
Choffat Xavier
curé de Soubey, à Chauvilliers.
Dominé Jules-Humbert
curé de Saint-Brais, à Chauvilliers.
Les gendarmes, sous l'impulsion du préfet Froté, verbalisent à qui mieux mieux.
Voici quelques accusations portées par les gendarmes bernois contre des prêtres
jurassiens, à St-Ursanne.
Le doyen de St-Ursanne, M. Chèvre est condamné à dix francs d'amende.
Le gendarme Mouche, de poste à St-Ursanne, fait rapport le 13 mai 1873: "M. le
curé Chèvre, doyen de la cité, a béni un enfant dans l'église de St-Ursanne, en
aube, après inscription au registre de l'état civil de la paroisse dudit lieu.
L'enfant appartient à Pierre Mettez propriétaire au Monnat".
Une nouvelle ordonnance du gouvernement de Berne portée le 6 décembre 1873 avait
édicté de nouvelles peines contre les prêtres jurassiens coupable d'officier
dans les édifices religieux publics. Même dans les paroisses où l'église n'était
pas encore au schisme, il était défendu aux curés révoqués d'y remplir quelque
fonction pastorale.
Nouvelles menaces de la gendarmerie
Deux faits surtout excitèrent au plus haut degré l'indignation publique. Le pre-
mier fut l'arrestation brutale et cruelle, de M. l'abbé Sautebin, vicaire de St-
Ursanne, réfugié avec son doyen à Bremoncourt, sur les bords du Doubs, à quel-
ques pas de la frontière française.
Le 29 mai 1874, ce digne prêtre fut appelé à St-Ursanne pour administrer une per-
sonne mourante. Il partit à neuf heures du soir; il était déguisé et portait sur
lui le Saint-Sacrement et les saintes huiles. Mais déjà la police était avertie
et surveillait les passages. A peine à la frontière suisse, un gendarme arrête le
prêtre et le somme de le suivre.
Le vicaire proteste contre cette arrestation que rien ne justifie. Le décret lan-
cé contre les prêtres jurassiens ne porte que sur le séjour, mais non sur le pas-
sage fortuit des exilés à travers le territoire défendu.
Le gendarme pour toute réponse tire son révolver et conduit le vicaire à Ocourt,
où il le livre à la rage des esprits forts du lieu.
Le sacristain Desboeufs et M. J. Besançon, conseiller de la congrégation sont ar-
rêtés le 10 mars 1874, conduits à Porrentruy, et incarcérés dans les prisons de
la préfecture. Ils subissent une détention, l'un de deux, l'autre de cinq jours,
sous l'accusation d'avoir détenus des objets appartenant à l'église.
Un jeune prêtre, de la dernière ordination, M. l'abbé Lachat, exerce à St-Ursanne
les fonctions du ministère qui ne portent pas ombrage à la susceptibilité de
l'autorité préfectorale. Appelé le 9 mai 1875 à Glovelier auprès d'un malade, il
s'y rend en toute hâte et administre au mourant les derniers sacrements. La gen-
darmerie l'arrête au retour, le conduit à quatre heures du matin à Delémont où,
après un long interrogatoire, il est enfin mis en liberté.
A St-Ursanne, le préfet Froté, défendit, de par son autorité, toute réunion religieuse dans la maison
où s'assemblaient les catholiques. Quelle raison invoquait-il ? "C'est trop près de l'église où se
célèbre le culte reconnu par l'Etat. Ce culte (des apostats) peut être troublé par la réunion des
fanatiques".
C'est ainsi qu'il nommait les catholiques, et ordre était donné à la police de dissoudre ces assemblées qui portaient ombrage
au pouvoir persécuteur. Six cents fidèles se réunissaient le dimanche pour chanter l'office dans les vastes appartements d'un
brave catholique. Et, dans l'église en face, que voyait-on ? Tout au plus, et c'était pourtant l'époque de leur première fer-
veur, une douzaine d'apostats groupés autour de l'intrus Léonard (du diocès de Reims), curé d'Etat bernois. Chassée de son
église souillée, voir bannie également de toute autre maison de la ville, elle prit le parti d'essayer d'un reste de liberté
dans un local isolé. A dix minutes de la ville, sur les bords du Doubs, se trouve une scierie, plus pauvre et moins abritée
que l'étable de Bethléem, que le peuple se résigna à sanctifier les jours de dimanche et de fête, et cela en plein hiver et
sans prêtre.
L'épisode des soeurs de la Charité
Les Soeurs de la Charité de Besançon sont appelées à St-Ursanne en 1818. Le décret
du 9 février 1849 qui supprimait, avec la maison des Ursulines, les établissements
tenus par les soeurs de la Charité dans le Jura, n'avait pas été exécuté à St-Ur-
sanne. Le gouvernement de Berne s'en souvint et le 29 mai 1874, il décrète la sup-
pression de la congrégation et lui accorde un délai de trois mois pour la liquida-
tion de sa position financière.
Le décret de suppression, communiqué au préfet Froté par le directeur des cultes,
M. Teuscher, fut transmis au maire de St-Ursanne le 4 juin 1874.
Les soeurs de St-Ursanne n'en eurent connaissance officielle que le 31 août sui-
vant, en même temps que le maire leur siginifiat l'ordre de partir immédiatement.
Un délai de trois mois leur était garanti par l'arrêté du gouvernement; ce délai
ne devait commencer à courir que du jour où cet arrêté leur avait été notifié. Le
maire ne le comprit pas de la sorte et, appuyé du gendarme Mouche, il intima à la
supérieure l'ordre de vider les lieux dans l'espace de six heures. Son mandat,
disait-il était formel et faute par elle d'obtempérer à cet ordre, il requerrait
la foce et jetterait personnel et mobilier dans la rue.
L'alarme fut grande au couvent, en ville, dans toutes les familles qui avaient dé-
jà exprimé hautement toutes leurs sympathies pour les dignes religieuses en fai-
sant porter à Berne une pétition en leur faveur, couverte de deux cent soixante-
huit signatures des votants de la paroisse qui n'en compte que deux cent soixante-
treize; c'était la presque unanimité.
En vain, le couvent était définitivement condamné, l'expulsion totale programmée.
Et les persécutions continuaient...
En effet, une pauvre soeur, accusée de vol fut conduite, comme une malfaitrice,
en prison à Porrentruy. Soeur Daria, à la chapelle de Lorette, essaya d'ouvrir le
tronc avec la clef, la serrure résista et elle se décida à la forcer au moyen
d'une hache. C'en fut assez pour que le gendarme Mouche édictât de nouveau un de
ces rapports qui demeureront mémorables dans les fastes de la persécution du Jura.
Le voici: "le 12 courant, il est parvenu à ma connaissance qu'on avait ouvert le
tronc de la chapelle de Lorette, près de St-Ursanne, et qu'on avait enlevé le con-
tenu. D'après les renseignements que j'ai pris à ce sujet, la soeur Daria est al-
lée à la dite chapelle, accompagnée d'une dizaine de leurs pensionnaires, pour y
faire diverses réparations. Après ce travail, la soeur sus-mentionnée s'est ren-
due près du tronc, et a cru ouvrir avec une clef. Mais n'ayant pas pu, elle a ap-
pelé Joseph Duplain pour l'ouvrir. Ce dernier, gardien de la dite chapelle, a pris
son hache et a forcé la porte, puis ont pris l'argent qu'il contenait. La soeur
déclare que Chèvre Fidèle, curé-doyen, lui a dit quelques jours auparavant d'ou-
vrir les troncs des chapelles et de l'église; et que le produit serait pour le
pensionnat comme auparavant, car vous êtes chargées d'entretenir le linge de
l'église et des chapelles. Le tronc renfermait 92 francs, que les soeurs ont
déclarés en présence de M. le maire de St-Ursanne". C'étiat un vol avec effrac-
tion ! On fit une enquête... enfin, on remit en liberté la pauvre prisonnière.
Plusieurs pages ne suffiraient pas à contenir toutes les péripéties endurées et
vécues par les soeurs de la Charité à St-Ursanne pendant ces temps perturbés...
L'intrus Léonard, apostat
Il fut le principal moteur des tracasseries de toutes sortes que subirent les
soeurs. Quelques jours après son installation à St-Ursanne, ce misérable fit re-
conduire à la frontière par les gendarmes l'aumônier français que le cardinal de
Besançon avait envoyé aux soeurs de la Charité. L'apostat fit destituer la com-
mission d'école par l'intermédiaire du préfet Froté qui écrivit une lettre au
maire de St-Ursanne.
Le crime qu'une jeune fille avait commis en souriant avait été aggravé par une
circonstance effroyable: elle avait fait le signe de la croix en voyant passer
l'intrus. Huit jours de prison immédiate furent un châtiment mérité. Le père
de la jeune personne fut condamné à partager son emprisonnement, pour avoir de-
mandé au juge, il fallait dire au bourreau, la permission de voir son enfant.
Voici encore quels furent les élus de St-Ursanne appelés à faire partie de ce
concile d'une nouvelle espèce, qui doit régir l'Eglise nationale catholico-ber-
noise:
MM. Choulat J.-B., ancien juge du district, à Ocourt; Bouvier Théobald, vétérinaire, à St-Ursanne; Léonard L.-A,
curé vieux-catholique schismatiquem domicilié à St-Ursanne.
Voilà un léger aperçu de ce que faisait, il y a trois ans à peine, dans le Jura
bernois, un pouvoir protestant qui avait juré d'arracher des coeurs jurassiens
la vieille sainte foi catholique.
extrait de:
LOUVET
résumé
Un cri d'horreur avait accueilli l'attentat sacrilège connu sous le nom de "desti-
tution" de l'évêque de Bâle. Un évêque destitué par une poignée de protestants ou
de renégats assis au pouvoir, cela se conçoit-il ?
C'est cependant ce qu'on a vu dans notre libre Suisse, en plein dix-neuvième siè-
cle. L'indignation fut à son comble dans le catholique Jura. Elle se fit jour par
une protestation solennelle, signée de 9000 Jurassiens, c'est-à-dire de la presque
unanimité des votants du pays. Cette grande voix d'un peuple menacé dans sa foi
s'élevait avec intrépidité contre les mesures prises par les persécuteurs. "Nous
sommes attachés de coeur et d'âme au pasteur légitime que Dieu nous a donné. Rien
ne nous sépare de lui. La prétendue destitution dont il est l'objet n'a nulle va-
leur à nos yeux. Nous protestons de toutes nos forces contre cette mesure inique
et sacrilège."
Ainsi disait le peuple jurassien, en s'adressant à la première autorité du canton,
et en la priant d'annuler l'acte inqualifiable des délégués du pouvoir exécutif.
Mais le parti en était pris. Une immense conspiration était ourdie contre le Jura:
il fallait déraciner de ce sol encore trop français ce qui pouvait le rattacher à
la France, la religion catholique.
L'autorité législative resta sourde au cri de tout un peuple. Elle fit plus. Pour
accélérer l'oeuvre de protestantisation du Jura, carte blanche fut donnée au Con-
seil d'Etat. D'avance toute mesure était approuvée, quelque violente qu'elle fût,
pourvu qu'elle tendit à la ruine de "l'ultramontanisme".
On vit alors l'injustice et la violence la plus révoltante à l'ordre du jour. Une
consolation, une dernière espérance restait au coeur des catholiques. Sans point
d'appui sur la terre, ils tournaient vers le ciel leurs regards et ne comptaient
plus que sur la puissance de la prière. On vit le peuple se diriger avec une piété
profonde vers les sanctuaires de Marie érigés dans le Jura par la foi de nos pères.
Le Vorbourg et Lorette retentirent des accents et des sanglots des fidèles. A la
vue de cette foi agissante et des processions saintes qu'elle inspirait, le pouvoir
s'émut. Mettant en avant je ne sais quel trouble qui menaçait la paix confession-
nelle, le gouvernement porta contre toute procession, puis, peu après, contre toute
manifestation religieuse dans les rues, sur toutes les routes ou les places publi-
ques, un décret qui condamnait à l'amende ou à la prison tout catholique qui y
prendrait part. Pour assurer le succès de cette mesure à la Mourawieff, on ferma
les sanctuaires, ou on les rendit inaccessibles aux catholiques par le sacrilège et
la profanation.
Il ne restait plus qu'une ressource aux enfants de l'Eglise: se réunir dans des
maisons privées pour y exercer le culte de leurs pères. Croira-t-on que cette
dernière liberté ait été laissée aux Jurassiens ? Ce serait bien peu connaître
l'esprit de haine qui anime les apostats et les fils de la maçonnerie. Ces réu-
nions privées furent interdites, du moins dans d'importantes localités, sous les
prétextes les plus ridicules.
C'est ainsi que, à Saint-Ursanne, le préfet Froté, que Dieu a châtié depuis, défen-
dit, de par son autorité, toute réunion religieuse dans la maison où s'assemblaient
les catholiques. Quelle raison invoquait-il ? "C'est trop près de l'église où se
célèbre le culte reconnu par l'Etat. Ce culte (des apostats) peut être troublé par
la réunion des fanatiques."
C'est ainsi qu'il nommait les catholiques, et ordre était donné à la police de dis-
soudre ces assemblées qui portaient ombrage au pouvoir persécuteur. Six cents fidè-
les se réunissaient le dimanche pour chanter l'office dans les vastes appartements
d'un brave catholique. Et, dans l'église en face, que voyait-on ? Tout au plus, et
c'était pourtant l'époque de leur première ferveur, une douzaine d'apostats grou-
pés autour de l'intrus Léonard (du diocèse de Reims), curé d'Etat bernois. Chassée
de son église souillée, expulsée de la maison qui servait d'asile à son culte, que
fit alors la population catholique de St-Ursanne ? Dans la crainte de se voir ban-
nie également de toute autre maison de la ville, elle prit le parti d'essayer d'un
reste de liberté dans un local isolé. A dix minutes de la ville, sur les bords du
Doubs, se trouve une scierie, plus pauvre et moins abritée que l'étable de Bethlé-
em, que le peuple se résigna à sanctifier les jours de dimanche et de fête. Et ce-
la, en plein hiver et sans prêtre, car on'a pas oublié que le clergé en masse était
proscrit et jeté sur la terre d'exil.
Eh! bien, malgré cet abandon et cet isolement, la population catholique n'a pas
moins continué à se réunir dans ce triste local, où l'on bravait, avec la colère
des hommes, les fureurs des vents, les rigueurs du froid et toutes les intempé-
ries des hivers.
En présence de cette noble résistance, on comprend quelle a pu être la rage de
ceux qui avaient dit dans les conseils de la nation: " - Prenez-les par la ter-
reur, et ils se rendront".
C'est alors que les localités les plus importantes se virent inondées de soldats
envoyés par Berne. Porrentruy ne fut occupé militairement que trois jours. Mais
Saint-Ursanne, Bonfol, Fahy, Courfaivre et plusieurs autres paroisses eurent à
supporter les frais d'entretien d'innombrables garnissaires, durant des mois en-
tiers. Est-ce que cette oppression criante amena du moins quelques défections
parmi les catholiques ainsi frappés ? Ici encore, l'espoir des persécuteurs fut
déçu. Pas une défection, pas une seule trahison ne vint répondre à leur ignoble
attente. On dut retirer les troupes sans pouvoir compter un succès.
Par contre, et en esprit de vengeance, chaque jour on voyait traîner devant le
juge des foules catholiques dénoncés par les gendarmes. Que fallait-il pour
s'entrendre condamner à 20 fr., à 50 fr., à 100 fr. d'amende, ou pour se voir
jeter en prison pour des semaines et des mois ? Il suffisait d'avoir souri, ou
simplement souri au passage d'un intrus dit curé d'Etat. Une jeune fille se per-
mettait, le matin, cette inoffensive distraction. Le soir, elle était happée par
la gendarmerie et traînée dans les prisons de Delémont ou de Porrentruy.
Les jeunes personnes de Glovelier en savent quelque chose. Celles de Saint-Ursan-
ne aussi. Il est vrai que le crime qu'une jeune fille de cette dernière localité
avait commis en souriant avait été aggravé par une circonstance effroyable: elle
avait fait le signe de la croix en voyant passer l'intrus. Huit jours de prison
immédiate furent un châtiment mérité. Le père de la jeune personne fut condamné
à partager son emprisonnement, pour avoir demandé au juge, il fallait dire au
bourreau, la permission de voir son enfant.
D'un seul village, où le schisme, il est vrai, avait de trop nombreux adhérents,
on a vu jusqu'à trente personnes, hommes, femmes, jeunes gens et jeunes filles,
jetés le même jour dans les cachots de Porrentruy. Quelles accusations faisait-
on peser sur eux ? Point d'autres, sinon de s'être montrés chauds partisans du
curé catholique et de la cause sainte pour laquelle il souffrait.
Ce serait le lieu de rappeler les innombrables vexations auxquelles a été en but-
te le clergé jurassien avant de se voir chassé par delà les frontières. Ce sujet
est trop vaste pour l'aborder aujourd'hui; il demande une lettre particulière.
Qu'il me suffise, en terminant, de signaler, à côté de Charmoille, dont je viens
de parler, la paroisse de Courtedoux qui fut appelée presque entière à la barre
du juge de Porrentruy, pour avoir insulté, disait la police, un intrus faisant un
enterrement apostat. Et quelle insulte avait été commise par cette population ca-
tholique et paisible ? On s'était mis en ligne sur le bord de la route, pour
laisser passer le convoi funèbre; et au moment où passait le prêtre apostat, on
avait osé rire un peu, sans prononcer une parole. Ce crime valut à une trentaine
de personnes une condamnation à une dure amende augmentée de tous les frais de
justice.
Voilà un léger aperçu de ce que faisait, il y a trois ans à peine, dans le Jura
bernois, un pouvoir protestant qui avait jurer d'arracher des coeurs jurassiens
la vieille sainte foi catholique.
Et, de nos jours, où les catholiques sont refoulés dans leurs granges pour adorer
Dieu, tandis que leur églises sont vides, fermées ou profanées par des apostats,
si ces scènes hideuses n'ont plus lieu, c'est que, enfin, devant l'attitude iné-
branlable du peuple jurassien, le bras des persécuteurs semble se fatiguer, à
moins qu'il ne feigne un instant de repos pour frapper bientôt avec une nouvelle
fureur.
Quoi qu'il en soit, on en conviendra, le Jura n'a rien à envier aux gloires an-
ciennes de l'Irlande, ni aux gloires contemporaines de la Pologne.
Etude inédite, par André Lachat.
Sources:
Histoire de la persécution dans le Jura bernois (1873-1875).
Documents:
La gravure reproduite : "le culte catholique à St-Ursanne, en 1874, d'après une
photographie", est extraite de la lettre parue dans "Les missions catholiques,
10e année, N° 448, du 4.1.1878.
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