LE VIADUC

UNE PAGE DU PASSE
L'avenir, à chaque seconde, engloutit le présent. Il est donc impossible de
"vivre" le moment qui passe. L'avenir nous échappe tout autant.
Il n'y a donc que le passé qui existe.
Article inédit par André Lachat
LE VIADUC DE LA COMBE MALRANG
A ST-URSANNE
1867:

Décision historique
Le 2 février, le Grand Conseil du canton de Berne votait, après moultes péripé-
ties, dont Xavier Stockmar fut le principal instigateur et promoteur, le décret
en faveur des chemins de fer du Jura, accordant une subvention de 7 millions.
1868:

Lettre distribuée à l'époque. Un document !

Circulaire. Appel du Comité d'initiative à St-Ursanne. 5.3.1868
                                         St-Ursanne, le 5 mars 1868

M

   Le Comité d'initiative pour l'établissement des tunnels reliant les districts de Porrentruy &
Delémont par la vallée du Doubs, vous prie de vouloir bien lui faire l'honneur d'assister à une
réunion qui aura lieu à l'Hôtel-de-Ville à St-Ursanne, dimanche 15 mars courant, à 10 heures du
matin.

   Le Comité exposera ses projets & ses moyens d'action, provoquera les idées, les conseils & le
concours des personnes présentes.

   Les habitants de la vallée du Doubs sont certains d'avance que vous daignerez répondre à leur
appel en faisant acte de présence à cette réunion, & en engageant toutes les personnes intéressées
& voulant le bien public, à s'y rencontrer avec vous.

   C'est dans cette attente que nous vous prions d'agréer, Monsieur, nos civilités empressées.

                                                    Le Comité


L'Assemblée communale de St-Ursanne du 28 avril 1872 vote un crédit de Fr. 550.000
(3 millions de nos francs) pour que le chemin de fer passe à St-Ursanne.

Des actions sont souscrites pour ce montant.

Une ligne arrivait déjà de Delle à Porrentruy et une autre reliait Delémont à Glovelier.

St-Ursanne dut céder à l'Etat de Berne une de ses belles forêts, celle de Tariche.

Cette importante prise d'actions démontre que St-Ursanne, qui comptait à cette
époque un peu plus de 700 âmes, s'engagea pour plus de 1/2 million afin de s'as-
surer l'avantage des voies ferrées.

C'est qu'il s'agissait d'une question absolument vitale. Si le chemin de fer ne
touchait pas le Clos-du-Doubs, estimait-on, cette région, privée notamment de
moyens de vente normale de son bétail était vouée à la ruine complète.



1875-1876:


Le viaduc du chemin de fer fut construit en 1875 par des entreprises françaises:
MM. Manet, Lefèvre, Chaumont et Badin frères. Les frères Decker, de nationalité
allemande, posèrent le tablier métallique haut de 7 mètres. Il fut terminé en
1876. La gare a été construite pendant cette période.

A l'origine, c'était un pont en treillis soutenu par cinq piliers en pierre.
Coût total: 1 million de francs.
En 1875, les tunnels ferroviaires reliant St-Ursanne à Glovelier
(longueur: 1974 mètres) et St-Ursanne à Courgenay (tunnel de
"La Croix"), longueur: 2932 mètres) sont achevés.
La ligne Delémont-Porrentruy est inaugurée à St-Ursanne
le 1er mars 1877.


La ligne de chemin de fer reliant Porrentruy à Glovelier s'est ouverte à l'exploi-
tation en 1877. Elle permettait le désenclavement du Jura qui craignait "l'émigra-
tion de ses industries et de son commerce, lesquels, suivant le courant irrésisti-
ble des artères ferrugineuses, auraient pu s'implanter ailleurs". La liaison fer-
roviaire a été aussi longtemps et impatiemment attendue que la Transjurane un siè-
cle plus tard.

1892
C'est durant cette année-là, le 18 juin, que fut conclu un contrat de vente d'un
terrain entre Théobald Bouvier, vétérinaire à St-Ursanne et la Compagnie des che-
mins de fer du Jura-Berne-Lucerne. Sur cette parcelle, près de la station de St-
Ursanne, au km 101,023, une maison de garde y fut construite. Elle était destinée
à des employés des chemins de fer qui assuraient la surveillance et l'entretien
des installations ferroviaires. Cette maison de garde, dite "la maisonnette", a
été démolie il y a quelque temps.
Ci-dessous, carte postale de 1892


Long de 260 mètres, le viaduc comportait 5 piliers en maçonnerie qui soutenaient une superstructure métallique.

Vous remarquerez le panache de fumée de la locomotive à vapeur.


1928-1931:

La traction à vapeur va disparaître.
Des transformations sont effectuée. Six nouveaux piliers sont ajoutés à l'ouvrage.
Entre chaque pilier de pierre, un pilier en béton armé est érigé par la maison
Losinger.
Des arches sont construites et le tablier est refait pour permettre le passage des
lourds convois à traction électrique.
Il faut noter que pendant toute la durée de ces travaux, les trains ont continué
de circuler normalement.

Ces photographies nous donnent une idée du chantier:

Deux vues de détail des travaux réalisés en 1929.

Splendide vue de 1930.
Des signes de fissuration sont alors apparus sur les faces latérales du viaduc, fissures imputables à
la construction en courbe de l'ouvrage. Des travaux d'entretien ont été réalisés, sous garantie, en
1940. Des dallettes préfabriquées ont été ajoutées à la construction en 1967. Cet élargissement de la
superstructure permettait alors une meilleure sécurité autour des voies.


Cure de jouvence
Le vénérable ouvrage, dont les éléments d'origine afficheront bientôt l'âge respec-
table de 125 ans, n'a connu jusqu'ici qu'une seule véritable rénovation.

Parce qu'il vaut mieux prévenir que guérir, les CFF sont sur le point d'entrepren-
dre l'assainissement complet de la structure supérieure du viaduc ferroviaire de
St-Ursanne.

Coût de cette opération, qui s'étalera sur six mois, à compter de mars prochain:
un peu moins de 5 millions de francs. Le mauvais état du béton et de multiples
fissures rendent ces travaux absolument nécessaires. Trois semaines de travaux
intensifs nécessiteront la fermeture de la ligne entre Glovelier et St-Ursanne.
L'an 2000 marquera le renouveau de cet ouvrage d'art que l'on venait voir, à l'époque,
de très loin.

Après achèvement des travaux, le viaduc comme nous le connaissons actuellement:


Bibliographie, sources, documents
Juillerat, Ernest
Les origines des Chemins de fer jurassiens.
In: Revue jurassienne, 1955, p. 132-140, 5 ill.
Lièvre, Lucien
Nos chemins de fer.
In: Centenaire du Journal Le Jura 1850-1950. Un siècle de vie jurassienne,
p. 173-202, ill.
Sulser, Hans-Ulrich
Die Eisenbahnentwicklung im Schweizerisch-französischen Jura. Ergänzungsheft
zu Regio Basiliensis. Basler Beiträge zur Geographie und Ethnologie, Heft 2.
Basel, 1962, 152 S., Karten
Le viaduc de St-Ursanne.
in: Almanach du Jura, 1932, p. 74, avec 1 ill.

Le viaduc. Texte de 1 page
in: Brochure réalisée et éditée par une classe de l'école de St-Ursanne, p. 16

Le viaduc. Texte de 2 pages.
in: petite notice manuscrite extraite d'un travail scolaire.

Cure de jouvence pour le viaduc. Gros travaux en vue sur le viaduc de St-Ursanne.
in: LQJ 27.10.1999, 2 ill.

Une vue photograpphique du viaduc.
in: Samedi-Jura. Hebdomadaire illustré N° 17, 1ère année, 5.9.1959. Delémont

Magnifiques photographies.
in: La Patrie Suisse. N° 28, p. 879 = 1 ill.; N° 46, p. 1465 = 1 ill.;
N° 998, p. 305 = 2 ill.

Une vue photographique.
in: Lectures du Foyer. N° ... p, 1464. Phot. Roy.

Acte du 18.6.1892: "Maison de garde". Contrat de vente entre Théobald Bouvier, vétérinaire à St-Ursanne et la
Compagnie des Chemins de fer du Jura-Berne-Lucerne.

Une grande photo collée sur carton: "Souvenir de la fête au puits du Pichoux le jour de la rencontre dans le$
tunnel de St-Ursanne le 3.6.1875".

Série de photos prises en 1929-1930 par Hermann Bachmann.

Divers documents d'époque provenant de divers ouvrages.


LE VIADUC LES INEDITS