Robert Von der Mühll / Willy Zeller
LE CHARME DES PETITES VILLES SUISSES
Les beautés cachées de notre patrimoine national
(Zofingue), Ringier & Cie. SA., 1978, p. 28, avec 10 illustrations
SAINT-URSANNE
Un ancien ermitage
Dans un paysage de collines, parmi les prairies et les forêts, au bord du Doubs
profondément encaissé, Saint-Ursanne, dont l'architecture et l'histoire sont un
témoignage d'un long passé, présente l'image d'une petite ville très particuliè-
re. L'on dit que cette cité fut, à l'origine, un ermitage fondé au VIIe siècle
par saint Ursicinus, compagnon et disciple de saint Colomban. On montre encore
dans les rochers qui surplombent la ville l'endroit où s'était retiré le pieux
ermite. A ses pieds, s'élève l'église du XIIe siècle. Le splendide porche roman
qui s'ouvre sur la nef étonne le visiteur. Une douce pénombre pénètre dans les
voûtes. Une plaque commémorative énumère les successeurs de l'abbé Burchinus qui
dirigeait le monastère de 1119 à 1139. Qu'on admire les chapiteaux sculptés, que
l'on descende dans la crypte, que l'on traverse le cloître gothique ou que l'on
s'arrête devant le crucifix qui orne le choeur, partout on est impressionné par
l'esprit des temps passés. D'autres petites villes ont été entourées de quartiers
modernes, et même Saint-Ursanne a vu de nos jours s'élever un quartier d'habita-
tion, mais la vieille cité a conservé son aspect d'autrefois qui nous charme.
L'attachement au passé
Sur la porte du Pont se trouve gravée l'inscription de l'année 1522. Le pont qui
franchit le Doubs d'une voûte grandiose est orné de la statue de saint Népomucè-
ne, datant de 1728. On aperçoit là les deux portes dédiées à saint Pierrre et
saint Paul; elles remontent au XVIIe siècle, peut-être même au XVIe. Cette aima-
ble ville n'a pas été négligée par l'époque moderne. Il y a une gare d'où l'on
descend en ville; il y a aussi une carrière qui n'est pas trop visible, mais qui
a fait une large brèche dans les rochers; et les eaux ont été accumulées par les
installations d'une petite usine électrique. Or, malgré cela, l'aspect général
n'en a pas été trop altéré.
On appréciera surtout le fait que la ville se soit victorieusement défendue con-
tre l'invasion des enseignes en tôle et des réclames vantant quelque produit ali-
mentaire ou quelque marque de cigarettes. Elle en a tout simplement interdit la
pose par un arrêté catégorique. C'est un exemple dont bien des villes entre le
lac de Constance et le lac Léman, entre le Jura et le Tessin devraient s'inspi-
rer. Ce serait un acquis qui témoignerait d'un véritable esprit civique par le-
quel se manifesterait l'attachement aux choses du passé.
Le Doubs et ses spécialités
Les hôtels et les restaurants de Saint-Ursanne et du Clos-du-Doubs sont spéciale-
ment connus pour la préparation des truites, des brochets, des ombres et autres
poissons du Doubs. Cette rivière offre un attrait tout particulier aux fervents
du canotage et de la pêche. Tantôt calme, entouré de prés verdoyants, tantôt
turbulent dans les parois verticales des rives, c'est un parcours des plus pit-
toresques dans une région naturelle peuplée de hérons cendrés, de canards sauva-
ges, de loutres et envahie d'une flore aux espèces rares et variées. De nombreu-
ses excursions dans les environs proches ou lointains invitent au voyage. On vi-
sitera Soubey et son église ornée de vitraux de Coghuf, Ocourt, Epauvillers,
Tariche, le Clos du Doubs, son paysage de verdure et ses côteaux boisés respi-
rant le calme et la tranquillité.
LEGENDES DES ILLUSTRATIONS:
1
C'est ce vallon que le moine irlandais Ursicinus avait choisi, il y a treize siècles, pour y fonder un
ermitage. Il a été frappé sans doute par la sérénité de ce lieu, placé loin du monde, et propice à la
méditation. Un lumineux soir d'automne descend sur cet endroit, ou le cours du Doubs forme un coude.
2
Cette ville qui, par son calme bienfaisant, se distingue des grandes agglomérations industrielles où
règne une vaine fébrilité, invite à la promenade, aux plaisirs de la pêche et à la solitude répara-
trice.
3
La statue de saint Népomucène, sur le pont du Doubs, a été récemment remplacée par une copie. Nous
voyons ici l'original de cette oeuvre datant de 1728 à 1731, rappelant le patron de la Bohême. La
veille de l'Ascension de l'an 1383, il avait été précipité dans la Vltava, parce qu'il avait refu-
sé, en dépit des menaces et des tortures, de révéler ce que la reine lui avait confié au confes-
sionnal. Ce saint, dans plusieurs villes, est le protecteur choisi contre le danger des inonda-
tions.
4
Dans l'ancienne enceinte s'ouvre la porte du Bas au travers de laquelle passe le trafic vers la région
de Porrentruy et, en suivant le cours du Doubs, vers la France.
5
La vue de la rue à travers la porte d'En-Haut. A gauche, l'auberge de la Couronne. Une harmonie bienfai-
sante règne dans l'alignement des maisons.
6
Les chapiteaux du porche de la collégiale possèdent une signification symbolique qu'il est malaisé de
comprendre.
7
La collégiale de Saint-Ursanne est un des plus beaux monuments du Jura; aussi est-elle protégée par la
Confédération.
8
Loin du monde moderne, c'est ce qu'on pourrait penser en voyant ces toitures et ces façades se mirant
dans les eaux paisibles du Doubs. La tour de l'église domine ce tableau dont les collines boisées
forment le cadre.
9
Le cours du Doubs traverse un paysage naturel et intact où alternent les prairies et les forêts.
10
Le calme règne dans cette petite ville dont la sérénité du monastère semble avoir empreint les rues.
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