SOUBEY
I Soubey au XIVe siècle. - La courtine du Chapître.- Les corvées. - La pêche. Les moulins. - Le rôle de la paroisse Sous le biez ou ruisseau qui descend dans le Doubs, à trois lieues de St-Ursanne en remontant la rivière, se trouve le village de Sousbiez ou Soubey, mentionné pour la première fois dans nos archives en 1340. Défense était faite alors de cons- truire d'autre moulins que ceux de Chervillers et de Chéteval de- puis "Chéteillon jusqu'à Soubeis". En 1342, Jean dit Schanterei, de Soubey, vendait deux champs et un pré, situés au territoire du "village de Lobschey", au chapelain Nicolas, de St-Ursanne. Richard de Soubey était témoin, en 1344, d'un acte de Jean d'Es- sertfallon, comme nous l'avons rapporté. En 1347, Willemin des Bovernans, fils de Perrin dit Pruge, de Soubey, vend différentes pièces de terre, sises au finage de Soubey, à la fille Mellenate, de Montenol, assistée de son tuteur Vareillon, maire de St-Ursanne. Ces biens, dit l'acte de vente scellé par le vice-prévôt Ulrich de Speigelberg, "doibvent se tenir des prévôt et Chapître de St-Ursanne". C'est que Soubey était, comme Ocourt, une courtine du Chapître. A ce titre, elle était franche de tout droit et de toute juridiction temporelle de la part de l'évêque. "Car, dit le rôle des franchises du Chapître renouvelé par Jean de Vienne en 1369, la juridiction ou droit de la taille et tout ce qui a trait au domaine ou droit du seigneur, appartient exclusivement au prévôt et aux cahnoines de St-Ursanne, excepté que l'évêque à la lance à Soubey, comme à Courtedoux, à Ocourt et à St-Ursanne, et sa part des amendes qui vont à 60 sols ou au-delà. II La chapelle de chercenay en 1139. - L'église de Soubey en 1633. - Procès des forêts de la Prévôté. - Une fondation pour les pauvres. - La Révolution. - Arrestation du curé Comment. - Registres cachés. - Constructions. En 1139, la courtine de Soubey n'avait pas d'autre église que la chapelle de Chercenay, dont fait mention la bulle d'Innocent II, que nous avons fait connaître. Cette chapelle - capella in Cerce- nata - dépendait de l'églsie d'Epauvillers. elle était desservie par le curé de cette paroisse. Ce n'est qu'en 1338 qu'on trouve un "curé de Chercenay". On voit encore, à Chercenay, aux ondula- tions du sol, l'emplacement qu'occupait autrefois é'église avec sa tour, entourée d'un humble cimetière. III Les curés de Soubey 1. En 1427, Guillaume, de St-Ursanne, était vicaire perpétue du Chapître à Chercenay. 2. Jean-Thiébold Hernis, curé de Chercenay, amodiait la dime du Chapître à Soubey le 5 juin 1562. 3. Hugo Gardat, curé de Chercenay, est nommé par le Chapître curé de St-Brais le 20 décembre 1567. 4. Guillaume Vauclard, curé de Chercenay-Soubey, était privé des fruits de sa prébende canoniale à St-Ursanne, en 1586, parce qu'il ne payait point ce qu'il devait à la fabrique. Et l'année sui- vante, il était sérieusement admonesté par le prévôt, sur une plainte des paroissiens de Soubey. Ceux-ci reprochaient à leur curé, "que plusieurs fois n'avait dit messe les dimanches". 5. Conrad Frossard était curé de Chercenay en 1622. Deux ans après, il avait pour successeur 6. Jean-Henri Desglans, de St-Ursanne. En 1635, il échange sa cure contre celle d'Ocourt, et le curé d'Ocourt, 7. Claude Farenne, de Montfaucon, alla mourir de la peste à Soubey l'année suivante. 8. François Girardin, curé de St-Brais, qui avait déjà desservi Soubey, comme vicaire, en 1631, desservit de nouveau cette pa- roisse, en même temps que St-Brais, de 1637 à 1646, année de sa mort. Puis, jusqu'en 1652, messire Desglans eut à administrer tout à la fois Ocourt, Soubey et Epauvillers. IV Hameaux et fermes Trois hameaux et quinze fermes appartiennent à la paroisse de Soubey. Le premier de ces hameaux et sans doute le plus ancien est 1. Chercenay ou Essert, Echert (forêt défrichée) cernée d'une haie, groupe de quatre maisons qui couronne un monticule dominant la rive gauche du Doubs. Nommé dès l'an 1139, comme nous l'avons dit, ce ha- meau fut le chef-lieu de la paroisse de Soubey jusqu'en 1633. Car en 1565, en 1572 et en 1584, nous trouvons encore des répara- tions faites par le Chapître à l'église de Chercenay, à la prière des délégués de la paroisse de Soubey, dont l'un était, en 1572, le no- taire Jean Chouffat. En 1539, Chercenay avait pour habitants Girard dit Gierde, et Perrot, son frère, fiéteurs du Chapître. D'après le rôle de 1436, Chercenay payait les droits de charrue au maire de St-Ursanne, comme maire de la Prévôté. Le Chapître de St-Ursanne prêtait en 1757, aux Marchand de Chercenay 2500 livres à 4 %. A l'est et à dix minutes de Chercenay se trouve un ravin arrosé par un ruisseau. C'est l'Essert au biez, ou Cheroubiez, Cheroubay. En 1564, Hugonin Humbert obtenait du Chapître "le cours d'eau de Cheroubay pour y dresser ruage à l'usaige d'un haut fourneaul pour fondre mine à faire fer". Avec la concession faite pour dix ans, le Chapître accordait au maître de forge l'autorisation de prendre son bois à charbon dans les forêts voisines. Même con- cession en 1581, à Henri Guyer, de Porrentruy. On réserve, "que le minerai ne pourra être lavé sinon au ruage de Froidevaulx et non aultrement". Cette forge fut abandonnée en 1590, faute de minerai à fondre. 2. Froidevaux Le froid vallon, la frigida vallis, possession du Chapître en 1139, est un hameau de neuf à dix maisons qui occupe un charmant pla- teau au-dessus de la rive gauche du Doubs à vingt minutes de Soubey. C'était un fief du Chapître. Il était tenu en 1559 par Jean- Henri Brayer, auquel le prévôt accordait alors un bois bannal. Le porteur de ce fief était en 1712, Denys Maistre, et après lui, en 1719, Ursanne Cuenin "avec le boucher de Froidevaux". Pierre Cerf et son fils Joseph habitaient cette localité en 1754. La dîme de Froidevaux appartenait moitié au prince moitié au Chapître. 3. Le Chauffour ou four à chaux, vers le sommet de la montagne du Doubs, est appelé en 1335 la Combe dou Chauffont. C'était une des limites du fief de l'église de Bâle dit "La Chernie". Valbert Choffat, du Chauffour, en 1691, était "réduit à grande misère par les grêles et les tempêtes et la mortalité de son bétail". Le Chapître lui accordait ses semailles. Simon Brayhier était nommé par le Chapître porteur du fief du Chauffour le 18 février 1699. A la mort de Simon Brayhier, en mars 1715, ce bien passait à Bourcard et à Noël Piquerel, du Chauffour. En 1781, le porteur du Chauffour étant Jean-Baptiste Paupe. Il payait au Chapître si penaux et six coupes de froment, huit penaux d'avoine, plus onze penaux et six coupes de boige. Le Chauffour n'est composé que de quatre maisons. 4. Lobschey est désigné dans la bulle d'Alexandre III en 1178 sous le nom de Lo Bissel, d'où le nom de Lobsey jusqu'au XVIe siècle, et en 1330 Lo Besseal. Barthélémy de Lobsey était chanoine de St-Ursanne en 1550. Après la mort de Denys Choffat, en mars 1568, son neveu Claudat Choffat, "maire de Lobsey", faisait la reprise des terres du Chapître en ce lieu. Avant les ravages des Français et des Suédois dans le pays, de 1633 à 1637, Lobschey était un village. En 1614, on y comptait jusqu'à dix tenanciers du Chapître. En 1729, Jean-Nicolas, Jean-Pierre et Adam Eray habitaient cette localité, où il n'y a plus que quatre maisons sur la rive droite du Doubs, à une demi-lieue de Soubey, en remontant la rivière. A une demi-lieue plus haut, sur la même rive, se trouvent 5. Les Verreries établies en ce lieu par Melchior Schmitt en 1659. Il maria un de ses fils en 1688 avec l'héritière d'un verrier de Ligsdorf, et vendit sa verrerie en 1696, à Nicolas Choffat, de Soubey, qui l'achetait au nom de Jean-Baptiste Inard de Roches en Tarentaise. En 1661, on comptait vingt habitations groupées autour de l'usine. La plu- part des ouvriers étaient protestants. Le Chapître leur fit donner alors une mission en allemand par les P. Capucins. Une croix monumentale, portée de Soubey sur les épaules de quatre jeunes gens, y fut plantée solennellement. Mais avant 1700, l'industrie du verre avait cessé en ce lieu, qui a gardé le nom de Vieille Ver- rerie, par opposition à la Neuve Verrerie, ferme de construction plus récente. 6. Massesselin Le "maix Hesselin" ou du petit Jean (Henzelin), situé en face de Lobschey, sur la rive droite du Doubs, est mentionné en 1439 comme fief du Chapître. En 1685, ce fief était aux mains de Fran- çois Marchand, du conseil, à Delémont, après la mort de son beau- père, Pierre Bryat, de Bressaucourt, bandelier d'Ajoie. En mars 1700, ce fief est repris par le maître-bourgeois de Delé- mont, Jean-François Marchand, fils du conseiller défunt. Après la mort du maître-bourgeois Marchand, c'est M. Billieux, avocat au noble conseil de Son Altesse, qui reprend Massesselin, le 15 sep- tembre 1747, au nom de sa belle-mère Madame Faber, née Mar- chand. Il payait pour la reprise 20 sols de Bâle. 7. Le Pré Grisard payait au Chapître, avec les Loz, chaque année douze coupes d'avoine et six coupes de boige. Au-dessus de cette ferme, se trouve 8. La Roche-Brisée En face de Soubey, est la ferme des 9. Champs Dolat c'est-à-dire des champs au-delà du Doubs, achetés le 5 juin 1694 par Nicolas Choffat pour 300 livres. Près de cette propriété, est celle 10. Du Cras et plus haut la ferme dite 11. La Fonge qui formait avec le Sac ou le Sec, un fief du Chapître, possédé en 1664 par Jean Schwaller, conseiller de la ville et du canton de Soleure. Le 9 janvier 1683, ses héritiers, "les nobles sires Jean- Victor Schwaller, du Grand-Conseil de Soleure et ses deux frères, François-Nicolas Schwaller, lieutenant d'une compagnie suisse et Jean Schwaller" en prennent l'investiture du Chapitre par la main de Samuel Vornardt de Koppensberg, résidant à la Fonge. 12-18. Les autres fermes de la paroisse de Soubey, sont le Champois, les Ormais, La Vacherie, La Cernie, la Pâture, Teurreux, La Heuttate et Clerbey, où se trouve un poste de douane et de gendarmerie, près de la frontière française, sur la rive gauche du Doubs. Chèvre, p. 862-875
Compléments Soubey au bord du Doubs Le Pays 10.7.1971 Le Jura officiel... et pittoresque SOUBEY Le Démocrate 16.7.1959 ARTS ET MONUMENTS |