VIEILLE VILLE
Bel exemple de bourg d'origine conventuelle, remarquablement conservé. Le petit noyau pré-urbain, construit autour d'une communauté monastique bénédictine fondée au VIIe siècle, fut aménagé au XIIe siècle en une minuscule cité sur un plan concentrique (rue du Quartier), immédiatement au sud de l'église. En 1139, l'évêque de Bâle acquit le bourg conventuel, puis, en 1210, le monas- tère, devenu chapitre de chanoines un siècle auparavant. Après l'incendie de 1403, édification de nouvelles fortifications et extension de la ville vers l'est, selon un plan en damier. Grand nombre de bâtiments de style gothique tardif et post-gothiques. Aux deux extrémités de la cité, ainsi qu'en bordure du Doubs, une bonne partie du mur d'enceinte susbiste, formant les façades arrière des maisons.
ARCHITECTURE, BATIMENTS, STRUCTURE (articles de journaux) Ceppi, Ernest in: Monuments historiques du Jura bernois Ancien Evêché de Bâle. Préface de Virgile Rossel. Ouvrage publié par la Société Jurassienne d'Emulation sous les auspices de la Société de Développement du Jura. Neuchâtel, Editions de la Baconnière, 1929. ST-URSANNE La petite ville est située au sud-est de Porrentruy, sur le versant méridional de la chaîne montagneuse qui sépare la vallée du Doubs de la plaine d'Ajoie. Dépourvu de voies de grande communication et presques isolé du reste du pays, St-Ursanne a gardé longtemps son cachet si particulier de localité moyenâgeuse. Cet aspect vieillot n'était pas pour déplaire etles voyageurs curieux d'art et d'histoire, que le hasard des excursions amenait de ce côté, ne tarissaient pas d'éloges sur le charme de la région, la beauté du paysage, l'ori- ginalité des constructions, l'aspect un peu étrange de ce lieu entouré encore d'une enceinte fortifiée et dominé par les restes d'un château féodal. Et lorsque, vers 1880, on arrivait à la tombée de la nuit, l'éclairage aux réverbères anti- ques accentuait encore la surprise et aussi l'admiration pour cet ensemble si merveilleusement conservé. La cloche du soir emplissait l'âme de mélancolie et l'on s'attendait à l'apparition du guet chantant les heures... C'était un moment de rêve, un plaisir rare, car il fallait aller bien loin pour retrouver pareil spectacle. Tout se transforme, hélas ! et la petite ville, naguère un pur joyau, a pris peu à peu d'autres allures. Elle a connu le télégraphe, la voie ferrée, le confort, l'attrait de la mode, la vie fiévreuse, l'automobile, la téléphonie avec et sans fil. Elle est jolie encore, agréablement située toujours, entourée de sites char- mants et digne d'être visitée par les fatigués, les surmenés qui aiment une natu- re tranquille, les forêts, les frais ombrages, les rivières poissonneuses, le clapotis de l'eau, les hôtels accueillants, et qui, à côté de cela, savourent avec délices la vue d'une église romane, cette perle des bords du Doubs, ce trésor du Jura. St-Ursanne doit son origine à un pieux ermite dont la grotte se voit au flanc d'un rocher à peu de distance et au-dessus de la ville. Disciple de saint Colom- ban et venu d'Irlande avec son maître et quelques autres religieux célèbres (saint Gall, saint Sigisbert, etc), il avait traversé la Gaule et s'était arrêté à Luxeuil. De là, sur l'ordre de Thierry, roi d'Austrasie, il avait dû prendre le chemin de l'exil, et, après avoir erré sur les bords du Rhin et dans l'Helvé- tie orientale, il s'était séparé de ses compagnons et dirigé enfin vers notre Jura. Agé déjà d'une soixantaine d'années, Ursanne était une personnalité remar- quable non-seulement au point de vue moral, mais aussi au point de vue du savoir et des connaissances. Avant de quitter l'Irlande, le futur apôtre de la vallée du Doubs avait résidé au monastère illustre de Benchor où l'on faisait des étu- des approfondies dans tous les domaines, y compris le scientifique. Nous parlerons tout à l'heure de l'oeuvre du moine irlandais et de ses succes- seurs. Le monastère fondé par saint Ursanne datait du VIIe siècle et déjà Carloman et Pépin le Bref lui avaient garanti une indépendance absolue. Il fit partie du royaume de Bourgogne jusqu'en 999, époque où Rodolphe III, légua le dit monastère à l'évêque Adalbéro. Un peu plus tard, le royaume de Bourgogne passa sous le scep- tre des empereurs d'Allemagne et, dès 1032, St-Ursanne relevait à la fois de l'em- pire et de l'évêché de Bâle. La prévôté de St-Ursanne, dont les limites étaient assez étendues puisqu'elle com- prenait une partie des Franches-Montagnes, participa naturellement à l'évolution et aux crises de l'évêché. Elle ne fut épargnée ni par les guerres et les dévasta- tions, ni par la peste noire, les tremblements de terre, la famine et les incen- dies. Elle eut à souffrir aussi du mouvement de la Réforme ainsi que des troubles de la période de 1730 à 1740. Puis ce fut la Révolution avec ses horreurs et l'in- vasion de l'évêché par les troupes françaises (1792), enfin la réunion au canton de Berne en 1815. Nous allons aborder maintenant l'étude sommaire des monuments dignes d'attention, en commençant par le plus remarquable, celui qui donne à la petite cité son cachet indéniable de ville d'art. COLLEGIALE DE ST-URSANNE Le monastère primitif avait été bâti par saint Ursanne de 612 à 620. Saint Wandril- le le reconstruisit sur le même emplacement de 630 à 634. Au XIIe siècle enfin, l'église actuelle fut édifiée par les soins d'Hugues d'Asuel, évêque de Bâle. Elle était achevée en 1177. Les premiers habitants de St-Ursanne furent donc des moines. Vers la fin du XIe siècle, ces cénobites étaient chassés de leur abbaye par les hordes d'Henri IV d'Allemagne et ils se réfugiaient, en 1083, chez les religieux bâlois de St-Alban. En 1119, St-Ursanne nous apparaît transformé en un chapitre de chanoines sécu- liers ayant à leur tête un prévôt, et cette organisation devait durer jusqu'en 1793. L'église d'autrefois était devenue collégiale.La collégiale de St-Ursanne représente, à coup sûr, le monument religieux le plus intéressant du Jura bernois. Assez bien conservé et restauré en 1903-1906 avec l'aide de la Confé- dération et du canton, ce sanctuaire constitue un type du style roman et, plus pré- cisément, du roman de transition (du XIIe au XIIIe siècle). Il faut aller bien loin pour retrouver un édifice aussi curieux au point de vue archéologique. Les églises de ce style sont rares dans nos contrées et ni Romainmôtier, d'ailleurs fort remar- quable, ni St-Sulpice, ni St-Pierre des Clages, ni Payerne ne peuvent faire oublier St-Ursanne. En 1441, à la suite d'un tremblement de terre et de l'incendie de la ville, la tour s'effondra. Reconstruite de 1442 à 1466, elle fut achevée en 1508. De proportions superbes, elle n'a pas l'aspect trapu et un peu lourd de la plupart des tours romanes. Nous voici auportail sud de la Collégiale. Occupant l'extrémité méridionale du transept, il est unique en son genre et consti- tue la portion la plus précieuse de l'édifice. De chaque côté du portail s'élèvent trois colonnes à chapiteaux historiés suppor- tant une triple voussure à plein cintre. Chacune des trois archivoltes concentri- ques reposant sur ces colonnes se compose de deux moulures accouplées. La voussure la plus rapprochée de la porte encadre un tympan d'une grande richesse. Au centre de ce bas-relief, on voit le Christ assis sur un trône. A sa droite, saint Pierre, à sa gauche, saint Paul; à ses pieds, saint Ursanne accompagné d'un ange. D'autres anges se tiennent de chaque côté de Notre Seigneur et dans les an- gles du tympan. A droite de l'archivolte, la Vierge occupe une niche et tient sur ses genoux l'Enfant divin. De l'autre côté du portail se trouve également une niche ajourée dans laquelle saint Ursanne est assis sur un trône de gloire. Les six chapiteaux historiés représentent le fabliau du Loup allant à l'école, une sirène emblème de la concupiscence, la régénération de l'homme par le baptême, la victoire du chrétien sur le mal, l'Evangile raconté par les quatre historiens sacrés. Ce portail était autrefois, comme la plupart des églises anciennes, décoré de fresques d'une riche polychromie. Visitons maintenantl'intérieur de la Collégiale. La croix forme le plan général de ce sanctuaire, comme dans toutes les églises du moyen âge. Le choeur représente un polygone irrégulier à sept côtés. Le transept, centre de la croix, forme un carré allongé. Le vaisseau comprend trois nefs. De chaque côté cinq arcades à ogives mettent la nef centrale en communication avec les bas-côtés. D'énormes piliers sont flanqués de demi-colonnes et même d'un faisceau de trois demi-colonnes s'élançant d'un seul jet jusqu'à la voûte centra- le. Les chapiteaux sont ornés de larges damiers, d'entre-lacs, d'arabesques, de lys à double rangée de feuilles. Les fenêtres des bas-côtés, toutes ogivales, sont fort belles. Il y avait en 1460, dans cette église, dix-huit chapelles. Elles ont été réduites successivement à douze, puis à six et, de nos jours, à cinq.La chaire est d'un beau travail: elle date, ainsi queles orgues, du XVIIIe siècle. Avant la Révolution française, la Collégiale possédait sept cloches, dont une en argent. Le choeur était éclairé autrefois par cinq fenêtres de style roman et d'une riche ornementation. Ici encore la fenêtre centrale a été murée. A l'extérieur, l'abside est marquée par une élégante corniche faisant le tour du choeur et ornée de feuilles de chêne et de lierre, ainsi que d'animaux fantasti- ques. Elle est coupée seulement par les contreforts, dont deux portent à leur sommet la figure du Christ, assis sur le trône de la Sagesse et de la Justice, et saint Ursanne prêchant dans une chaire antique. Les chapiteaux couronnant les colonnes montrent des demi-guirlandes appliquées, de profondes stries verticales et la flore du pays courant autour de l'abside.Les stalles, d'ailleurs très belles, masquent certaines parties du plan primitif. L'autel, de style Renaissance, renferme un sarcophage de pierre de forme prismatique où repo- se le corps de saint Ursanne. En 1768, le prévôt Jean-Germain Beuret fit élever le riche baldaquin, oeuvre de prix assurément, mais qui ne cadre pas avec l'architecture romane de l'édifice. Mgr Vautrey l'admirait beaucoup, mais il eût désiré le voir installé dans son égli- se de Delémont où il aurait été vraiment à sa place. Enfin, il est utile de consacrer une dernière visite au cloître et à la crypte.Le cloître est constitué par des galeries autrefois voûtées complètement comme l'église. Le mur intérieur est surmonté d'ouvertures ogivales présentant à leur sommet une gracieuse rosace de formes variées. S'il ne servait pas aujourd'hui de cimetière, ce cloître serait d'un bel effet. Détruit en 1403 par l'incendie de la ville, il fut restauré vers le milieu du XVIe siècle. Une fresque remarquable représentant l'Annonciation et datant, sans doute, du XIIe ou du XIIIe siècle, aurait mérité d'être conservée à tout prix. Malheureusement, lors des travaux de restauration récente des ouvriers inintelligents et non surveil- lés recouvrirent cette partie du mur de tubes métalliques destinés à l'isolement des fils électriques, et tout fut perdu. Ce cloître, recouvert d'une vilaine toiture, laisse actuellement beaucoup à dési- rer. Au côté nord avait été bâtie l'ancienne église paroissiale.La crypte est la partie la plus ancienne de la Collégiale et il n'en existe pas de pareille dans le Jura. Elle se trouve au-dessous du choeur et mesure environ 6 mètres sur 5. Elle est extrêmement intéressante au point de vue archéologique. La voûte en est supportée par 4 piliers et 10 colonnes; 10 petites voûtes adjacentes sont à plein cintre. Il y a trois fenêtres, à plein cintre également, dont l'une a été malheureusement murée. Trois portes donnaient entrée dans la crypte; mais deux d'entre elles ont été fermées par les remaniements de l'église, ce qui a enlevé à cette chapelle souterraine son cachet primitif. Elle était jadis dédiée à saint Imier et fut convertie momentanément en ossuaire en 1771. PORTES DE ST-URSANNELa porte St-Paul est celle qu'on appelait, avant la construction de la voie ferrée, porte de Porren- truy. Elle est située à l'extrémité ouest de la rue principale.La porte St-Pierre occupe l'extrémité est de la même rue et s'appelait autrefois porte de Delémont. C'est, comme la précédente, une porte monumentale avec clocheton, horloge et ar- moiries. Une inscription rappelle que cette "tour" a été relevée de ses ruines en 1522, sous le prince Christophe d'Utenheim (1502-1527). PONT SUR LE DOUBS Donnons un dernier coup d'oeil au pont qui se trouve au sud de la ville. Le pont de bois jeté sur le Doubs ayant été emporté par les eaux en 1670, fut rétabli après cinq mois de travail. En 1728, on décida de le reconstruire en pierres et cela coûta 1305 livres. C'est le pont actuel qui relie la ville au Clos du Doubs. Une statue de saint Jean Népo- mucène orne ce pont, dont le côté occidental n'a pas été précisément embelli par la canalisation dont il a été flanqué récemment. E.C. L'ancienne cité vue par avion Cette autre vue ne vous donne-t-elle pas envie de vous y rendre au plus vite ?
Dans ce cas, vous allez tout d'abord découvrir ici: ... et si vous désirez tout savoir (ou presque) sur notre
TOUT LE CHARME DE CETTE PETITE VILLE: ET SI VOUS N'AVEZ PAS ENCORE PROFITE DE PATRIMOINE BATI |