MONTVOIE Chèvre, F.: Histoire de Saint-Ursanne, p. 845-849
Le château de Mons viae et de Mons advocati. - Les sires de Montvoie: Richard de Vendelincourt, 1284; Simon de St-Aubin, 1378; Théobald de Gutwiller, 1420; Henri de Boncourt-Asuel, 1423; Thiébaud de Tavannes, 1442; Jean- Jacques de Grandvillars, 1564; Caspar de Reinach, 1582. Une voie romaine, dont Quiquerez a retrouvé les traces, reliait à travers le Lomont la vallée du Doubs à celle de la Halle. Cette voie valut au monticule, au pied du- quel elle passait, le nom de mons viae, d'où le nom de "Montvoie" donné au château qui s'éleva sous la main des Franks, ou peut-être déjà sous celle des Bourguignons, sur les ruines d'une ancienne specula romaine. Au moyen-âge, le mons viae fit place au mons advocati, en allemand Vogtsberg, dès que le château fut devenu la résidence d'un "avoué" ou bailli de l'évêque de Bâle, qui était le suzerain de ce domaine. La première mention de Montvoie ou Montvouhay dans nos archives remonte à l'an 1284. Le chevalier "Rechars de Vandelincourt" déclare tenir ce castel du comte de Neuchâtel, Thiébaud VI. Il s'engage à en ouvrir les portes au comte et à ses hoirs toutes les fois qu'il en sera requis, "saulve la féaulte l'évêque de Basle et l'abbé de Murbach." En 1378, le sire de Montvoie était le chevalier Simon de St-Aubin, beau-frère de Marguerite de Vandelincourt, à laquelle le bailli Guillaume de Poitiers avait en- levé, à Vendelincourt, en 1374, "sa hacquenée avec selle et bride." Nous avons raconté déjà comment le donjon de Montvoie fut assiégé, pris et pillé, en 1367, par les hommes d'armes de St-Ursanne et de Porrentruy. Les plaintes por- tées contre ces derniers par Simon de St-Aubin au tribunal de l'évêque Jean de Münsingen ne trouvèrent pas d'écho. Cependant, Jean de Vienne y fit droit, et nous avons dit à quelles conditions. Après avoir guerroyé, avec ses trois hommes d'armes, au profit de l'évêque Imier de Ramstein contre son compétiteur Werner Schaller, nous retrouvons St-Aubin, en 1397, à son château de Montvoie, qui ve- nait d'être mis à sac une seconde fois. En 1390, le chevalier Simon reconnais- sait que "le sire de Neufchastel et Henry de Vaillans, chastellain de St-Ursanne, avaient pillé Montvoie pour certaines et justes causes." C'est pourquoi "il leur donnait quittance de tout le dommaige qu'il avait essuyé par la prinse de son castel," et il s'obligeait à n'en point tirer vengeance. Le château de Montvoie, "fied de l'esglise de Basle et respondant à la chastel- lainie de St-Ursanne", avait pour seigneur, en 1420, Gerard de Gutwiller, dont la femme donnait à l'hôpital naissant de Porrentruy "deux linceulx." Trois ans après, un nouveau châtelain, nommé par l'évêque Jean de Fleckenstein, ré- sidait à Montvoie. C'était l'écuyer Henri de Boncourt dit d'Asuel, dont le père, Jean de Boncourt, était châtelain de Porrentruy en 1404, et dont la femme était Jeanne de St-Aubin. Henri de Boncourt, en 1426, déclare retenir de l'église de St- Ursanne toutes les terres qu'il possède à Monturban. En 1442, Jeanne de St-Aubin était mariée en secondes noces, à Thiébaud de Tavannes dit Makabrey. Elle eut, de ce second mariage, quatre enfants: Jean-Ulrich, Anneline, Aline et Anastase. Cette dernière devint l'épouse de Jean de Grandvillers. Après la mort de Jeanne, en 1456, Thiébaud de Tavannes accorde à son fils Jean- Ulrich la moitié du château fort (fortalitii) de Montvoie, outre la moitié de Valbert et des possessions de Jeanne à Ocourt, Monturban et Bremoncourt. La part de Thiébaud de Tavannes, à sa mort, revint à son fils Jean-Ulrich, qui fit ainsi passer de ses mains à celles de son fils Claude la seigneurie et le fief noble de Montvoie (1516). Les deux fils de Claude de Tavannes, Thiébaud et Jean, moururent sans laisser d'héritiers mâles, et la famille de Tavannes s'é- teignit avec ce dernier en 1547. Leurs biens furent alors partagés entre les époux de leurs soeurs, Jean-Jacques de Grandvillers et Walther de Vendelincourt. Montvoie et ses dépendances échu- rent au premier. Son fils, Jean-Conrad de Grandvillers, était, en 1564, "seigneur de Montvoie et possesseur des biens de Monturban provenant de la noble famille de St-Aubin." Monturban et une partie de La Motte étaient encore en 1582 la propriété des Grand- villers. Mais le fief de Montvoie et les ruines de son château appartenaient alors à Caspar de Reinach. Nous disons "les ruines" car le château avait été livré aux flammes en 1473 par les bandes armées d'Etienne de Hagenbach, lorsque ce chevalier accourut, ivre de fureur, venger la mort de son frère, le tyran Pierre de Hagen- bach. Quarante villages de l'Ajoie, après avoir été pillés, subirent le même sort que le château de Montvoie. II Le hameau de Montvoie et la commune de ce nom. Au couchant des ruines de l'ancien donjon se trouve le hameau de Montvoie. C'était autrefois une simple ferme dépendant du châ- teau. En 1452, les tenanciers de ce bien étaient Heinzmann, Jean Bouvier et Werlin, de Bremoncourt. On y trouve, en 1487, Pierre fils de Heinzmann et Richard, fils de Werlin. En vertu d'un accord conclu avec Henri de Boncourt, sire de Montvouhay, les fermiers du hameau ne pouvaient quitter leurs biens pour aller habiter ailleurs qu'à condition de payer trente livres stebelers au sire de Montvoie. Hanz Frossard était maire de Montvoie en 1580. Montvoie ap- partenait alors, avec Lamotte et Valbert, à la mairie d'Alle. Ce n'est qu'à dater de la Révolution que Montvoie et Lamotte ont formé une commune proprement dite. Encore cette commune s'est-elle éteinte il y a quelques années, faute d'un nombre suffi- sant de bourgeois pour composer un conseil. Elle a été annexée à la commune d'Ocourt par décret du Grand-Conseil de Berne, le 31 août 1882. Entre Montvoie et Lamotte se trouve la jolie petite ferme de la Combe. Monturban La "montagne d'Urbain", mons Urbani, voisine du château de Montvoie, est un charmant plateau, qui eut de bonne heure ses habitants. Au XIIIe siècle, il avait même sa noblesse. On trouve, en 1215, Etienne et Hugues de Monturban, fils de Poncet. Jehan- nenet de Monturban avait, dans ce hameau, chésal et jardin, dont il payait une cense aus sires de Bremoncourt. En 1495, Monturban, fief du Chapître de St-Ursanne, possédé par Claude de Tavannes, était habité par Pierre de Monturban et sa femme "Damatte de Villay". Outre l'obligation de bâtir en ce lieu une maison "bonne et suffisante", Pierre payait annuelle- ment à Claude de Tavannes 9 livres 10 sols, plus "cinq potats de burre, chaque potat d'une engroigne". En 1565, un des tenanciers de Monturban était Henri, lequel alors amodiait du Chapître pour trois ans le droit de pêche sur Ocourt. Près de Monturban, un frais vallon forme la ferme de Valbert "Walanbert" en 1456, était un alleu appartenant à Jean-Ulrich de Tavannes. Jean Perrin de Valabert y faisait du charbon en 1572. Cette ferme était alors la propriété des Grandvillers. Montpalais ou la montagne pelée, c'est-à-dire déboisée et défrichée, était, en 1345, une simple prairie appartenant à Jean, maire d'Ocourt. C'était un fief du Chapître, dont Nicolas Cuenin était porteur en 1633. En 1685, Ursanne Theubet, receveur du Chapître, y cons- truisit la première maison d'habitation, qu'il louait avec la ferme, en 1691, à Martin Pienne, du canton de Fribourg. Ce bien, en 1725, était à François Brossard, et M. d'Hennefeld était porteur de ce fief en 1745. Pontoille ou la ferme du pont, sur la rive gauche du Doubs, presque en face du moulin Choullat, appartenait, en 1296, à Jean Camerer, custode de St-Ursanne. Il assignait sur ce bien une rente annuelle destinée à la célébration solennelle de la fête "du Corps glorieux du Christ". Pontoille était, en 1576, la propriété de Nicolas Bennot, de Montu- reux, et en 1616, celle de son fils Jean-Sébastien Bennot, receveur, dont le gendre, Jean-François Rossel, maire de Porrentruy, payait, en 1659, 25 sols et 2 chapons au Chapître de St-Ursanne pour la reprise de ce fief. Cette reprise était faite en 1702, à la mort du chanoine Théobald Schütz de Pfeilstatt, par ses héritiers Albert et Joseph Schütz, puis en 1735, après le décès de Suzanne Schètz, par M. Zipper, d'An- genstein, conseiller de la régence à Fribourg. Le porteur du fief était alors le beau-frère de M. Zipper, Fran- çois-Joseph Schütz de Pfeilstatt, chanoine de Notre-Dame à Ratis- bonne. Enfin, Jean-Baptiste Valoreille, époux de Marie-Elisabeth Zipper, et châtelain de St-Ursanne et de la Montagne en 1740, était le pos- sesseur de la ferme de Pontoille. Sassey tire son nom du rocher (saxum) sur lequel s'élève cette métairie au dessus d'Ocourt, qu'elle semble protéger comme un fort ou une citadelle. Une dernière ferme, appartenant à la paroisse d'Ocourt-Lamotte, est située au sommet de la montagne dans la direction d'Epauvil- lers. Elle se nomme les Champs derrière. - L'abbé Joseph Guédat, mort curé de Soulce le 28 janvier 1858, à l'âge de 39 ans, était originaire d'Ocourt.
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