HISTOIRE
SERASSET, NICOLAS

L'ABEILLE DU JURA


ou recherches historiques, archéologiques et topographiques sur
l'ancien Evêché de Bâle

Tome deuxième

Neuchâtel, Imprimerie de Petitpierre, 1841, p. 248-263


Amweg 162
SAINT-URSANNE (histoire)


Saint-Ursanne, élevé de 1389 pieds au-dessus du niveau de la mer, et de 62 pieds
au-dessus du lac de Bienne, est situé sur la rive droite du Doubs, au point où
cette rivière fait un coude, sous un angle de 25 degrés au plus. La situation de
cette ville perdue au milieu des montagnes et des rochers dans un vallon très
profond et très resserré, est des plus pittoresques. Si la nature lui a refusé
les agrémens d'un horizon étendu, elle l'en a bien dédommagée en l'entourant de
tout ce qui peut rendre une retraite agréable et paisible. Ce que l'oeil perd en
éloignement, il le gagne en variété. Au nord, la ville est dominée par d'énormes
masses de rochers, du haut desquels se montrent, comme une apparition fantasti-
que, les antiques ruines du château. De vieilles fortifications qui enceignent
encore la petite cité et la joignent aux débris du château, contrastent avec
l'air paisible de ses habitans. Au midi et des autres côtés, s'élèvent en amphi-
théâtre des montagnes verdoyantes qui portent leur cimes superbes jusque dans
les nues, et dont le versant, d'une délicieuse fraîcheur, ombragé par de belles
forêts, couvert de gras pâturages, parsemé de maisons rustiques, charme la vue
par les tons de verdure les plus riches et les plus variés. Au milieu du vallon,
le cours tranquille et majestueux du Doubs anime et vivifie tout le paysage. Ses
bords si étroits, mais si frais, si rians, sont couverts de jardins, de vergers
et de champs fertiles. Ses eaux, aussi pures et transparentes que le cristal,
baignent les murs de la ville, passent sous son beau pont en pierre, et reflè-
tent, en même temps, les maisons, les tours, les arbres, les rochers, les mon-
tagnes, les nuages et les cieux.
De toutes nos villes du Jura Saint-Ursanne est celle dont l'origine est la moins
ignorée: elle porte le nom de son fondateur, ou du moins du saint personnage dont
le modeste établissement religieux fut l'occasion et la cause de sa fondation.
Vers l'an 612, Saint-Ursanne, disciple de Saint-Colomban, cherchait, en côtoyant
le Doubs, un lieu désert pour y passer le reste de ses jours dans la prière, le
travail et la contemplation. Arrivé à l'endroit où est aujourd'hui la ville qui
porte son nom, il aperçut une grotte taillée des mains de la nature dans le flanc
d'un rocher, et, tout autour, de sombres forêts, une vaste et affreuse solitude.
Il s'y arrêta et y fixa sa demeure. Mais il fut découvert dans cette profonde re-
traite, et des disciples vinrent en foule vers l'étoile de sainteté qui venait de
se lever dans ce désert. Ils construisirent des cellules et confondirent, sous la
conduite de leur vénérable père, leurs pénitences et leurs labeurs, en défrichant
la terre et priant en commun. On vit bien vite se grouper autour d'eux des caba-
nes et des chaumières. Alors, en effet, que tout était courbé sous la servitude
féodale, les hommes ne trouvaient un peu de sécurité que dans le voisinage des
lieux saints, et bien souvent la croix du monastère fut plus puissante contre la
dévastation et la malheur que le donjon seigneurial. Telle fut la modeste origine
du monastère et de la ville de Saint-Ursanne.
St-Ursanne mourut vers l'an 620. Son tombeau fut visité, en 629, par St-Vandril-
le, religieux de l'abbaye de Montfaucon, en Champagne. Il était issu d'une des
premières familles du royaume d'Austrasie, dont notre pays faisait alors partie,
et proche parent de Pepin, maire du palais. Au lieu de la modeste chapelle, bâ-
tie par St-Ursanne, et des cellules de branches d'arbres et de chaume de ses
disciples, Vandrille fit élever une basilique sur le tombeau du saint et un mo-
nastère pour les religieux. Selon la légende de Saint-Vandrille, le territoire
où est maintenant Saint-Ursanne lui appartenait alors. (1)
Lorsque, peu de temps après, Saint-Valbert, abbé de Luxeuil, conduisit Saint-Ger-
main dans notre pays pour le mettre à la tête de l'abbaye de Moutier-Grandval, il
visita le monastère de Saint-Ursanne et le plaça aussi sous la direction de Saint-
Germain. Depuis cette époque, et probablement jusqu'à sa sécularisation, le cou-
vent de Saint-Ursanne dépendit de celui de Moutier, et, par conséquent, il eut
part à toutes les munificences des monarques francs envers ce dernier, comme
l'attestent plusieurs anciens diplômes que nous avons cités dans la partie histo-
rique de ce volume (pag. 120). Et ce ne fut pas seulement ce couvent qui profita
des droits et des privilèges accordés par ces chartes libérales, mais encore la
ville naissante de St-Ursanne et toutes les dépendances du monastère, particuliè-
rement la contrée environnante, qui fut appelée dans la suite Prévôté de Saint-
Ursanne.

Par la donation de Rodolphe III, dernier roi de Bourgogne, le monastère de Saint-
Ursanne avec toutes ses dépendances, passa, en 999, à l'évêché de Bâle. D'après
une bulle d'Urbain II, publiée par Dunod, il appartenait encore, pour le spiri-
tuel, au diocèse de Besançon, en 1096. L'époque précise à laquelle il en a été
distrait, n'est pas connue. C'est probablement en cette considération que chaque
année bissextile, le chapitre de Saint-Ursanne était tenu de délivrer à l'arche-
vêque de Besançon, en son château de Mandeure, une chaudière d'airain qui devait
être de grandeur et capacité suffisantes pour y faire cuire un boeuf et de la
toile pour faire un rochet, assez fine pour passer dans l'anneau pastoral.
Dans le onzième siècle, Saint-Ursanne n'étant pas encore enfermé de murs, le mo-
nastère fut sécularisé et les religieux remplacés par douze chanoines. En 1139, le
pape Innocent II, dans une bulle adressée aux prévôt et chanoines de Saint-Ursanne,
les confirma dans leurs anciens droits et privilèges.

Sous le gouvernement orageux de Jean de Vienne, la ville de St-Ursanne fut engagée
à son neveu, Jean de Vienne, seigneur de Roulans et amiral de France. Par un diplô-
me daté de la veille de l'exaltation de la sainte croix, 1376, ce seigneur confirma
les libertés et les franchises de la ville et du chapitre, après avoir reçu le ser-
ment de fidélité et d'obéissance des chanoines et des bourgeois.
En 1388, Saint-Ursanne fut de nouveau engagé, avec les châteaux de Spiegelberg et
de Kallenberg (Chavelier), au comte Thiébaud de Neuchâtel, en Bourgogne, par l'é-
vêque Imier de Ramstein. Cette ville, ces châteaux et leurs dépendances se trouvè-
rent ainsi pendant près de trente-cinq ans sous la puissance des comtes de Neuchâ-
tel, qui refusaient de les rendre à l'évêché de Bâle contre le remboursement de
l'emprunt. Ce refus décida l'évêque, Jean de Fleckenstein, à déclarer la guerre au
comte Thiébaud, en 1423. Avec le secours des Bâlois, du comte de Thierstein et du
sire de Montjoie, Saint-Ursanne, Spiegelberg et Kallenberg furent bientôt recon-
quis, la ville d'Héricourt prise d'assaut et réduite en cendres, et le comte forcé
de demander la paix.

C'est de cette époque que date l'établissement des châtelains de Saint-Ursanne,
nommés par l'évêque. Petermann de Tavanne était châtelain de cette ville en 1458.

En 1403, la ville entière périt dans les flammes. L'église collégiale échappa ce-
pendant à cette catastrophe. Un nouvel incendie y éclata le lundi avant la Chan-
deleur 1558, et 40 maisons furent réduites en cendres.

Au commencement du seizième siècle, il s'était élevé quelque doute touchant les
reliques de Saint-Ursanne; quelques-uns croyant qu'elles avaient été transportées
en Bourgogne. Le 25 juin 1505, avec l'autorisation de Christophe d'Utenheim, évê-
que de Bâle, le prévôt Rodolphe de Halwil et les chanoines firent l'ouverture du
tombeau du saint, et y trouvèrent encore ses précieuses dépouilles dans leur
ordre naturel.

Quoique perdue dans les forêts et les rochers, cette ville n'échappa pas à l'inva-
sion des Impériaux, des Français et des Suédois, pendant la guerre de 30 ans; elle
eut même une très-grande part aux calamités de ces temps désastreux.
Dès le mois de mai 1634, le marquis de Bourbonne fit occuper la ville et le châ-
teau par une garnison française, malgré les oppositions de l'évêque de Bâle.
Parmi les chefs qui y commandèrent tour-à-tour, trois surtout se signalèrent par
les odieux excès qu'ils y commirent ou laissèrent commettre par leurs soldats;
ce furent les commandans de Rocoullet, Forbes et Hebron. Ces deux derniers é-
taient Ecossais, et commandaient une troupe étrangère au service de la France.
Sous leur commandement, Saint-Ursanne eut à souffrir tous les maux que peut cau-
ser une soldatesque effrénée; ce fut au point qu'à la fin les habitans de la
ville et des environs, poussés à bout par tant de vexations et de violences, ré-
solurent de se défaire de leurs impitoyables hôtes. Il furent tous massacrés
d'une seule nuit, à la réserve de douze qui furent sauvés par les gens de l'évê-
que. Le comte de la Suze, averti par l'évêque même de ce qui venait de se passer,
voulait qu'il fît pendre tous ceux qui avaient pris part à ce massacre. L'évêque
qui savait que ses sujets avaient été portés à cette déplorable extrémité par la
nécessité des circonstances, refusa cette satisfaction, et le comte se préparait
à venir la prendre lui-même, en mettant le feu à Saint-Ursanne, lorsque quatre
régimens hongrois entrèrent dans le pays et firent une heureuse diversion. Pen-
dant ce temps-là les cantons catholiques interposèrent leurs bons offices auprès
du roi de France en faveur de Saint-Ursanne, et cette affaire n'eut pas de sui-
tes fâcheuses.
Dès-lors cette petite place se trouva au pouvoir des Impériaux, qui bien loin de
rendre son sort plus heureux, lui attirèrent encore de plus grandes calamités.
Ils interceptaient fréquemment les convois de grains et d'autres munitions ve-
nant de Suisse, et destinés à l'entretien des troupes françaises ou suédoises,
qui occupaient les places de la Franche-Comté. Le 11 mars 1637, la ville et le
château de Saint-Ursanne se virent investis par une armée française, commandée
par le comte (depuis maréchal) de Grancey, gouverneur de Montbéliard pour le roi
de France. Les assiégeans avaient conduit à grands efforts des pièces de gros
calibre sur la montagne au nord de la ville. Ils les tirèrent avec des peines
infinies sur le rocher qui domine le château, du côté d'Outremont, et préparè-
rent des échelles pour escalader les murs de la ville.
Le 12 mars, le comte de Grancey fit sommer la ville de se rendre. Louis Boichat,
bourgeois de Saint-Ursanne, qui était en sentinelle dans un poste avancé, répon-
dit à l'envoyé du comte, sans consulter personne: "Allez dire à votre maître
que nous sommes déterminés à nous défendre jusqu'à la dernière extrémité, et que
nous ne manquerons ni de courage ni de munitions". Le comte irrité ordonna aus-
sitôt à l'artillerie de battre en brêche les murs du château. Au même instant
l'infanterie cachée près du moulin Grillon, s'avança vers la ville. Cependant
une troupe de paysans, en embuscade sur la rive gauche du Doubs, ne cessaient de
tirer sur les Français dont un grand nombre tombèrent morts ou furent dangereu-
sement blessés. Il y eut un moment d'hésitation parmi les assaillans, mais re-
prenant courage ils se précipitèrent contre les murs, dressèrent leurs échelles,
et se disposèrent à monter à l'assaut. Alors les bourgeois se voyant trop fai-
bles pour résister à des forces supérieures, passèrent le pont pour se sauver
dans les montagnes, où les femmes et les enfans étaient déjà en sûreté.
Le commandant de la garnison impériale qui occupait le château était résolu à le
défendre jusqu'à l'extrémité; mais ses soldats refusèrent de lui obéir, et, après
une courte résistance, ils demandèrent à capituler. Le comte leur ayant accordé
la vie sauve, ils déposèrent leurs armes et se retirèrent.

La ville fut livrée au pillage, l'église et la maison du suffragant de l'évêque
furent seules respectées.

La prise de Saint-Ursanne fut annoncée par les Français dans toute l'Europe com-
me un grand événement, comme la prise d'une ville des plus fortes et des plus im-
portantes, qui pouvait couper les vivres au royaume !

Le comte de Grancey après avoir fait réparer les brêches des murs, laissa dans la
place deux compagnies d'infanterie, et confia la garde de la ville et du château
à M. de Vignancourt qui soutint un siége avec honneur. Louis XIII, dans un brevet
accordé à cet officier, le loue pour avoir défendu vaillamment le château de
Saint-Ursanne.

Cette ville fut longtemps à réparer les désastres que la guerre de trente ans lui
avait fait éprouver; mais, à l'exception des troubles du pays de 1730 à 1740,
auxquels elle paraît d'ailleurs avoir eu peu de part, elle jouit dès-lors d'une
tranquillité profonde jusqu'à la révolution française.

Edifices publics

Eglise collégiale, aujourd'hui paroissiale. -

Cette église est un simple, mais beau et noble monument d'architecture bysantine,
sur laquelle cependant on voit que le style gothique ou germanique avait déjà
exercé son influence. On y remarque l'ogive et les contre-forts à côté du plein
cintre.

Le portail est curieux et charmant par le mérite et la quantité des sculptures
qui le décorent. Chacune de ses faces latérales est ornée de trois colonnes, dont
les chapiteaux sont chargés de statuettes allégoriques représentant des hommes et
des animaux et d'autres figurent demi-humaines, demi-animales. Dans le fronton
qui surmonte la porte, on a représenté le Sauveur, élevé dans la gloire au milieu
des anges, entre Saint-Pierre et Saint-Paul, et comme présidant au jugement der-
nier. De chaque côté de ce tympan sont placées les statues de la Sainte-Vierge et
de Saint-Ursanne, patron du temple. Ces figures attestent le talent de l'artiste;
à part quelques-unes qui sont peut-être un peu grotesques, toutes les autres sont
d'un bon goût, d'une grande délicatesse et d'un travail fini. La Vierge surtout a
une attitude vénérable et une angélique beauté. Ce portail est d'autant plus pré-
cieux pour nous, que c'est le seul monument de ce genre que notre pays possède.

En entrant dans l'église de Saint-Ursanne, on se sent pénétré d'un saint recueil-
lement. Le choeur et la nef, qui ne reçoivent leur principal jour que par des fe-
nêtres étroites et fort élevées, présentent un aspect à la fois imposant et reli-
gieux: le clair-obscur qui y règne ajoute à la majesté du saint édifice, invite à
la prière et produit dans l'âme de salutaires impressions.
La nef est accompagnée, de chaque côté, d'un bas-côté d'une dimension proportion-
née à la grandeur du vaisseau. Le côté méridional a, de plus que le septentrional,
un rang de chapelles dont l'architecture est beaucoup plus récente que celle du
corps de l'édifice: leurs fenêtres à ogive contrastent avec celles à plein cintre
de la nef.

Mais ce qui captive l'attention et ce qu'on admire dans l'église de Saint-Ursanne,
c'est le choeur. Le superbe baldaquin tout couvert de dorures et de peintures, qui
couvre le maître-autel, et que supportent des colonnes d'un goût noble et grand,
la longueur et la grande élévation du choeur, où une obscurité mystérieuse semble
envelopper la majesté divine, attirent les regards, et obligent à une contemplation
profonde.
On n'a aucune donnée précise sur l'époque de la construction de cette belle égli-
se monumentale, qui vraisemblablement a succédé à celle que St-Vandrille avait
fait bâtir , en 629. On l'attribue à la pieuse et bienfaisante reine Berthe, qui
vivait au dixième siècle, et le style de son architecture annonce qu'elle est au
moins de cette époque. Aujourd'hui à la gloire de ceux qui en ont posé les pre-
mières bases, après avoir résisté au temps, aux tremblements de terre, à la fou-
dre, à plusieurs incendies, elle s'élève encore ferme et inébranlable sur ses
vieux fondemens de huit à neuf siècles.

Quant à la tour de l'église, entièrement et solidement construite en pierre de
taille, une inscription placée au-dessus de la porte nous apprend qu'ayant été
renversée, le 14 mai 1441, les chanoines en jetèrent de nouveau les fondemens,
le 11 avril de l'année suivante.


Ancienne église paroissiale. -

Près de l'église que nous venons de décrire, on voit encore un antique édifice
religieux. C'était autrefois l'église paroissiale sous l'invocation de Saint-
Pierre et plus tard de Saint-Blaise; l'église collégiale appartenant alors ex-
clusivement aux chanoines. Depuis longtemps cet antique monument religieux, qui
n'a du reste rien de remarquable, ne sert plus au culte.

Cloître gothique. -

Entre les deux églises dont nous venons de parler, et dont la direction est paral-
lèle de l'est à l'ouest, il existe un autre monument bien précieux. C'est une cour
carrée de 100 pieds de longueur sur 70 de largeur. Elle est environnée de tous cô-
tés d'une allée couverte, ornée tout autour de fenêtres à jour, artistement tail-
lées et surmontées d'arcs en ogive qui soutiennent le toit. Le style de l'archi-
tecture atteste la haute antiquité de ce cloître. Une insciption placée à l'angle
sud-ouest, nous apprend qu'il a été réparé en 1551. Ce monument du moyen-âge, qui
se rattache à une époque intéressante de l'histoire nationale, est d'une importan-
ce d'autant plus grande qu'il est unique dans le pays.

On doit de la reconnaissance à la ville de Saint-Ursanne d'avoir veillé jusqu'à
présent à la conservation et à l'intégrité de ces antiques et précieux monumens,
et on ne peut que l'encourager à leur continuer sa protection dans l'intérêt de
la religion avant tout, de son propre ornement, de notre nationalité et de la
science archéologique.

Ermitage. -

La grotte de Saint-Ursanne est creusée naturellement dans un rocher qui domine la
ville et auquel on parvient par 200 degrés en pierre.
Dans le flanc d'un rocher dont le front sourcilleux,
Dominant le vallon, s'élève jusqu'aux cieux,
L'oeil étonné découvre avec une étroite ouverture
Qu'ont taillée avec art les mains de la nature.

C'est le lieu que ce pieux solitaire avait choisi pour sa demeure, et qu'il a il-
lustré par ses austérités et sa sainteté. Une statue le représente couché sous le
petit autel qui remplit le fond de la grotte. A quelques pas de là, le rocher est
percé par une ouverture naturelle assez large, qui offre un coup d'oeil peu éten-
du, mais très pittoresque et très varié. Un peu plus bas s'élève une modeste pe-
tite chapelle dédiée à Saint-Ursanne.

Une croix, près de là, sur le roc élevée,
De pieux souvenirs entretient la pensée;
Et dans l'âme jetant une sainte terreur,
La ramène un instant devant son créateur.

Dans le vallon, au pied du haut rocher, est une fontaine d'une eau claire et lim-
pide qui porte encore le nom de Fontaine de St-Ursanne.

Les souvenirs qu'éveillent ces saints lieux y appellent encore de nos jours un
assez grand nombre de pèlerins, et la fête de Saint-Ursanne se célèbre, chaque
année, le 9 décembre, avec une piété toujours nouvelle, dans l'église paroissiale
qui renferme son tombeau, sous le maître-autel. Il est consolant de dire que
presque toute la paroisse et beaucoup de fidèles des environs s'approchent des
saints sacremens, en ce jour solennel.

Chapelle de Lorette. -

Ce petit édifice religieux, dédié à Notre-Dame de Lorette, s'élève dans l'encein-
te du cimetière, à une petite distance de la ville. Sa construction date de l'an-
née 1711. Il a remplacé un oratoire qui menaçait ruine, et qui avait été érigé
sous l'invocation de Saint-Nicolas, en 1580, époque de l'établissement du cime-
tière en cet endroit.

Hôtel-de-Ville. -

Ce bâtiment, réédifié depuis peu, n'a rien de remarquable, et ne se distingue que
par une grande simplicité. On y conserve des archives assez importantes pour une
petite ville: elles nous ont fourni d'utiles renseignemens pour ce précis histo-
rique. Nous regrettons que le temps ne nous ait pas permis d'y faire plus de re-
cherches. Quelques chartes antiques mériteraient d'être étudiées pour connaître
les us et les coutumes de la prévôté, pendant le moyen-âge.

Avant la révolution, on conservait encore dans ce bâtiment des uniformes et au-
tres dépouilles des soldats de la garnison de la ville, massacrés par les habi-
tans, pendant la guerre de trente ans. Mais un trophée plus honorable et plus
glorieux, c'était un drapeau enlevé aux Bernois par les bourgeois de St-Ursanne,
en combattant pour leur prince. Ces monumens ont été détruits par le vandalisme
révolutionnaire.
N'oublions pas de citer le beau pont en pierre qui unit Saint-Ursanne à la rive
gauche du Doubs: c'est aussi un de ses ornemens.

On avait établi, il y a peu d'années, aux portes de la ville, une filature de
coton. Cet édifice qui est assez vaste et bien bâti, est aujourd'hui désert comme
les ruines du vieux château dont les pierres ont servi à sa construction. Si nous
sommes bien informé, l'insuffisance du courant d'eau qui faisait mouvoir les
rouages, est la cause de la cessation des travaux de cette fabrique.
Saint-Ursanne est bâti assez régulièrement. Parmi les maisons particulières, on
distingue celles des anciens chanoines. L'une d'elles est occupée par les dames
religieuses de la Charité, qui tiennent les écoles de jeunes filles. Ces soeurs,
aujourd'hui au nombre de 5, établies à Saint-Ursanne depuis 1818, ont rendu de
grands services, non seulement à la ville, mais encore au pays, en formant des
institutrices pour les écoles de la campagne. Elles tiennent aussi un pensionnat
de demoiselles, qui sont en ce moment au nombre de 39. Cet établissement, le plus
important en ce genre qui existe dans le pays, contribue beaucoup à vivifier la
petite cité, qui, par sa position, a peu de ressources.
La religion est la base de l'éducation que les jeunes personnes reçoivent dans
cette maison. Les autres objets d'enseignement sont la lecture, l'écriture, le
calcul, la langue française, les élémens d'histoire et de géographie et le tra-
vail des mains. L'instruction et l'éducation qu'on y donne ont surtout pour but
de former de bonnes femmes de ménage, des mères de famille bien pénétrées de
leurs devoirs. On conçoit toute l'importance d'une semblable institution lors-
que l'on considère, comme on l'a dit avec raison, que parmi cent citoyens qui
se rendent utiles à la société, en général, et à leur patrie, en particulier,
quatre-vingt dix-neuf le doivent à leurs mères.

(1) In Elisgaugium territorium commigravit, ubi et monasterium struxit pro temporis opportunitate
in possessione propriâ; ibi namque B. Ursicinus requiescit venerabiliter humatus.