FOLKLORE
Les quadrupèdes sauvages dans le folklore
du Clos-du-Doubs

1. La musaraigne. (Lai meûsate, le seri).
On dit parfois d'une personne maigre qu'elle a un "mouère de seri". - On dirait un
chat devant une "meusâte", dit-on aussi d'un mangeur dédaigneux. D'aucuns croient
que la morsure de la musaraigne est venimeuse pour les autres animaux. Un enfant
ou un animal "meûsi" est un être chétif.
2. La souris. (Lai raite, lai raitate).
"Lai raite reûjiale" est la souris des champs. Le plus grand ennemi des souris est
un chat qui "raite" bien et le piège le plus simple le "quaitre en tchiffre". On
débarasse une maison des souris en laissant tomber sur l'une d'elles, à la naissan-
ce de la queue, une goutte de poix fondue. Le mauvais temps est certain quand les
souris galopent entre les planchers. Il faut jeter au feu une dent de lait qui tom-
be pour qu'il ne repousse pas une dent de souris. Les enfants réclament une dent de
lait arrachée en criant: "Raitate, raitate, raimoine-me mai dent". Pour savoir qui
commencera le jeu, ils emploient diverses formulettes où il est question d'une sou-
ris verte. Les fileuses d'antan disaient que "filer de Noël aux Rois c'était filer
pour les souris".
3. La chauve-souris. (Le tchâvé-seri, lai raite voulainne).
Les enfants crient, le soir, à la chauve-souris: "Tchâvé-seri, pésse pai ci. -
T'airés di pain meûsi". Beaucoup de chauves-souris annoncent le beau temps; s'il
n'y en a guère, la pluie est certaine pour le lendemain. Une chauve-souris qui
entre dans une maison est un présage de mort.
4. La taupe. (Lai taupe, lai raite, le draivie, le bousse-reû).
On croit que les taupes sont aveugles. De nombreuses taupinières sont un signe de
pluie; si elles sont faites à travers une mince couche de neige, il fera beau
temps. On peut guérir un ivrogne en mettant dans son vin quelques gouttes de sang
de taupe. On peut favoriser la dentition d'un enfant en lui attachant au cou une
patte de cet insectivore. Ce n'est pas dans les Clos-du-Doubs que l'on s'était
débarassé d'une taupe sacrilège en l'enterrant vivante dans le courtil de la
cure ! ...
5. Le campagnol. (Le meûssa, lai taupe grije).
On le prend aisément en amorçant un piège avec une carotte entière.
6. Le lérot. (Le rait de ciôs, le rait boyaîd).
On le trouve assez rarement dans les vieux murs. On le prend parfois pour un petit
écureuil à cause de sa queue en panache.
7. Le loir. (Le rait djâne).
On dit souvent "grais cment ïn rait djâne." On le prend parfois pour un petit mus-
cardin. Il se fait un nid dans les coudres.
8. Le rat. (Le rait).
Un "rait de tiaîve" était une mèche enduite de cire de la grandeur d'une queue de
rat.

On croit que la morsure du rat d'eau ne peut se guérir. "Les raits y aint maind-
gie l'embroeîl", dit-on d'un enfant qui ne réussit rien. La "fôle" de la "rate",
qui cuisait des gaudes, est des plus touchantes.
9. Le muscardin. (Lai raite neujiâle, lai raite roudge).
Il fait son nid dans les noisetiers. Il fait un petit trou à la pointe de la noi-
sette pour en manger l'amande. On l'apprivoise très aisément.
10. Le mulot. (Le rait de tchaimps).
Pour s'en débarasser, on creuse des trous qu'on remplit d'eau et il vient s'y
noyer.
11. Le putois. (Le petôs, le péteu).
C'est un chasseur nocturne des plus rusés qui exhale une odeur désagréable; il
suit habituellement les chemins. Il est le grand ennemi du poulailler. Jadis,
celui qui avait pris un putois allait quêter des oeufs dans les différents ména-
ges. Un "putois" est un maraudeur nocturne. "El é le mâ di petôs, è maindgerait
bïn inne dgerenne", dit-on de celui qui, par paresse, feint d'être malade. "Le
graind bonsoi, petôs, lai dgerenne ât ai djoué", signifie: "Je ne te crains
plus" ! Ceux de la ville se moquaient jadis du langage des petits campagnards en
leur disant: "Hein ! toué, Françoués, que tu voués le putoués qui bouét sur le
touét" ?
12. La belette. (Lai môtelle, lai vouidate).
En hiver, les poils blancs sont plus longs que les jaunes; c'est pourquoi l'on dit
qu'une belette blanche annonce la neige. Elle dévaste la basse-cour pendant la
nuit. Quand, vers la fin de l'hiver, on voit une belette brune, le printemps n'est
plus éloigné. La vue d'une belette est un mauvais présage.
13. L'écureuil. (L'étiureû, le tchaitgairia).
On faisait des blagues à tabac avec sa peau. On nomme parfois "écureuil" celui qui
a les cheveux rouges.
14. La fouine. (Le foiyïn, le fouïn).
Elle est rusée; l'on dit d'une personne rusée: "Elle ât malïnne cment ïn foyïn".
On nomme "foyïns" les voleurs nocturnes. Les fouines sont des mangeuses d'oeufs
qui sortent habituellement pendant les temps orageux.
15. La martre. (Le maître).
Pour que sa fourrure très estimée soit bonne, la martre doit être tuée en hiver.
Elle vit dans les sapins et chasse les petits animaux. Elle fait souvent son nid
dans les "balais de sorcières".
16. Le hérisson. (L'heurson, l'hèneusson).
Celui qui a le nez pointu se nomme "mouére de poue"; l'autre espèce s'appelle
"mouére de tchïn". D'une personne qui fait la grimace l'on dit qu'elle fait "son
mouére de poue". Jadis, les piquants servaient d'épingles et la peau de cardes.
Pour sevrer les veaux, on leur attache, en guise de "claiserieme", une peau de
hérisson sur le museau. Les anciens âtres étaient parfois "heursenès": les pier-
res étaient placées côte à côte verticalement.
17. Le blaireau. (Le téchon, le tésson).
Son terrier est la "técheniere". Il se couche en rond, dit-on, au seuil de l'hiver,
enfoui sous la mousse et les herbes, le museau dans une pochette qu'il a sous la
queue. Au printemps, il n'a plus que la peau sur les os. Il y a deux sortes de
blaireaux: "le téchon-tchïn" et le "téchon-poue". Sa graisse est bonne pour le
rhumatisme et les plaies. On mange sa chair marinée pendant une semaine. "El ât
grais cment ïn téchon", dit-on d'une personne très grasse; "èl é des fesses cment
ïn téchon".
18. Le lièvre. (Lai lievre, le mouérayaîd).
D'une personne niaise l'on dit: "En y ferait bïn encraire que les lievres ôvant
chu les bôs". Une femme qui "faît inne lievre" ou qui "lievre" est celle qui dé-
pense clandestinement quelque argent. Un - ou une - "lievre" est un petit larcin.
Un lièvre qui croise notre chemin est un signe de malheur. On peut attraper un
lièvre, dit-on aux enfants, en lui plaçant une pincée de sel sous la queue. Un
bon coureur "court comme un lièvre"; un étourdi a "une mémoire de lièvre".
19. La loutre. (Lai loutre, le lâtre, le poichon de roitche).
On croit qu'elle change de domicile toutes les semaines.
20. Le renard. (Le renaîd).
"En saît poquoi le renaîd ne veut pe de mie", signifie: Ils sont trop verts,
etc..."

"Faire le renard", c'est faire l'école buissonnière. "Tirer au renard", c'est trou-
ver un moyen de ne pas faire un travail. "Renarder", c'est tromper quelqu'un; c'est
aussi vomir (faire des renards). Quand on voit de petits brouillards se traîner au
flanc des côtes du Doubs, on dit que "les renards font au four". Quand les renards
glapissent, c'est signe de pluie. La graisse de renard est bonne pour les engelures.
"El ât véti en renaîd": seuls ses vêtements valent quelque chose. "Un renard" est
un homme casanier; c'est aussi un homme rusé. On mange la chair du renard qu'on fait
geler durant quelques jours. Quant on veut affirmer une chose, on commence par dire:
"Y veux bin que le renaîd sèt mon oncia se..."
21. Le chevreuil. (Le tchevireû).
"El ât vi cment ïn tchevireû", dit-on d'une personne agile.
22. Le sanglier. (Le poue sayaî, le sayaî).
La femelle est "lai baque, lai true"; les petits sont les "marcaissïns". Sa bauge
est la "soueye"; ses défenses, les "grés".
23. L'ours. (L'oué).
Il n'y a plus d'ours, ni de loups dans nos Clos-du-Doubs, mais l'on dit encore:
"En lai Tchaindelou le soroille, l'oué po quarante djoués dans sai bâme". Ce
qui veut dire: soleil à la Chandeleur, l'hiver reprend pour un mois. L'héraclée
se nomme "lai paitte ai l'oué", la patte à l'ours; on l'appelle aussi "lai
târpe ai l'oué".
24. Le loup. (Le loup).
Le repaire du loup était "lai louviere". On dit que "le loup ne raivaidge pe le
toué de sai louviere", c'est-à-dire qu'il ne fait pas de ravages autour de son
repaire. "In loup c'ât ïn loup; è veut crevè dains sai pé, s'en ne l'écouertche
pe vi". "Djemais petét loup n'é vu son pére", dit-on aussi. L'hiver arrivera
tôt ou tard: "Djemais le loup n'é maindgie l'huvie". "T'en és aiche fâte qu'ïn
loup d'inne tyaimpainne", dit-on à celui qui demande une chose superflue. "C'ât
aiche vrai qu'è n'yé qu'ïn loup", dit-on d'une chose fausse. "E n'é djemais vu
de petéts loups", dit-on des émules de Tartarin. Le paresseux est comme le loup:
"il a les côtes en long". "Djemais poi de bique n'è étrainyè le loup", dit-on
des mangeurs "potréniats" (difficiles, dédaigneux). Le "petit loup" est un en-
fant égoïste. D'une personne méchante l'on dit qu'elle est "méchante comme un
loup". Voici encore quelques dictons se rapportant au loup: Il vaut mieux voir
un loup sur un fumier - Que de voir un homme en chemise en février... "Laivoué
le loup trove ïn aigné, - El en tyie encoé ïn nové"... Quand on parle du loup,
il sort du bois, ou, on en voit la queue.



Jules SURDEZ



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