FOLKLORE
Les poissons du Doubs
dans le folklore de la région


Le poisson se nomme en patois "le poichon"; le petit poisson est "lai biaintchoye"
et les bancs de petits poissons, "lai menuje". Les "arboyons" sont les branchies,
les "alétres" les arêtes, la "patiche" la vessie natatoire; les "naichis" sont les
goulets (golates) où l'on tend les verveux (vervôs), ou les nasses (naiches).
Quand les poissons montent près de la surface de l'eau ou, lorsqu'ils "mordent"
bien, la pluie ne tardera pas à tomber. Lorsqu'ils s'élancent au-dessus de l'eau
pour happer des mouches, l'orage n'est pas éloigné. On dit alors qu'ils "mou-
chent", qu'ils "boitchent".

"Vélats, poulats et poichons crus
Faint les ceumetéres bossus".

Petits veaux, poulets et poissons crus
Font les cimetières bossus.

Ne mangeons donc que du poisson bien cuit.




1. Le brochet. (Boitchat).



Ce géant des poissons du Doubs peut peser 20 livres et plus. C'est "la bête du
Doubs" qui happe parfois, croit-on, des chiens, des chats, ou même de petits en-
fants. Chacun sait que les instruments de la Passion de Jésus-Christ se retrou-
vent dans la tête du brochet: clous, marteau, scie et épines. Plusieurs curieu-
ses légendes ont trait à la Roche au Brochet, en aval de St-Ursanne.
alevins de brochets


2. La truite. (Traite).


On pêche la truite à la ligne, au verveux ou à la nasse, au filet ou à la foène
(foeûne). Les braconniers d'eau douce préfèrent celle au grand truble (bouéron)
ou celle à la main. "Se te veux de lai traite, mouéye-te les pies", si tu veux
de la truite, mouille-toi les pieds, dit un dicton. Une truite appliquée vivan-
te sur l'estomac guérit la jaunisse.
oeufs de truites

alevins de truites


3. L'ombre. (Ombre, gros biainc).


L'ombre pêchée dans les "gottes" (courants) ou dans les "lains" (rapides) est
presque aussi bonne que la truite. "E fât maindgie l'ombre en l'ailombre", il
faut manger l'ombre à l'ombre.
4. La perche. (Lai piertche, le pertchet).


La perche assez méprisée de nos jours, passait jadis pour un excellent poisson.
5. Le ou la chevaine, chevesne ou chevenne. (Tchavoinne, tchavoinné, monnie).


"E y é tchavoinne et tchavoinne". Jeu de mots: "tchavoinne" signifiant chevesne ou
feu de joie. S'il n'avait autant d'arêtes, le chevesne serait un excellent mets.
6. Le barbeau. (Bairbé).


Le "bairbeuyat" est le petit barbeau. Il peut dépasser un demi-mètre de longueur.
Les gourmets prétendent que la tête en est la meilleure partie. D'un gars mousta-
chu l'on dit: "Bé cman ïn bairbé", beau comme un barbeau.

7. La vandoise. (Souefe, biainc, dairâ).

C'est un poisson qui voyage par troupes et qu'on confond souvent, ici ou là, avec
l'ablette ou le gardon. La chair en est de qualité médiocre.
ablette

8. La rousse. (Lai rosse, rossat, roudge-oeïl).

Ce poisson, ainsi que le pied rouge, le gardon et le tairason, sont plutôt rares
dans les Clos-du-Doubs.

Devinette: Un grand fouet, une rosse à chaque bout: le pêcheur, la gaule, la
ligne et la "rosse" qu'il sort de l'eau.
gardon

9. Le chavot. (Tchaivat, baivou).

Quoiqu'on le méprise, il est néanmoins excellent en friture. Les enfants pêchent
le chavot avec une foène formée d'une fourchette aplatie fixée à l'extrémité
d'une baguette. On nomme chavot celui qui est affligé d'une très grande tête. Les
chats, si friands de poissons, ne veulent point manger la tête du chavot. On dit
plaisamment à une personne difficile (potréniate) pour le manger: "Ce n'ât pe
enne téte de tchaivat, ne de sri", ce n'est ni une tête de chavot, ni une de musa-
raigne. La pêche sera mauvaise si l'on trouve un chavot ou un âpron dans le filet.
chabot


10. L'anguille. (L'aindyille, lai serpent d'âve).


Le sang d'anguille guérit l'ivrognerie.
LE ROI DU DOUBS
11. L'âpron. (Le roi, le roi des tchaivats).

On considère l'âpron, qui ressemble à un très gros chavot, comme le roi des
chavots. Ce nom de "roi" lui est peut-être donné à cause des huit épines de la
nageoire dorsale. (Roi, en patois, signifie aussi raide). Ici ou là, on l'ap-
pelle "dgenât" (sorcier). A cause de la vague ressemblance de leur tête, on dit
que les "bats" (crapauds) et les "rois" (âprons) sont cousins. On clouait jadis
vivants les crapauds, les âprons et les chauves-souris aux portes de granges.

La brême, la carpe, l'épinoche, l'épinochette ne se rencontrent qu'exceptionnel-
lement chez nous et l'on y nomme parfois graivelat (goujon) tous les petits
poissons.


in: PAUL STEINMANN: Die Fische der Schweiz. Aarau, Verlag von H.R. Sauerländer & Co, 1936.
APRON:
En Suisse, ce poisson ne vit que dans le Doubs où il est rare;
on le trouve surtout entre Saint-Ursanne et Ocourt;
il a reçu le nom de roi du Doubs.

La description complète se trouve dans:

Quartier, Archibald; Grezet, Jean-Jacques:
Les poissons de nos lacs et rivières.
Lausanne, Editions
Mondo SA., 1980, p.149

12. La lamproie. (Tassou, sept l'oeîls).


On la nomme "sept yeux" à cause des 7 trous qu'elle a, de chaque côté, derrière
les yeux.

13. La loche. (Môtelle).

loche franche

Ce petit poisson qu'on trouve sous les pierres sert d'amorce pour pêcher l'an-
guille.

"E y é môtelle et môtelle". Jeu de mots: "môtelle" signifiant en patois belette
ou loche. On la confond aisément avec la lotte qui est, d'ailleurs, très rare
chez nous.
lotte

14. Le vairon. (Viron).


C'est le plus petit de nos poissons que pêchent aisément les enfants avec une ba-
guette, un fil ordinaire, une épingle recourbée et un petit ver de terre. Ils le
capturent aussi avec une bouteille à fond percé dans laquelle ils ont mis de la
mie de pain.



Pour ne pas allonger démesurément ce petit travail je renonce à citer, outre bien des légendes,
certain empros, dans lequel on prétend retrouver les noms des principaux poissons du Doubs,
des formulettes destinées à favoriser la pêche, et cette plaisante chanson du "boeudetyïn"
(vivier portatif) que j'ai entendu chanter, à Ocourt, dans mon enfance.


Jules Surdez



UNE HISTOIRE DE TRUITES
UNIQUE DANS LE JURA
SCIENCES