SUISSE ROMANE Zodiaque. La nuit des temps. 1958
SAINT-URSANNE
Petite ville blottie au fond de la vallée du Doubs, abrite une belle collégiale romane, fort bien conservée et restaurée avec une rare discrétion. Saint Wandrille, le fondateur du grand monastère de Fontenelle sur la Seine, découvrit vers 635 les restes de l'ermite Ursicin et établit à cet endroit un petit monastère. Une abba- tiale préromane, dont quelques fragments sculptés sont réemployés dans le cloître gothique et dans des maisons particulières près de l'église, fut remplacé au XIe siècle par un édifice qui a déterminé partiellement la structure de la collégiale actuelle. Celle-ci fut construite dans le dernier quart du XIIe siècle. La nef fut voûtée d'ogives au milieu du XIIIe siècle. L'église romane, à trois nefs, dépour- vue de transept, se termine à l'est par une abside polygonale. Sous le choeur, une crypte, épousant le tracé de l'abside, abritait le sarcophage d'Ursicin aujour- d'hui déposé sous le maître-autel. La crypte, voûtées d'arêtes qui retombent sur quatre colonnes centrales dépourvues de chapiteaux, est éclairée par trois fenêtres en plein cintre. L'élévation des travées de la nef comporte une arcade brisée à double rouleau, surmontée d'une fenêtre haute en plein cintre, selon un schéma fré- quent en Bourgogne. L'église entière est fortement influencée par les édifices de Franche-Comté et en particulier par la cathédrale de Besançon. Par contre, les élé- ments de la décoration, petites consoles imagées, relèvent de l'art roman de l'Alsace.
Le portail sud est justement célèbre. Il a conservé les traces de la polychromie primitive et n'a jamais subi de restauration. La porte s'ébrase en trois ressauts dans lesquels sont logées des colonnettes. Le tympan représente la Majestas Domi- ni, les niches latérales abritent les belles statues en ronde-bosse de la Vierge à l'Enfant, dont le sourire merveilleux contraste avec la rigueur de la composi- tion, et le patron de l'église, Ursicin, assis sur un fauteuil, sous un dais à colonnettes.
Les chapiteaux relévent d'un art plein de verve: évangélistes anthropomorphes à têtes animales, sirène mâles et femelles à queue de poisson, mais cependant pour- vues de jambes humaines, moine enseignant l'alphabet à un loup, aigles affrontés, et lions à double corps se mangeant la queue. Le sculpteur de Saint-Ursanne travailla vers 1200 aux chapiteaux du choeur de la cathédrale de Bâle.
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