SAINT-URSANNE ET SES RUES
ROUTE DU MOULIN DES LAVOIRS
Sis sur le territoire de Saint-Ursanne, Bellefontaine tire son nom d'une source jaillissant des
flancs du Lomont.
Le premier document relatant ce lieu date du 22 mars 1563. C'est une requête d'un nommé
Heinrich Guyer, bourgeois de Porrentruy, qui sollicite de l'Evêque de Bâle, habitant déjà notre
chef-lieu et possesseur de la régale des mines, la permission de bâtir une forge au-dessous de
Saint-Ursanne, en un endroit "proche de cette ville". La demande du pétitionnaire est accordée
avec autorisation d'extraire le minerai. Mais hélas ! la mine est plutôt rare dans la Seigneu-
rie de Saint-Ursanne. Il faut aller la quérir dans la vallée de Delémont et cette opération
étant trop onéreuse pour l'époque, cette première forge cessa son activité vers 1584. Ce n'est
qu'en 1753 que la Cour de Porrentruy, sous le règne de Joseph-Guillaume de Rinck, se décide à
y établir une aciérie. Dès la naissance de Bellefontaine (1563), on installa un patouillet sur
le ruisseau, capté aujourd'hui, qui alimente Thécla S.A. Ce patouillet, un laivoux (lavoirs)
en langage courant de l'époque, était un appareil, ou plutôt une installation destinée à laver
le minerai, encroûté de terre, sable et argile (gangue) et a donné son nom au Moulin des La-
voirs. En ce temps-là, on allait creuser le minerai comme on creusait les pommes de terre.
Quand on en possédait une certaine quantité, on l'emmenait aux Laivoux et de là à la forge de
Bellefontaine. A une certaine époque, Saint-Ursanne ne comptait pas moins de cinq moulins, qui
étaient vitaux. Le moulin de la
porte
Saint-Pierre
fief du chapitre, plus connu sous le nom de moulin Grillon, du fait des meuniers de père en fils
portant le nom de famille Grillon. Il était alimenté par les eaux du Doubs et son exploitation cessa
en 1873. Il abrite actuellement une partie des ateliers de la Manufacture de boîtes de montres L.
Frésard S.A., succursale de Saint-Ursanne. Le barrage ainsi que le cours d'eau actionnant ce
moulin, puis une scierie, subsistent encore.
Le moulin de la Grange, dit moulin Choulat, était situé devant la
porte
Saint-Paul.
Il appartenait à la ville et aux paroisses de Saint-Ursanne, Villers (Epauvillers) et Saint-Brais.
En 1572, le meunier, Ursanne Choulat, maître-bourgeois, se plaint au chapitre de la concurrence
que font de nouveaux établissements de meunerie, entre autres: Boleman et les deux moulins de
Chervillers. Il obtient l'autorisation d'installer une seconde roue pour moudre et gruer, sans
augmentation de la cense. Ursanne Choulat, dit le jeune, obtint après la Guerre de Trente ans,
une forte diminution de la rente annuelle due sur ses deux moulins. Désormais, il sera redevable
d'un bichot de froment pour le moulin du bas et dix peneaux de froment pour le moulin du haut.
Ces deux minoteries, actionnées par l'eau du ruisseau venant de la source de Saint-Ursanne, ont
été détruites par un incendie vers 1880. Une filature puis une scierie furent édifiées à leur
place.
A l'intérieur des murs existait également un moulin, dit "moulin de la ville". Le 13 mars 1574,
Ursanne Belorsier, ancien bandelier et maître bourgeois de Saint-Ursanne, se présentait devant
le prévôt et chapitre de Saint-Ursanne et déclarait avoir obtenu de Monseigneur l'Evêque,
prince et seigneur temporel de la prévôté, l'autorisation de construire un moulin sur les
fossés de la ville. Belorsier suppliait le chapitre de lui concéder le cours d'eau provenant
de la "fontaine Monsieur Saint-Ursanne". Il fut débouté et dut prendre l'eau du Doubs. Sur la
gravure de Wurstisen de 1580, on aperçoit nettement la roue du moulin, côté sud-ouest.
Ainsi que nous l'avons dit, le moulin Grillon était propriété du chapitre, mais en 1731, les
chanoines reprennent à leur compte, le moulin des "Laivoux". Ils font ériger des roues et bâtiment
et le louent à Laurent Noirat, meunier.
Mais les propriétaires des moulins d'alentours ne l'entendent pas ainsi. Ils s'insurgent contre le
chapitre, qui possède déjà un moulin, et menacent même de ne plus payer leurs impôts. Nous vous
citons partiellement cette lettre de protestation: "Aux très Révérends et Révérendissime Seigneurs,
Messieurs les Prévôt, coustre et chanoines de l'insigne Eglise collégiale de Saint-Ursanne. Remon-
trent en toute humilité et soumission, Henry Joseph Juillerat, meunier es moulins devant la porte
Monnat (Saint-Paul) de Saint-Ursanne, Ignace Prudat, munier de Chervillers, les Grillon du moulin
Saint-Pierre et Jean-Baptiste Frossard, munier d'Ocourt et du Doubs, et disent que malgré tout le
respect qu'ils ont et auront à perpétuité envers leurs Seigneurs directes... ils se trouvent pourtant
aujourd'hui obligés de se plaindre, mais filialement, et en premier, de ce que contre leurs anciens
documents et instruments féodales, un nouveau fiéteur vient les déranger dans leurs droits et ceux
desdits Seigneurs en érigeant au moulin des Laivoux, des roues et bastiment, qui abrogent pour le
dire tout en un mot, leurs privilèges si longtemps reconnus et payer au profit desdits Seigneurs a
qui aujourd'hui s'il ne leur plait de veiller à les soutenir dans leurs droitures d'un tems immémo-
rial... on refuse de payer le canon (cens, impôt), etc."
Un bel acte de soumission au chapitre, mais pour l'époque, une énergique protestation; propre
à défendre les intérêts communs des meuniers.
En 1631, le moulin des Laivoux est tenu par le "monier" de Berlincourt, Jacques Bourquard, de
Seleute, en était le possesseur en 1691, mais en 1713, il le vendait à Pierre Nusbaum de Saint-
Ursanne. Le fils de celui-ci, Jean-Claude céda les Laivoux aux frères Louis et François Verneur.
Le fils de Pierre Bornèque, ce dernier directeur à Bellefontaine, le possède en 1830. En 1880,
il devint la propriété de la famille Piquerez, puis ce fut la naissance de
Thécla
S.A.
Le tic-tac du moulin s'est tu, mais la route du Moulin des Lavoirs rappelle son souvenir.