HISTOIRE
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PRONGUE, Jean-Paul
La montagne (Chauvilliers, Franquemont, Saint-Ursanne)
dans les guerres de Bourgogne
Cette étude ne prétend pas épuiser le sujet des guerres de Bourgogne dans les mon-
tagnes du Doubs. Elle tentera seulement d'analyser la situation du point de vue de
l'évêque de Bâle et de ses sujets de la Prévôté de Saint-Ursanne et de la Franche
Montagne. Les sources étudiées sont, aux Archives de l'ancien Evêché, les séries
concernant ces deux seigneuries, complétées par les cinq tomes des "Basler Chroni-
ken".
En 1474, sous le règne de Jean de Venningen, l'évêché de Bâle est menacé de désin-
tégration politique. Depuis le XIIIe siècle, la richissime bourgeoisie de Bâle,
organisée en Commune, s'est émancipée de l'autorité temporelle du prince-évêque.
De plus, elle a profité des difficultés financières de l'Eglise de Bâle pour acca-
parer terres, titres et droits dans les territoires avoisinants et constitué un
embryon de république patricienne au sein de l'Evêché. Alors que l'évêque est un
fidèle vassal de l'Empereur, la ville de Bâle s'est alliée aux Confédérés, ennemis
jurés de l'Autriche et de l'Empire, et voisins sans scrupules de l'Evêché. Les
Bernois notamment, alliant la force et la diplomatie, ont, depuis le début du XIVe
siècle, imposé leur hégémonie sur le versant méridional du Jura épiscopal. L'auto-
rité politique du prince-évêque est réduite, de facto, à quelques seigneuries ju-
rassiennes: villes et seigneuries de Laufon et de Delémont, Ajoie, Prévôté de
Saint-Ursanne, seigneurie de la Franche Montagne.
Plusieurs raisons ont poussé l'évêque de Bâle à entrer dans la coalition hostile à
Charles le Téméraire. Partisan et protégé de l'Empire et de la Maison d'Autriche,
le prince-évêque voit d'un mauvais oeil les Bourguignons s'installer sous les murs
de Bâle, entre les Vosges et la Forêt-Noire. De plus, l'Evêché est constitué, dans
le Jura, de seigneuries arrachées à la noblesse bourguignonne au cours du Moyen
Age. Entre 1425 et 1461, les évêques de Bâle ont péniblement récupéré ces terri-
toires hypothéquées à de grandes familles de la Haute-Bourgogne. La politique de
puissance du Téméraire remet tous ces acquis en question, et l'Evêché court le
risque d'être satellisé par un prince welsche.
Membre de la Basse Ligue, l'évêque de Bâle signe, le 4 avril 1474, l'alliance de
Constance avec Sigismond d'Autriche et les Confédérés, dans le but d'évincer
Charles de Bourgogne de ses terres du Rhin supérieur.
Défensive dans son esprit, l'alliance à laquelle le prince-évêque adhère est réso-
lument offensive dans ses objectifs. Dès le début de la guerre, déclarée par les
Confédérés, les alliés entrent chez l'ennemi, ravagent ses terres, assiègent ses
forteresses. Chacun veut gagner du terrain, et l'évêque de Bâle n'est pas en res-
te. Au-delà de l'euphorie germanique contre la Bourgogne, quelles sont les ambi-
tions du prince-évêque de Bâle, et quels sont les moyens dont il dispose pour le
réaliser ?
I - UN PRINCE-EVÊQUE PRATIQUEMENT SANS ARMEE (été 1474)
Dans l'optique européenne du conflit, le créneau entre le Rhin et le Doubs est un
front secondaire. Dans cette région, les Bourguignons tiennent toute une série de
forteresses, occupées par des garnisons. De ces points d'appui, des détachements
lancent des raids en territoire ennemi, dévastant tout sur leur passage avant de
se retirer derrière leurs murailles. Seuls des sièges, avec l'utilisation de l'ar-
tillerie, permettent de réduire ces points d'appui et de porter la guerre plus
avant.
De part et d'autre du Doubs, deux systèmes militaires coexistent: les milices, or-
ganisées et équipées par de petits Etats, dont les Confédérés constituent le pro-
totype bien connu, et les compagnies soldées de mercenaires au service d'un prin-
ce. Du côté bourguignon, ce dernier système est prédominant.
L'évêque de Bâle, Jean de Venningen, ne dispose ni de milices, ni de mercenaires.
Certes, Bâlois, Biennois, Neuvevillois sont organisés suivant l'exemple confédé-
ré. Mais, pour des raisons politiques, le commandement de ces troupes lui échap-
pe. Le prince-évêque ne peut guère compter que sur un système très ancien: chacun
de ses sujets lui doit le service militaire, la lancea (1), pendant un jour et
une nuit, ou pendant le temps qu'un pain permet de faire vivre un homme (2). Ces
dispositions datent d'une époque où le noble métier des armes était le fait de
chevaliers, vassaux de l'évêque de Bâle. Les manants ainsi mobilisés exécutaient
des besognes subalternes: transports, gardes de châteaux, etc. Les miliciens le-
vés à Saint-Ursanne sont placés sous les ordres de leur banneret. De temps à au-
tre, des monstres d'armes rassemblent les sujets de la ville et de la campagne,
pour les compter et inspecter leur armes légères privées. Aux Franches-Monta-
gnes, le châtelain de Saint-Ursanne en a effectué une en 1458 et une autre en
1467 (3). Ces hommes sont peu motivés, sans entraînement. Tous insistent sur le
fait qu'ils ne sont pas obligés de servir plus de quelques jours, sauf à être
payés, ce qui de l'avis unanime n'est jamais le cas. Certains refusent de
dienen mit reisen (4), la plupart le font à contrecoeur, uss shculden und nit
von liebe (5).
Des conflits existent quant à l'organisation de la justice sous les drapeaux: cer-
tains prétendent que les amendes frappant les indisciplinés reviennent à l'évêque,
d'autres assurent que le produit de la justice in dem feld revient au seul bande-
lier bourgeois de Saint-Ursanne (6). Ces divergences reflètent bien le statut ju-
ridique ambigu de ces contingents: autonomes ou sous les ordres du prince-évêque ?
L'armement est léger: sans doute des dagues, des hallebardes, des haches, peut-
être des arbalètes. Les textes mentionnent handbuchse et hachenbuchse dans les
châteaux épiscopaux, pour compléter l'armement de ces gesellen et autres pedites.
En juin 1474, l'évêque lève 1000 hommes de ses Etats pour faire face à la menace
bourguignonne après la révolte des Alsaciens. La châtellenie de Saint-Ursanne
aurait fourni 150 hommes (7). Le chiffre, au vu des témoignages postérieurs des
sujets de ces régions, est plausible mais n'a sans doute jamais été dépassé. En
1480, le tribunal de Porrentruy juge un soldat sans doute originaire de Saint-
Ursanne, Jean Vaicle, qui était parti en guerre avec sa compagnie bruntrutaine,
sous les ordres du bourgeois et capitainne Cardinal. Il reçut l'interdiction
formelle de non dépertir de la rotte, ne laissier le pannon senz la licence
dudit capitainne. Ce qu'ilz feurent du contraire, car devant ce qu'ilz feus-
sient à Alle, s'en départirent ledit Jehan Vaicle et aultres et allierent en
la taverne, despandre audit lieu d'Alle. L'accusé répond qu'après avoir bu, à
Alle, avec quatre ou cinq compaignons, ils retournèrent desoub le pannon et
ne cuydoit point mal fère.
C'est avec ce système militaire d'un autre âge que l'évêque de Bâle entre en guer-
re, en 1474, contre les mercenaires expérimentés de Charles de Bourgogne. Autant
dire qu'il est pratiquement sans armée, ce qui n'atténue en rien ses intentions
résolument offensives.
II - DESASTRES MILITAIRES
DANS LA MONTAGNE DE TREVILLERS
(automne 1474 - printemps 1475)
A la suite de la révolte de l'Alsace contre Pierre de Hagenbach, 6000 mercenaires
au service de Bourgogne, des Lombards et des Picards notamment, traversent l'Ajoie
et ravagent le Sundgau, en août 1474 (8). Leurs dévastations semblent épargner les
régions de la Prévôté de Saint-Ursanne et de la Franche-Montagne, même si le Cha-
pitre de Saint-Ursanne se plaint de ce que die stur dis jores hangent, denn nie-
mand ist in den doerffer beliben (9). Craignant le pire, les villageois se terrent
dans les bois à la moindre alerte. Dès la déclaration de guerre des Confédérés au
duc de Bourgogne, devant Blamont, le 25 octobre 1474, les alliés de la gemeinenn
Punndt unnd tutsch nation passent tous à l'offensive contre le burgundische
Parthy (10).
L'évêque de Bâle assiège le château de Franquemont, sur la rive droite du Doubs.
Cette seigneurie, relevant des comtes de Montbéliard, est inféodée aux Franque-
mont, une lignée issue de bâtard de cette famille comtale. En 1474, Jacques de
Franquemont, du parti bourguignon, contrairement à son suzerain, occupe la for-
teresse. Les gens de l'évêque et ceux du comte de Wurtemberg-Montbéliard assiè-
gent le château qui est krieglich erobert après quelques jours de siège, le 13
novembre 1474 (11). Les sujets de cette seigneurie sont alors contrains de
feire obeissans, hommaige et sermet de loyaultey à Jean de Venningen. Cet épi-
sode indique d'emblée les ambitions épiscopales: porter la guerre outre-Doubs,
occuper le terrain et se substituer aux seigneurs comtois. Le prince-évêque
poursuit immédiatement son offensive. Le 23 novembre, jour de la victoire d'Hé-
ricourt, il rassemble ses gens, passe le Doubs et envahit la Montagne de Tré-
villers (Tribelberg), terme désignant en fait le plateau de Maîche entre le
Doubs et le Dessoubre (12). Les Comtois qui résistent sont tués et 15 villages
pillés. La plupart des habitants préfèrent se soumettre: 1500 hommes dederunt
se ad obedienciam suam. La cérémonie a lieu devant le château de Chauvilliers
et les délégués de 33 villages du Trévillers , mit dem swert gewonnen (13),
reconnaissent Jean de Venningen comme leur seigneur. Sans armée pour occuper
le terrain, l'évêque se retire du haut-plateau et deux semaines plus tard, des
compagnies de Picards au service de Charles de Bourgogne récupèrent cette ré-
gion et forcent les habitants ad prestandum juramentum domino duci Burgundie,
Charles, duc et comte de Bourgogne, leur prince légitime. L'évêque de Bâle,
qui in illis finibus solus erat (14), écrit aux alliés rassemblés à Bâle pour
obtenir de l'aide. Jacques Reich de Reichenstein, nobilis vir et familiaris
domini Johannis de Venningen, un officier, au sens médiéval du terme, du prin-
ce-évêque, rassemble 400 socii à Porrentruy et réenvahit la Montagne de Tré-
villers (15). Reichenstein est blessé par une bombarda et l'expédition se sol-
de par un échec relatif pour les épiscopaux, même si certains participants ra-
mènent des troupeaux qu'ils duxerunt Basileam venales.
A la même époque, entre le 18 et le 24 novembre 1474, les alliés soleurois, accom-
pagnés de clientes domini Johannis episcopi Basiliensis, entrent en action et pil-
lent le château de La Roche, appartenant aux sires de Varambon. Dès lors, les al-
liés de l'évêque prennent une part prépondérante dans les combats sur la Montagne
de Trévillers. Le 25 janvier 1475, c'est Hermann d'Eptingue, balivus domini Sigis-
mundi ducis Asutriae qui, après avoir rassemblé 1500 hommes, effectue un raid sur
le Tribelberg, ramenant un butin considérable après avoir perpétré nombre d'atro-
cités dans cette région tant convoitée par le prince-évêque. Ibidem in vallibus
multa peccora et equos, capras et oves et eciam aliquos rusticos receperunt, et
multos occiderunt ex adversa parte, et uno de ista parte, videlicet balivi, pedite
interfecto commoti, concremaverunt fere 10 vilas, eciam homines, viros et mulieres
sub curtinis in puerperiis decumbantes; unde Burgundi permoti, sicut dignum erat,
malum pro malo reddere, hoc est equivalens, illis recentibus, Burgundi subsecuti
sunt et de comitatu Montispolgardi eciam similia perpetrati sunt, et exnunc heu !
incipiunt latrocinia et concremaciones in alterutram partem exerceri, deus conver-
tat corda nostra ad pacem, se timeo quia nimis superabundat iniquitas (16).
Incapables d'actions militaires d'envergure, les soldati et gentes de Jean de Ven-
ningen tendent des embuscades sur la frontière et défont une petite troupe du sire
de Montjoie. Ses deux fils, l'un bâtard et l'autre légitime, sont capturés et con-
duits à Bâle. En avril 1475, Bâlois et Confédérés, soit 500 hommes, lancent une
expédition dans le Trévillers et ramènent 1500 pièces de bétail et de nombreux
prisonniers, des gens de cette région, en vue d'obtenir des rançons. En mai, re-
tour du balancier: 2000 Bourguignons assiègent le château de Chauvilliers, gardé
par 6 hommes dont 3 originaires de la seigneurie de Franquemont. Les assaillants
ne redoutent pas l'évêque de Bâle mais timebant ne Bernenses et Basilienses et
alii de liga venerunt... et cum non venissent, everterunt ipsum castrum et des-
truxerunt funditus (17). Affolé, l'évêque, sans hommes mûrs, écrit Argentinensi-
bus, Basilensibus, Bernensibus et omnibus illius lige, ut sibi subveniant, parce
que 7000 (?) fantassins et cavaliers bourguignons incendient les villages de la
seigneurie de Franquemont et menacent d'assiéger Roche d'Or et Saint-Ursanne.
Cet appel au secours est lancé pour la défense de la ligne du Doubs tam racione
episcopatus quam eciam confederationis lige magne. En conflit avec l'évêque, qui
refuse d'admettre les bourgeois de Bâle dans le Chapitre cathédral, le Conseil
de Bâle rétorque à Jean de Venningen: jam sumus habiles ad defendendum ecclesiam,
sed nostri filii non sunt habiles ad canonicatus et prebendas (18). Sans s'affo-
ler des revers militaires de l'évêque, les Bâlois envoient un contingent à Por-
rentruy. Jean de Venningen voudrait diriger ces hommes sur Saint-Ursanne. Comme
ces dispositions sont contraires aux instructions reçues, les miliciens bâlois
restent en Alsace, à Oltingue, laissant le prince-évêque seul avec la frayeur que
lui inspirent les Bourguignons.
Après la prise d'Héricourt, le 23 novembre 1474, l'Alsace est définitivement hors
d'atteinte du Téméraire. Derrière la ligne du Doubs, les alliés de la Magna Liga,
solidement retranchés, lancent des raids dévastateurs pour piller des territoires
bourguignons laissés pratiquement sans défense. Il s'agit d'affaiblir le poten-
tiel économique et démographique de l'ennemi, puis d'occuper les forteresses qui
contrôlent les seigneuries d'alentour.
Sans armée régulière, l'évêque de Bâle est incapable de conserver un Trévillers
brièvement occupé presque sans coup férir. Il laisse ainsi le champ libre à ses
alliés soleurois, autrichiens, bâlois et confédérés. Lorsqu'une armée bourgui-
gnonne passe à la contre-attaque, Jean de Venningen, désarmé, impuissant, dépend
entièrement du bon vouloir de ses alliés pour la défense de ses Etats.
III - LES CONTINGENTS EPISCOPAUX
A LA REMORQUE DES ALLIES
(février 1475 - janvier 1476)
Les déboires du prince-évêque sur le Plateau de Maîche le convainquent de la né-
cessité de se doter d'un outil militaire efficace. Dès février 1475, les contin-
gents épiscopaux semblent mieux organisés: le modèle retenu tient de la milice
pour l'infanterie et du mercenariat pour l'encadrement. Le 22 février 1475, Jean
de Venningen engage in diesem gegenwertiggen krieg le chevalier Hermann Waldner
comme oberster houptmann unnsers kriegs und aller unser kriegs sachen, diener und
undertonnen. Cet Alsacien était encore, en décembre 1473, locumtenens de Pierre
de Hagenbach au service de Charles de Bourgogne (19). A ce titre, il avait prié
l'évêque de Bâle de venir saluer le Téméraire en visite en Alsace... Waldner est
engagé pour une année. Il doit amener avec lui 7 cavaliers avec leurs chevaux,
équipés pour la guerre. La nourriture des hommes, le fourrage et le ferrage des
montures sont aux frais de l'évêque, qui remplacera également les chevaux perdus
à son service. Par contre, le butin et les prisonniers seront remis sans contre-
partie à Jean de Venningen. Le capitaine Waldner reçoit une solde de 20 florins
par cavalier, soit 140 florins du Rhin, à charge pour lui, sans doute, de rétri-
buer ses compagnons sur cette somme (20). L'évêque conclut d'autres contrats de
ce genre, mais seul Hermann Waldner apparaît régulièrement comme "le" capitaine
du prince pour les gens de la châtellenie de Saint-Ursanne. Il est généralement
basé à Franquemont. Un de ses lieutenants s'appelle Vincent d'Utenheim. Un autre
mercenaire, Steff Goldener, se bat pour l'évêque dans la Montagne de Trévillers.
A côté de ces condottieri germaniques, soldats de fortune vendant leurs services
au plus offrant, Jean de Venningen peut compter, pour encadrer ses gens, sur les
officiers traditionnellement au service de l'Eglise de Bâle, dont les noms appa-
raissent souvent en temps de paix dans les actes de l'Evêché. Ces amptlüt enca-
drent, semble-t-il des contingents levés dans le Jura en vertu de l'antique
lancea. Jacques Reich de Reichenstein est du nombre, mais il dispose ensuite de
compagnies soldées, plus solides militairement parlant. Henri de Montsevelier,
Jean Vernoy, Jean de Tavannes, Jean Chadeku sont responsables des garnisons, de
l'approvisionnement, du paiement des soldes.
Les compagnies soldées du capitaine Waldner comptent en général 20-40 hommes en
tout, en y incluant les cavaliers. Ces soldats sillonnent la région du Doubs et
du Plateau de Maîche. Souvent, Waldner reçoit des invités à Franquemont, offi-
ciers épiscopaux, alliés, représentants du Chapitre de Saint-Ursanne, du Conseil
des Franches-Montagnes, de la bourgeoisie de Saint-Ursanne, etc. Les bombances
durent toute la nuit. En mars 1475, ce capitaine fait envoyer 6 gesellen à Fran-
quemont, das schloss hellfen ze hutten, do man sat, es weren Burgunder in
Trevelerdsberg. Cette précaution, et bien d'autres, n'empêchent pas la chute de
Chauvilliers, deux mois plus tard. Pendant l'été 1475, als man gen Metsche
ziehen wolt, les officiers font surveiller bly une buchsenpulver (21). Les com-
battants engagés dans ces compagnies sont soldés. Un officier comme Jean Vernoy,
bailli à Franquemont, touche 30 livres par année, soit un peu plus que les
reîtres germaniques enrôlés par l'évêque, qui reçoivent 20 florins, soit 25 li-
vres. Les soldats rétribués söldner, originaires de nos régions, non-profes-
sionnels, touchent 25 sous, soit 1 florin par mois. Il faut ajouter à cette
solde leur frais d'entretien zerrung, soit 45 sous par mois. Un söldner coûte
donc 3 livres 10 sous par mois, soit... 42 livres par année, théoriquement.
Précisons que le lon und cost d'un ouvrier qualifié du bâtiment est à cette
époque de 3 sous par jour de travail effectif (22).
Les armes sont surtout répertoriées dans les forteresses. Ce sont en général des
armes à feu, individuelles ou collectives. Ces engins sont achetés à Bâle, chez
Louis Pailler: l'arquebuse (hachenbuchxe) coûte 4 florins, une handbuchxe 1 flo-
rin. La grande majorité des soldats semblent être des fantassins, équipés d'armes
blanches, parfois d'arbalètes. Un cavalier épiscopal capturé par l'ennemi est
évalué, en pertes, à 9 florins pour le cheval et à 3 florins für sattel und zug,
soit 12 florins. Il est difficile de savoir quels artilleurs manient les armes à
feu (23).
L'évêque s'engage à approvisionner les troupes engagées sur le Doubs. Le vin, ame-
né de Bienne, est transporté par ceux de Tramelan. D'autres fudrig vass viennent
de Bellelay et arrivent à Franquemont. Avant la prise de Chauvilliers par les
Bourguignons, la sollicitude paternelle de Jean de Venningen l'avait poussé à en-
voyer du branttez-win à la petite garnison épiscopale.
En 1475-1476, blé et avoine de la Franche-Montagne arrivent à Franquemont, pour
l'entretien des gens de guerre. Les soldats opérant depuis cette forteresse dans
les montagnes du Doubs se nourrissent, d'après les comptes, de céréales, d'oeufs,
de beurre, de fromages gras et maigres, de poissons, de harengs (stockfisch), de
sel et d'épices. La viande est constituée de nombreux boeufs achetés sur pied,
de porcs et d'un peu de veau. Le vin est expédié par tonneaux entiers des bords
du lac de Bienne.
Ces efforts en vue de l'organisation d'une armée épiscopale digne de ce nom ne
doivent pas faire illusion: les effectifs de ces combattants soldés se chiffrent
à quelques dizaines d'hommes, les cavaliers sont rares, employés comme courriers
ou pour escorter les capitaines, les murailles de Franquemont ou de Saint-Ursan-
ne protègent plus l'artillerie que l'artillerie ne défend ces places-fortes. En
un mot, les contingents épiscopaux ne sont pas à même d'opérer seuls dans le
Trévillers, a fortiori en Haute-Bourgogne: ce sont tout au plus des auxiliaires
des alliés.
Pendant l'été 1475, les Confédérés, les Strasbourgeois et les Autrichiens lancent
une puissante offensive en vue d'occuper ou de détruire les forteresses bourgui-
gnonnes situées sur le cours supérieur du Doubs. En mars, 480 pedites étaient ar-
rivés à Bâle pour y vendre du bétail razzié on valle Tribelberg, où ibidem quin-
quaginta rusticos interfecerunt et in una villarum ibidem cocnremaverunt eciam
quinquaginta. Outre les Bâlois, d'autres détachements de l'Evêché participent à
cette campagne, comme les Biennois et les Neuvevillois, opérant sur le Plateau
de Maîche à partir des Franches-Montagnes. Mais ces gens échappent au contrôle
politico-militaire de Jean de Venningen, suivant qui la bannière de la Basse-
Ligue, qui celle de Berne.
Les épiscopaux proprement dits, dans des compagnies soldées ou dans les contin-
gents de la lancea, participent modestement aux victoires de la Magna Liga, sous
la conduite du capitaine "autrichien" Oswald de Tierstein. Pont-de-Roide, Gran-
ges, l'Isle-sur-le-Doubs tombent sous les assauts des alliés en juillet 1475
(24). Le 30 juillet, Jacques Reich de Reichenstein, Hermann Waldner et Vincent
d'Utenheim mènent les épiscopaux à Châtillon, où Reichenstein, als die duschen
knecht ze Fuhans worent... wund ward. Le bailli de Franquemont participe au siè-
ge de Blamont et y fait mener du poisson frais als er gewonnen ward (25). Le ca-
pitaine Hermann Waldner, qui participe aux combats lui aussi, ordonne de faire
remettre jeglichem ein rock kostend 3 livres, récompense civile et militaire
traditionnelle dans la région, à deux soldats francs-montagnards qui die fenster
verslugent am bolwerck zu Blamont, am sturm (26). Les épiscopaux ne semblent pas
avoir pris part aux assauts victorieux de Clerval, Grammont et Fallon en août
1475.
Ainsi, malgré de réels efforts en vue de former une armée épiscopale, l'évêque de
Bâle n'a pris qu'une part modeste à l'offensive qui repousse les Bourguignons
dans les plaines au-delà du Doubs. En automne, lorsque Charles de Bourgogne fait
la paix avec l'Empereur et le Roi de France, les Autrichiens abandonnent la par-
tie et les Confédérés, seuls face au Téméraire qui vient d'entrer à Nancy, se
retirent en-deça du Jura, sur la défensive. L'évêque de Bâle, presque seul, se
retrouve avec "son" Trévillers sur les bras.
IV - L'EVEQUE INCAPABLE DE MAITRISER LA SITUATION
DANS LE TREVILLERS
(janvier 1476 - février 1477)
En janvier 1476, depuis ses bases bisontines, Charles de Bourgogne prépare son
offensive contre les Confédérés. Avec quelques détachements biennois, l'évêque
essaie d'administrer la Montagne de Trévillers dont le chef-lieu, Maîche, ne
s'est jamais rendu.
Le Tribelberg relevait, avant la guerre, des sires de Varambon-Neuchâtel. Dès 1475,
un bailli épiscopal tente d'y exercer le pouvoir au nom de l'Eglise de Bâle, et no-
tamment d'y prélever redevances seigneuriales et impôts. Mais les comptes conservés
prouvent qu'il n'y parvient que de loin en loin, à cause des bandes de pillards qui
"tondent et retondent" la contrée.
Les Suisses et Allemands estoient entrés à force audit pays avec l'évesque de Bas-
le et d'autres de la Germanie (27). De nombreux témoignages sont formels: le Tré-
villers est soumis à un pillage en règle. En février 1476, ce sont les gens de
Montbéliard, Belfort, Delle et Porrentruy et in illis finibus qui lancent des
raids en ramenant multa spolia des Montagnes du Doubs. Entre le 14 et le 21 avril,
des exilés bâlois, bannis de leur ville, se joignent à des Bourguignons errants
pour aller piller le Haut-Doubs: ils sont battus devant Montbéliard (28). Le 21
avril, à Laufon, des Theutones bâlois et alsaciens s'allient cum aliquibus ipsius
terre incolis Gallis, en chair des francophones du Jura, et entrent dans le Tré-
villers. Cum nil invenissent quod spoliare possent, ils entrent en conflit avec
des Bourguignons. Les Galli alliés fuient, tandis que les Theutones autem virili-
ter perstiterunt et tuent 150 Bourguignons (29). Emergence des stéréotypes natio-
nalisto-chauvins dès 1476 ? En avril-mai, des Theutonici originaires de Bâle, du
Leymenthal et du Sundgau envahissent eux aussi le Tribelberg, massacrant et pil-
lant. Les gens de la contrée résistent et les mettent en fuite. Cinq pillards
capturés sont remis à l'évêque de Bâle, autorité tutélaire de ces malheureuses
seigneuries. A Porrentruy, Jean de Venningen, les fait noyer dans délai (30). Ces
crimes lèsent gravement ses intérêts, puisqu'ils s'exercent au détriment de su-
jets mit dem swert gewonnen et à l'encontre de son autorité nominale. La répres-
sion, trop symbolique, ne décourage pas les pillards, même d'origine épiscopale.
Quelques jours après ces noyades, le 13 mai 1476, des gens de Bâle et de l'Evêché
passent le Doubs et ramènent 1000 moutons, 600 porcs, 300 chevaux et bovins, de
la vaisselle et des prisonniers dont les rançons, estimées à 900 florins, ne peu-
vent être payées (31). Nouvelle expédition, le 25 du même mois, près de Saint-
Hippolyte: le gros bétail razzié est partagé entre les pillards et le reste est
vendu... à Porrentruy, sous les yeux de l'évêque. Poussés à bout, les Comtois
citra Bisuncium... et in partibus domini comitis de Novacivitate concluent une
trève, avec le comte de Montbéliard et l'évêque de Bâle, au printemps 1476. Le
siège de Montbéliard par des bandes bourguignonnes, à cette même époque, ruine
tout espoir de cessation des hostilités (32). La dévastation des zones ennemies,
par des compagnies d'ordonnance ou des pillards amis, fait partie de la straté-
gie de l'époque: il s'agit d'affaiblir le potentiel économique et démographique
qui sous-tend l'effort de guerre de l'ennemi. Encouragés, tolérés, avant la con-
quête, ces pillages sont d'autant plus difficiles à réprimer, lorsque le terrain
a été conquis, que les razzieurs sont les sujets d'alliés puissants dont il faut
ménager les susceptibilités, ou des épiscopaux sur lesquels l'autorité du prince
est bien souvent nominale.
Alors que les Confédérés combattent le Téméraire sur le Plateau suisse (Grandson
et Morat), Jean de Venningen, après l'échec de la politique d'interdiction et de
répression, tente d'imposer un contrôle a posteriori en exigeant un pourcentage
du butin razzié outre-Doubs. Il ressuscite les vieilles coutumes féodales et
prétend imposer une taxe sur les produits des rançons et des pillages. Diffé-
rents tarifs sont applicables aux prisonniers rançonnés. Les contingents non
soldés ou même franchement incontrôlés doivent verser le tiers du produit de la
rançon à l'évêque. Pour les troupes issues de la lancea, non soldées mais théo-
riquement encadrées par des officiers du prince, la taxe d'élève à 50 % alors
qu'en principe l'intégralité de la rançon revient à l'évêque si le prisonnier
a été capturé par des mercenaires soldés. Une vingtaine de captifs sont enre-
gistrés dans les comptes de Saint-Ursanne et Franquemont, en 1475-1476, plus
un certain nombre de prisonniers faits par les gens du Noirmont. Ces captifs
sont rançonnés par des villages ou hameaux ceux de... ou par des individus
avec leur famille ou leurs gesellen. Originaires du Plateau de Maîche, jetés
dans les fers, taxés, ces prisonniers "valent" de 2 à 125 livres suivant les
cas; l'évêque touche le tiers ou la moitié de ces sommes, mais parfois le ta-
rif épiscopal n'est pas précisé. Plusieurs captifs sont uff sin eid ussgelos-
sen: la rançon est enregistrée à crédit. L'évêque abandonne sa part, 50 %,
dans le cas d'un knab évalué à 20 florins. Seul un prisonnier est échangé
contre un sujet épiscopal, à Montjoie.
En ce qui concerne le butin, l'évêque essaie invariablement de le taxer à 33 %,
mais la minceur des sommes enregistrées dans les comptes de la châtellenie de
Saint-Ursanne prouve que la mesure est difficile à appliquer. Ce butin, pillé
sur le Plateau de Maîche, consiste en objets très divers, dont la nature n'est
d'ailleurs pas toujours précisée: chevaux, boeufs, vêtements, cuir. Les sommes
encaissées par l'évêque varient entre 5 sous et 20 livres.
Le pillage est à l'origine de multiples conflits: les amptlüt épiscopaux amendent
ceux qui refusent d'acquitter la taxe de 33 %, en 1476 (33). Même des houptlut
der knechten im Berg se montrent récalcitrants. Le capitaine Waldner, qui tente
de prélever la part de l'évêque sur des pillards épiscopaux, près de Porrentruy,
est menacé par leurs arbalètes: nos debemus persequi inimicos nostros, et nostris
expensis, et debemus nos exponere morti; et quidquid afferimus, ipse (l'évêque de
Bâle) recepit et nichil tradit nobis. Pillards et gens de l'évêque en viennent
aux mains et Waldner doit fuir avec un blessé.
Les alliés sont réticents eux aussi: les Biennois acceptent malgré tout de payer
84 livres en 1476, pour le butin récolté dans le Trévillers, mais certains lots
n'ont pas été déclarés, d'où un échange de messages entre Bienne et Franquemont.
A la fin de la guerre, en janvier 1477, et même après, des bandes de Montagnards
partent en expédition, vers Fuans et Saint-Hippolyte, uff roub ziehen, bien que
le prince l'ait interdit sous poinne de corps (34). Ils ramènent allerley unzim-
licher puten, mais les tribunaux sévissent mollement, malgré le fait que ces
raids prohibés soient fréquents.
A défaut de trouver à piller chez l'ennemi, en fait chez les sujets conquis par le
prince-évêque, les épiscopaux n'hésitent plus à se voler entre eux. Un Franc-Mon-
tagnard est agressé par un notable de la Montagne, le bandelier de Delle et leurs
gens. Les assaillants ont voulu lui prendre ses grosses bestes cornues, disant que
elles estoient es ennemis, ce que point n'estoit (35). Un écuyer de Delémont et
des soldats de la Vallée participent à ces rixes, à Muriaux. L'habitude de voler
ne se perd pas avec la fin de la guerre, et en 1479-1480, des officiers du prince
renvoient à Bellelay des chevaux, worent geroubt, ou d'autres trouvés dans les
côtes du Doubs...
Cette impuissance de l'évêque à maintenir l'ordre, et même à tirer profit du dé-
sordre, aggrave la précarité de sa situation militaire. En septembre 1476, après
la victoire des Confédérés à Morat, des troupes de Charles de Bourgogne lancent
encore des raids sur Porrentruy et Montbéliard. En octobre, venant du Plateau de
Maîche, des bandes bourguignonnes ravagent le Vallon de Saint-Imier, avant d'être
défaites sur le Doubs. Assiégée depuis novembre 1474, la forteresse de Maîche ne
s'est toujours pas rendue, ce qui hypothèque encore davantage la situation de
Jean de Venningen dans le Trévillers. Les Maîchois réussissent à faire des pri-
sonniers des Franches-Montagnes. Les familles demandent à messires de Biesne et
aultres des alliances de capturer des Bourguignons, pour les échanger contre
leurs parents. En juillet 1476, désireux d'en finir, Jean de Venningen expédie de
Bâle une grosse buchx, appelée die rimerin. Quatorze soldats l'accompagnent à
travers le Sundgau, jusqu'à Saint-Ursanne. Là, on construit un blindage en bois,
ein schierm, et 32 cavaliers escortent ce canon devant Maîche (36). Les assiégés
écrivent à leur seigneur, le comte de La Roche, qui leur fait dire de tenir jus-
ques à perdre la vie, mais ne leur envoie aucun secours.
Ces tragiques événements prouvent l'incapacité de l'évêque de Bâle à maintenir ne
serait-ce qu'un semblant d'ordre dans la Montagne de Trévillers. Jean de Venningen
ne peut même pas faire face aux faibles contingents bourguignons qui sillonnent
encore cette région. Le 5 janvier 1477, lorsque Charles le Téméraire est tué de-
vant Nancy, Maîche héroïque, ne s'est toujours pas rendue...
Après la mort de Charles de Bourgogne, alors que les coalisés de la veille commen-
cent à se disputer les dépouilles, Jean de Venningen, aidé de ses alliés biennois,
las de piétiner devant la capitale du Tribelberg, décide d'en finir. Lesdits Suis-
ses et Allemands... prindrent les femmes et les enfans.. et les menèrent devant
ledit chastel (de Maîche) pour donner à congnoistre à ceux qu'estoient dedans que,
s'ils ne se rendoient et faisoient quelque résistance, les premiers qui seroient
tués et recepvroient les coups seroient lesdites femmes et enfans. Par crainte de
quoi et défault de secours ledit chastel fut rendu et occupé pour plusieurs an-
nées par lesdits Suisses et Allemands (37). Après des années de siège, un mois
après Nancy, Maîche se rend à Jean de Venningen le 5 février 1477. L'évêque y
installe un capitaine, Henri de Montsevelier, une garnison d'une quinzaine de
soldats avec des officiers, deux servantes et un chapelain (38). L'administration
épiscopale se met immédiatement à l'ouvrage et les comptes prouvent que dès 1477,
le prince-évêque encaisse méticuleusement cens, rentes, dîmes, droits banaux,
impôts, sur le Plateau de Maîche comme à Franquemont. Le 9 février 1479, Caspar
de Rhein, le nouvel évêque de Bâle, confirme solennellement les libertés et fran-
chises de ses nouveaux sujets après qu'ils aient gehuldet und gesworn envers l'E-
glise de Bâle. Ze Rhein est conforté dans ce statut de nouveau maître des lieux
par l'acte du 25 janvier 1478, par lequel Maximilien, duc d'Autriche et Marie de
Bourgogne son épouse, autorisent l'évêque de Bâle à conserver tous les châteaux
conquis pendant les guerres de Bourgogne, avec leurs dépendances. Mais la liqui-
dation de l'héritage du Téméraire se négocie au niveau européen et l'évêque de
Bâle, manifestement, n'est pas partie prenante lors des discussions. Il doit ré-
trocéder ses acquis les uns après les autres. En juillet 1478, il restitue à
Claude et Henri de Neuchâtel les seigneuries de Blamont, Clémont et Pont-de-Roide,
conquises par ses alliés confédérés et rhénans. Il ne conserve, presque symboli-
quement, que les droits de ces princes dans 3 villages de Haute-Ajoie. En 1479,
il doit rendre ce Trévillers tant convoité depuis des années. L'archevêque de
Besançon, Charles de Neuchâtel, a négocié la restitution des châteaux de Maîche
et de La Roche à ses neveux, les jeunes sires de Varambon. C'est chose faite le
15 août déjà, sans compensation aucune pour Caspar ze Rhein. Les limites de l'Evê-
ché, fixées sur le Dessoubre, sont ramenées sur le Doubs. Ces restitutions sont à
peine effectuées que les Confédérés, Soleurois et Bernois notamment, font pression
sur le prince-évêque, dès 1480, pour que Franquemont soit rendu à son titulaire
"légitime", Claude de Franquemont. L'évêque doit céder. Le 10 novembre 1481, il a
l'humiliation de devoir racheter ce fief à son suzerain officiel, le comte de
Wurtemberg-Montbéliard, pour 200 florins. L'Eglise de Bâle acquiert ainsi à prix
d'argent la haute seigneurie sur Franquemont autrefois conquis de haute lutte. De
plus, en 1482, Caspar ze Rhein est contraint de réinféoder ce château et ses dé-
pendances à Claude de Franquemont, avant de confirmer les franchises de cette
seigneurie.
Pour l'Evêché de Bâle, les guerres de Bourgogne sont un terrible révélateur de fai-
blesse. Sans armée digne de ce nom en 1474, l'évêque doit s'en remettre à ses al-
liés, d'ailleurs peu sûrs (Bâle, Empereur) et divisés entre eux (Confédérés, Empe-
reur) pour assurer la défense de ses Etats contre Charles le Téméraire. Incapable
de tenir sa place dans la guerre contre la Bourgogne, l'évêque de Bâle ne peut non
plus faire valoir ses ambitions dans la coalition victorieuse.
Le problème de l'Evêché est celui de la survie d'une principauté encore largement
féodale dans une Europe où d'autres entités politiques ont réussi à se doter des
principaux attributs de l'Etat, notamment en matière fiscale et militaire.
Jean-Paul PRONGUE
Université de Genève.
NOTES
1. "Monuments de l'histoire de l'ancien Evêché de Bâle" tome IV, N° 130, J. Trouillat, Porrentruy, 1856.
2. A.A.E.B. (Archives de l'ancien Evêché de Bâle), B 288.3 - "Traités et conventions".
3. A.A.E.B., B 243.4, "Revues, marches et cantonnements militaires".
4. A.A.E.B., B 243.4
5. A.A.E.B., B 288.3
6. A.A.E.B., B 288.3
7. "Basler Chroniken", tome II, p. 93, publiées par W. Vischer et H. Boos, Leipzig, 1880.
8. "Basler Chroniken", tome II, p.102.
9. A.A.E.B., Comptes de seigneuries, "Saint-Ursanne", 1475.
10. A.A.E.B., B 288.2 - Diplomatarium
11. A.A.E.B., B 237.238 - Fiefs nobles, "Montbéliard".
12. "Basler Chroniken", tome II, p. 128. Op. cit.
13. A.A.E.B., B 237.238 - Fiefs nobles, "Franquemont".
14. "Basler Chroniken", tome II, p. 128.
15. "Basler Chroniken", tome II, p. 154.
16. "Basler Chroniken", tome II, p. 182.
17. id., p. 227.
18. id., p. 225.
19. id., p. 39.
20. A.A.E.B., B 137.28 - "Officiers du pays".
21. A.A.E.B., Comptes de seigneuries - "Franquemont" - 1475-1476.
22. id.
23. id.
24. "Basler Chroniken", tome II, pp. 275-276.
25. A.A.E.B., Comptes de seigneuries - "Franquemont", 1475-1476.
26. id.
27. A.A.E.B., Copies de documents, "Besançon".
28. "Basler Chroniken", tome II, p. 407.
29. id., p. 410.
30. id., p. 408.
31. id., p. 424.
32. id., p. 410.
33. A.A.E.B., Comptes de seigneuries, "Saint-Ursanne - Franquemont", 1476.
34. A.A.E.B., B 288.3 - "Traités et conventions".
35. "Basler Chroniken", tome III, p. 52.
36. A.A.E.B., Comptes de seigneuries - "Saint-Ursanne", 1476-1477.
37. A.A.E.B., Copies de documents, "Besançon".
38. A.A.E.B., Comptes de seigneuries, "Maîche", 1477.
J.-P.P.
Montbéliard/Porrentruy, 1984, p. 95-107, 1 plan.
1283-1983 700e Anniversaire des franchises urbaines.
Le Pays de Montbéliard et l'ancien Evêché de Bâle dans l'histoire.
Société d'Emulation de Montbéliard et Société jurassienne d'Emulation
avec la participation de la ville de Montbéliard.
Actes du colloque franco-suisse, Montbéliard et Porrentruy, 24 et 25 septembre 1983.