HISTOIRE
RADIGUET, LIONEL

SAINT-WANDRILLE DANS LE JURA

S. Wandrille (Wandreyesilus ou Wando)


in:
Actes de la Société jurassienne d'Emulation, 1909, p. 14-16
Moutier, Imprimerie du "Petit Jurassien" SA., 1911
Amweg 2787


S. Wandrille naquit à une date incertaine, fin du VIe siècle ou dans les toutes
premières années du VIIe ? dans le Pays de Verdun.

Le père de Wandrille, Wultchise était apparenté aux carolingiens par Pépin de
Landen qui, avec Saint-Arnoul, fut l'un des chefs des Leudes d'Austrasie dans
leur lutte contre Brunehaut, cette très grande princesse mérovingienne que les
historiens de l'époque mérovingienne n'ont pas toujours traitée avec justice.

Les moines de Fontenelle et des écrivains du Sud de la France ont pas mal brodé
sur la naissance carolingienne de Wandrille qui, d'après ces chroniques, n'au-
rait été rien moins qu'un ancêtre collatéral de Pépin d'Héristal et de Charles
Martel.

Il suffit à l'illustre origine de Wandrille d'avoir été un parent certain et
proche de Pépin de Wanden.

Une éducation chrétienne et soignée prépara Wandrille aux emplois élevés de la
Cour du roi Dagobert, qui gouvernait l'Austrasie depuis 623.

Avant de remplir des charges publiques, Wandrille fut d'abord incorporé, comme
tous les jeunes gens d'élite de la noblesse franque, à l'Ecole palatine dont le
Maire du Palais, alors Pépin de Landen, avait la responsabilité. Le roi Dagobert,
dont les moeurs laissaient plus qu'à désirer, ne s'entourait, comme ministres,
que d'hommes de grande vertu; et, par une singulière anomalie, la Cour de ce
prince dissolu fut une pépinière de saints.

C'est à peu près vers l'année 626, quand la mort de Clotaire II laissa Dagobert
maître de deux royaumes francs, que Wandrille devint Comte du Palais. Peu de temps
après Dagobert élevait Wandrille à la charge encore plus importante de Duc, avec
des pouvoirs militaires, judiciaires, administratifs et financiers très étendus.


Mais comme l'a remarqué Dom Besse, les grâces de la vocation descendaient abondan-
tes sur la cour de Dagobert et après Saint-Arnoul, Saint-Ouen et Saint-Eloi, le
Duc Wandrille se sentit, à son tour, attiré par la vie ascétique et érémitique,
alors qu'il venait d'épouser une jeune fille qui, pour seconder la vocation irré-
sistible de son époux, s'empressa de prendre le voile des vierges dans un monastè-
re de femmes.

Wandrille se fit d'abord admettre parmi les frères du Monastère de Montfaucon fon-
dé, à quelques lieues de Verdun, par un pieux moine du nom de Baltfried.

Quelle était la règle et la discipline du cloître de Montfaucon ? Probablement
celle de toutes les fondations cénobitiques de la période de transition entre le
monachisme irlandais de Saint-Columban et le monachisme latin de Saint-Benoît.

Rappelé à la cour par Dagobert, auquel il avait faussé compagnie sans le préve-
nir, Wandrille obtint son congé définitif et il ne tarda pas à quitter Montfau-
con, pour se réfugier dans les solitudes de la vallée du Doubs, sur l'emplace-
ment de l'oratoire et de l'Ermitage édifié, à la fin du siècle précédent, par
l'un des compagnons de Saint-Columban, le moine breton Gurganus qui y avait
terminé ses jours, peut-être entouré de quelques disciples, dans les pratiques
de la vie érémitique.

Il est certain que l'une des causes déterminantes de l'établissement de Wan-
drille dans la vallée du Doubs, c'est qu'il connaissait ce coin de pays où sa
famille possédait des terres. Nul doute aussi que Wandrille retrouva l'oratoire
et le tombeau de Saint-Ursanne. Mais qu'étaient devenus les disciples qui
avaient partagé la retraite de Saint-Ursanne, s'ils ont existé ? Tout porte à
supposer qu'ils étaient dispersés après la mort du Saint Breton et que c'est
une nouvelle colonie cénobitique qui se forma autour de Saint-Wandrille, si
Wandrille lui-même eut des disciples ?

Mais, aspirant de plus en plus vers le monachisme intégral, Wandrille devait,
au bout de peu d'années, abandonner sa cellule érémitique de St-Ursanne pour
poursuivre son initiation à Bobbio, à Rome et dans les monastères du Jura des
Patres Jurenses, avant d'aboutir à la fondation de l'Abbaye de Fontenelle, au
diocèse de Rouen en Normandie, où il termina sa carrière.

Les Frères du Jura étaient répartis en trois cloîtres: Condot, plus tard Saint-
Claude; Lauconon ou Saint-Lucipin et Romainmoutier fondés au Ve siècle par les
saints Romain et Lucipin qui s'étaient initiés à la vie monastique au monastère
de l'Ile-Barbe près de Lyon, sous la direction de l'abbé Suvin.

A Romainmoutier, Wandrille appartient encore au Jura et ce sont les fortes qua-
lités empruntées à la vie et au monachisme jurassiens qui seront l'une des prin-
cipales caractéristiques de Fontenelle dans la vallée de la Seine.