SAINT-URSANNE ET SES RUES

RUE DE L'HOPITAL


L'acte de fondation de notre "hôpital" figure en tête du "Protocole de l'hôpital" commencé en
1511 par le notaire Belorsier, chapelain.

Ce document nous apprend que grâce à la générosité de Jean Turti, chanoine des chapitres de
Saint-Ursanne et de Moutier, un hôpital fut fondé en notre ville le 7 juin 1511. A cette fin, il
donna sa maison qui appartenait auparavant à Messire le chapelain Henri Merchan (Marchand).
"Elle est située entre la muraille de la ville du côté du midi et de l'autre côté, contiguë à la
maison de Jehan Vallat; elle a une galerie sur le mur de la ville." Il accompagne cette donation
d'une somme de trois cents livres, dont les intérêts serviront à couvrir les premières dettes.
Grâce à de nombreux legs et donations effectués au cours des siècles, cet établissement
subsistera jusque vers la fin du XIXe siècle. Nombreux furent les malades, les pauvres,
les pèlerins, militaires, etc., qui bénéficièrent de son hospitalité et qui y furent
soignés.

Le maire, Jehan Maiguy et ses conseillers en furent chargés de l'administration et
nommèrent Ruedin Menegolz comme premier receveur; celui-ci bourgeois de Saint-Ursanne.

En 1675, Jean Brossard, inscrit aux recettes la somme de cent cinquante-cinq livres neuf sols
et six deniers. De 1684 à 1688, on relève sept cent quarante-cinq livres quatre sols de
recettes et sept cent quarante-sept livres dix-neuf sols et un denier aux dépenses.

Vers 1690, notre hôpital des bourgeois faisait lui aussi des libéralités: "...donné à des brûlez
de Delle, un sol six deniers; à Catherine Merchant, pour son enfant qui a une jambe rompue,
deux sols et six deniers; à un estudiant qui a bonne mine ! (sic), deux sols; à deux pèlerins
des Ermites, trois sols; à des compagnons de métier, un sol; à une fille de Chaitillon allant
avec des crosses (béquilles), quatre sols; à un pèlerin venant de Rome, un sol et six deniers;
à la sage-femme, quatre livres dix sols; à un souldat estropié, neuf deniers", etc.


En 1680, deux chirurgiens donnaient leurs soins aux malades, Noël Toussaint et Frantz
Bersuder. En 1759, c'était Joseph Schleguelet et son successeur, Joseph Verdat,
chirurgien, est nommé gardien de l'hôpital avec quinze livres de gages annuels et la
jouissance du jardin; en spécifiant qu'il devait avoir "soing des pauvres, leur donner
de la souppe et les chauffer". Il y avait son appartement et en 1768 il fallut lui interdire
de mettre son cheval dans une cuisine située "au bas de l'hospital, mais qu'il devait le
garder en l'escurie !" L'année suivante, on l'avertit sérieusement "de ne pas transformer
l'établissement en cabaret ! et de ne plus retenir chez lui, en l'hospital, certaines
personnes pour boire avec eux !" Dans sa séance du 5 novembre 1848, le Conseil communal
loue à Dominique Boillotat ce logement de l'hôpital pour la somme mensuelle de un franc et
trente rappes suisses.

En 1780, la maison menace ruine, on la répare quelque peu et en 1788 on la reconstruit
entièrement. C'est une partie de cet immeuble qui fut achetée à la commune en 1866 par
l'horloger Jean-Baptiste Grillon puis par Henri Graff. Ainsi nous l'apprennent les
minutes notariées conservées aux archives du Registre foncier au château de Porrentruy:
"le 15 septembre 1868, M. Henri Graff, fils de François-Xavier, journalier, et son
épouse, Dame Philomène, née Besançon, ont acheté au Quartier de l'hôpital, une maison
d'habitation à deux étages et le rez-de-chaussée (vieil hôpital), aux héritiers de
Jean-Baptiste Grillon, en son vivant horloger à Saint-Ursanne qui en avait fait l'acqui-
sition en adjudication publique le 7 septembre 1866". M. Henri Graff, guet de nuit, a
cédé cet immeuble à son fils François le 5 novembre 1912. Le 13 septembre 1886, "l'autre
part de cette maison du Quartier de l'hôpital" est vendue à Jacques Nusbaumer,
cordonnier, par Joseph Graff et son épouse.

Depuis tout enfant, on nous a appris que l'ancien hôpital était situé à l'extrémité sud de la
Ruelle, vers le "couennat". Ceci est juste mais il eut été préférable de dénommer la Ruelle, rue
de l'Hôpital et la Ruelle à la place de la rue de l'Hôpital.

Respectons la tradition et l'histoire.