SAINT-URSANNE ET SES RUES
RUE DE LA TOUR
De toutes les tours qui contribuent à donner son charme et sa beauté à Saint-Ursanne, celle
de la Collégiale est la plus massive et la plus haute.
Reconstruite au XVe siècle, elle a été prédestinée à donner son nom à la rue de la Tour.
Si un jour, vous êtes en mal de randonnées, d'excursions, "filez" vers Saint-Hippolyte, notre
ville soeur. De là, remontez la paisible vallée du Dessoubre, bifurquez à droite et vous
serez bientôt aux Deux-Sancey. Dans le voisinage, à quelque 5-6 kilomètres, se trouvent
Vy-les-Belvoir et Randevillers. Le premier de ces villages francs-comtois est à proximité du
merveilleux château de Belvoir et, à peu de distance de l'autre, Vellevans et Ouvans. Ces
deux dernières agglomérations ont été immortalisées par le conteur régionaliste Louis Pergaud
dans sa "Guerre des Boutons"; villages qu'il cite Velrans et Longeverne.
Pourquoi, diable ! me direz-vous, passer par la Franche-Comté pour décrire la rue de la Tour ?
La raison en est fort simple. Les noms de Vy-les-Belvoirs et Randevillers sont gravés sur la
tour de notre Collégiale. Eh oui ! combien de fois en avez-vous franchi le seuil,
sans le savoir ?
Descendant de l'illustre famille des Asuel, Jean d'Asuel, XXIIe prévôt de Saint-Ursanne, venait
à peine d'être élu à la tête du Chapitre que
la
tour
s'effondrait en 1441, entraînant dans sa chute une partie des voûtes de la Collégiale.
Il fallut dix-huit ans d'efforts incessants pour sa reconstruction, et ce n'est qu'en
1466 qu'elle fut couronnée de son pignon.
Trois maçons dignes des grands constructeurs s'occupèrent de cette tâche, ainsi nous
l'apprend l'inscription figurant sur leur oeuvre en lettres gothiques. "Cette tour a
été construite par les maçons Willemin de Vy près Belvoir et son fils Jean demeurant
à Randevillers, diocèse de Besançon, et Jean Huguenin de Saint-Ursanne". Ainsi que les
grands bâtisseurs, ils ont laissé leur signe maçonnique; une rosace à huit rayons
ainsi qu'un marteau.
Une autre particularité de notre tour, l'armoirie en grès des Vosges du prince-évêque
Frédéric de Rhein et en dessous une inscription que très peu d'historiens ont citée:
"Le révérendissime seigneur Frédéric, évêque de Bâle en l'an du Seigneur 1442".
Les nobles seigneurs de Saint-Ursanne, jetaient en 1442 les fondements d'une nouvelle tour,
tout en immortalisant leurs noms et consacrant le souvenir de la reconstruction, en faisant
graver ces mots dans la bonne pierre de chez nous: "L'an du Seigneur 1441, le 13 mai,
cette tour est tombée et des nouveaux fondements ont été jetés le 11 avril 1442 par les
honorables Seigneurs Jean d'Asuel, prévôt; Jean de Fleckenstein, trésorier; Heintzmann
d'Altdorf (Bassecourt); Jean Warmoy; Jean Pret; Sp. Biedermann; Jean Molitor (en allemand
Johan Müller, en français Jean Monnier); Louis Vinck; Etienne d'Orbath; Philippe; Jean de
Herbis; Rodolphe de Bois (Buix), chanoines de cette église.
Notre maison curiale tient une large place en cette rue. Elle a été reconstruite en 1521
par le prévôt Hartmann de Hallwil. Sur le linteau de la porte de la maison, à l'angle de
la rue du 23 Juin, une inscription assez intéressante et qui mérite d'être citée: "Le
vénérable et fameux PAVIGNOT, qui se prénomme Théobald, payant 1088 (sous-entendu livres
bâloises), a donné les fondations que l'on voit à nouveau érigées, à cette maison usée
par la longueur des temps". (Chanoine et notaire de 1582 à 1614).
Au fond de la rue, l'imposant bâtiment du
Foyer
pour personnes âgées du district de Porrentruy.
La reconstruction du corps principal de cet immeuble s'est terminée en fin d'année 1975. En ce
début 1978, les derniers travaux battent leur plein par la reconstruction de l'aile sud-ouest.
Ce si noble témoin de notre patrimoine qu'est la tour de notre collégiale, méritait amplement
de porter le nom d'une rue.