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BJ 399 D'où viennent nos villages ? Saint-Ursanne. par M.-C.B. Saint-Ursanne doit son origine à un pieux ermite, Ursicinus, disciple de Saint-Colomban chassé d'Irlande par Thierry II, roi de Bourgogne. Ursanne, qui n'était pas encore saint, vint avec son maître et quelques autres religieux, propager l'Evangile dans les contrées dévastées par les incursions des Barbares. Les moines errèrent quelques temps en Gaule, sur les bords du Rhin et dans l'Helvétie orientale puis se séparèrent, désireux de répandre en peu partout le mouvement monastique. Ursanne se rendit à Tuggen, à Bregenz et sur les bords du lac de Bienne avant de se retirer au bord du Doubs où il mourut vers l'an 620. Le peu de temps qu'il passa dans la région lui suffit pour jeter les bases d'un oratoire. Sur la colline qui domine la ville au Nord, les visiteurs peuvent apercevoir aujourd'hui la chapelle dite "de l'ermitage" et, juste au-dessus, la grotte qui aurait servi de retraite au saint moine durant une dizaine d'années de sa vie. Cette grotte renferme une statue représentant le saint, couché sur une natte, dans l'attitude du repos. Une quinzaine d'années après la mort de l'ermite, Wandrille, haut fonctionnaire de la Cour du roi Dagobert Ier, vint dans la région. Conquis par l'exemple de l'ermite, dont il avait découvert les reliques, il construisit une abbaye dont nous retrouvons les fondations au nord du cloître, sous les ruines de l'ancienne église paroissiale. Une certitude A la fin du XIIe siècle, les chanoines entreprirent la recons- truction de leur Collégiale, ce joyau de l'architecture romane et gothique. Le prévôt, Philippe de Saint-Ursanne, resté en charge de nombreuses années (de 1176 à 1218) fut sans doute le construc- teur de l'église romane. En fait, nul document ne permet d'avan- cer la date précise du commencement des travaux mais nous pou- vons affirmer que l'édifice était achevé, exception faite des voûtes, en 1210. En effet, cette année se déroula dans la Collé- giale une grande cérémonie reli- gieuse en présence de l'Evêque de Bâle. Lors de la reconstruction de la Collégiale de Saint-Ursanne, les chanoines firent tailler un nouveau sarcophage et transportè- rent les restes de leur saint patron de l'ancienne église Saint-Pierre dans la crypte. C'est au XIVe siècle que les reliques furent placées sous le maître-autel où elles se trouvent toujours. L'église fut construite par étapes et porte, de ce fait, l'em- preinte de plusieurs périodes. Les voûtes ogivales de l'édifice, par exemple, marquent l'époque de transition entre le plein cintre roman et le gothique. Plus significative encore, l'ornementation très sobre de la nef principale témoigne de l'appauvrissement des chanoines à la suite des nombreux travaux déjà accomplis. En 1403, un terrible incendie ravagea la ville toute entière. Les chanoines et les bourgeois se mirent à l'ouvrage et entreprirent ensemble la reconstruction de leur bourgade. A cette occasion la ville de Saint-Ursanne fut agrandie de deux nouveaux quartiers à l'Est qui vinrent s'ajouter au noyau primitif for- mant un anneau autour de la Collégiale, anneau entouré de remparts depuis le XVIIe siècle. Trois portes Les siècles n'ont guère modifié le plan de la ville qui a conservé le cachet d'une petite cité du Moyen-Age. Pour préserver son aspect, Saint-Ursanne a su se contenter de ses neuf rues étroites et des trois seuls accès à la ville. Au niveau des mouvements qui composent ce cadre exceptionnel il faut relever que la tour de la Collégiale est postérieure à la construction de l'édifice. Des documents attestent, qu'en 1441, elle s'effondra entraînant dans sa chute une partie des voûtes. Jean d'Asuel, prévôt de Saint-Ursanne et les nobles seigneurs de la vile jetèrent immédiatement les fondements d'une nouvelle tour qui porte d'ailleurs leurs noms gravés dans la pierre. Il fallut, toutefois, dix-huit ans d'efforts pour donner à la collégiale un nouveau clocher. En cet automne du Moyen-Age, Saint-Ursanne comptait, non seulement des bâtiments religieux mais aussi un château planté sur la colline au nord de la ville. Celui-ci fut fort probablement construit avant 1300 puisque la première mention qui en est faite date du 18 janvier 1333, date à laquelle l'évêque de Bâle, Jean de Châlon, signa un acte "en son château de St-Ursanne". Cet édifice fut vendu comme bien national en 1796 pour le prix de 488 fr. Passant en diverses mains, ses denières belles pierres servirent en 1827 à la construction d'une filature incendiée en 1852. La grande peur L'histoire de Saint-Ursanne est à l'image de celle des petites cités du Moyen-Age avec de saints hommes et d'autres qui le sont moins, de grandes peurs et d'autres, beaucoup plus "petites". Comme partout en Europe on n'échappera pas ici aux histoires de sorcellerie. Les historiens contemporains ont réduit à sa dimension cette "sorcellerie" qui occupait si fort les seigneurs de Porrentruy et le clergé de l'époque. Lors de la guerre de Trente Ans, lorsque les terribles Suédois (qui avaient un fort accent bâlois, comme le souligne le curé de Pleigne, par ailleurs docteur en histoire) vinrent porter le fer et le feu dans cette région. Les récits d'incendies se prolongent d'ailleurs bien au-delà de cette période. Dans la nuit du 7 au 8 mai 1858, celui qui se déclara prit des proportions considérables et dévora quasiment toutes les maisons de la ruelle. Pour comble de malheur une violente bise soufflait et la pompe obstruée refusait ses services. Les habitants commençaient à craindre pour leur ville et quelques âme confiantes invoquèrent sainte Agathe... Tout à coup le vent tourna et souffla contre le Pré l'Abbé, épargnant ainsi la cité. Dans le passé de Saint-Ursanne, le feu mais aussi l'eau apparaissent comme autant de calamités qui mettent à l'épreuve la solidarité de la population. Les habitants durent, en effet, affronter les crues du Doubs, par exemple celle du 17 janvier 1670, où le pont de la ville fut arraché, celle de 1812 où trois cent soixante stères de bois furent enlevés par le courant, celle de 1882 où le chemin des Lavoirs fut rendu impraticable par l'inondation, etc... La ville entière, à chaque fois, craignait pour son pont et lorsque le tocsin sonna en 1831, à la suite de trois jours de pluie, tous les hommes se précipitèrent avec leurs chevaux à l'écluse où d'énormes masses de bois étaient retenues, menaçant d'arracher le pont. La chronique d'une petite ville chargée d'histoire, marquée si longtemps par la présence des moines puis de l'évêque - ce n'est pas par hasard que ses armoiries portent un ours tenant une crosse épiscopale - ne peut se contenir dans les limites d'un bref article. Il faudrait pouvoir parler encore des vieilles familles - les Bouvier, les Marchand, les Frossard, les Feune, les Vaicle, les Grillon, et tant d'autres - qui ont vécu, génération après génération, dans ce cadre presque intact, suivi la plantation de l'arbre de mai par les troupes révolutionnaires en 1792, assisté à l'exode du chapitre qui occupait les lieux depuis près de huit siècles, et qui disparut définitivement de l'histoire de la cité dans les dernières années du XVIIIe siècle. Il faudrait pouvoir comprendre ce qui se passa dans le coeur des habitants lorsque les diplomates réunis à Vienne au début de l'année 1815 donnèrent au canton de Berne l'ensemble de l'ancien Evêché de Bâle. L'époque qui suivit ce "traité inégal" se confond, pour Saint-Ursanne, avec l'histoire du nouveau canton. Pendant un siècle et demi l'idée séparatiste trouva ici des appuis et des alliés. Jusqu'à ce jour du 3 février 1977 où la première constitution de la République et canton du Jura fut approuvée solennellement par l'Assemblée constituante réunie à Saint-Ursanne. Jour historique s'il en fut et dont les générations suivantes verront la trace dans une rue de la petite cité - celle qui relie l'Hôtel de Ville à la porte Saint-Jean - baptisée depuis "rue du 3 février". Décidément l'histoire ne se résoud pas à quitter les cités historiques. M.-C.B. L'Echo illustré, N° 30, 28.7.1979, p. 34-35, ill. |